Poemas en Francés es un blog que pretende acercar poemas de lengua francesa al castellano
Frases
"Por principio, toda traducción es buena. En cualquier caso, pasa con ellas lo que con las mujeres: de alguna manera son necesarias, aunque no todas son perfectas"
Augusto Monterroso
-La palabra mágica-
"Es imposible traducir la poesía. ¿Acaso se puede traducir la música?" Voltaire
"La traducción destroza el espíritu del idioma" Federico García Lorca
Il est vrai que ce monde où nous respirons mal N'inspire plus en nous qu'un dégoût manifeste, Une envie de s'enfuir sans demander son reste, Et nous ne lisons plus les titres du journal.
Nous voulons retourner dans l'ancienne demeure Où nos pères ont vécu sous l'aile d'un archange, Nous voulons retrouver cette morale étrange Qui sanctifiait la vie jusqu'à la dernière heure.
Nous voulons quelque chose comme une fidélité, Comme un enlacement de douces dépendances, Quelque chose qui dépasse et contienne l'existence ; Nous ne pouvons plus vivre loin de l'éternité.
Es cierto Es cierto que este mundo en que nos falta el aire Sólo inspira en nosotros un asco manifiesto, Un deseo de huir sin esperar ya nada, Y no leemos más los títulos del diario.
Queremos regresar a la antigua morada Donde el ala de un ángel cubría a nuestros padres, Queremos recobrar esa moral extraña Que hasta el postrer instante santifica la vida.
Queremos algo como una fidelidad, Como una imbricación de dulces dependencias, Algo que sobrepase la vida y la contenga; No podemos vivir ya sin la eternidad.
À Dourdan, les gens crèvent comme des rats. C'est du moins ce que prétend Didier, un secrétaire de mon service. Pour rêver un peu, je m'étais acheté les horaires du RER - ligne C. J'imaginais une maison, un bull-terrier et des pétunias. Mais le tableau qu'il me traça de la vie à Dourdan était nettement moins idyllique : on rentre le soir à huit heures, il n'y a pas un magasin ouvert ; personne ne vient vous rendre visite, jamais ; le week-end, on traîne bêtement entre son congélateur et son garage. C'est donc un véritable réquisitoire anti-Dourdan qu'il conclut par cette formule sans nuance : "À Dourdan, tu crèveras comme un rat." Pourtant j'ai parlé de Dourdan à Sylvie, quoiqu'à mots couverts et sur un ton ironique. Cette fille, me disais-je dans l'après-midi en faisant les cent pas, une cigarette à la main, entre le distributeur de café et le distributeur de boissons gazeuses, est tout à fait le genre à désirer habiter Dourdan ; s'il y a une fille que je connaisse qui puisse avoir envie d'habiter Dourdan, c'est bien elle ; elle a toute à fait la tête d'une pro-dourdannaise. Naturellement, ce n'est là que l'esquisse d'un premier mouvement, d'un tropisme lent qui me porte vers Dourdan et qui mettra peut-être des années à aboutir, probablement même qui n'aboutira pas, qui sera contrecarré et anéanti par le flux des choses, par l'écrasement permanent des circonstances. On peut supposer sans grand risque d'erreur que je n'atteindrai jamais Dourdan ; sans doute même serais-je brisé avant d'avoir dépassé Brétigny. Il n'empêche, chaque homme a besoin d'un projet, d'un horizon et d'un ancrage. Simplement, simplement pour survivre.
Paris-Doudan
En Dourdan la gente revienta como ratas. Al menos, es lo que asegura Didier, uno de los secretarios de la oficina en que trabajo. Para soñar un poco, yo me había comprado el horario del RER - línea C. Me imaginaba una casa, un bull-terrier y petunias. Pero el cuadro que él me pintó de la vida en Dourdan era mucho menos idílico: vuelta a casa a las ocho de la noche, no hay ninguna tienda abierta; nadie viene nunca a visitarnos; el fin de semana uno se arrastra estúpidamente entre el congelador y el garaje. Un verdadero alegato anti-Dourdan, que Didier acabó con esta fórmula sin matices: "En Dourdan vas a reventar como una rata". Sin embargo, le hablé de Dourdan a Sylvie, aunque con medias palabras y en un tono irónico. Esta chica, me decía a mí mismo esa tarde, yendo y viniendo con un cigarrillo en la mano, entre el distribuidor de café y el distribuidor de refrescos, es de las de las que vivirían de buena gana en Dourdan; si hay una chica entre todas las que conozco que podría querer vivir en Dourdan, es precisamente ella; tiene todo el aspecto de una pro-dourdanesa. Naturalmente no éste sino el amago de un primer movimiento, de un lento tropismo que me lleva hacia Dourdan y que quizás tarde años en concretarse, y que incluso ni siquiera se concrete, que será contrarrestado y aniquilado por el fluir de las cosas, por el aplastamiento constante de las circunstancias. Es posible suponer, sin mayor riesgo de error, que nunca llegaré a Dourdan; tal vez hasta sea derrotado antes de ir más allá de Brétigny. No importa, todo hombre necesita un proyecto, un horizonte y un lugar de anclaje. Simplemente, simplemente para sobrevivir.
Ce n'est pas cela. J'essaie de conserver mon corps en bon état. Je suis peut-être mort, je ne sais pas. Il y a quelque chose qu'il faudrait faire, que je ne fais pas. On ne m'a pas appris. Cette année, j'ai beaucoup vieilli. J'ai fumé huit mille cigarettes. Souvent j'ai eu mal à la tête. Il doit pourtant y avoir une façon de vivre ; quelque chose que je ne trouve pas dans les livres. Il y a des êtres humains, il y a des personnages ; mais d'une année sur l'autre c'est à peine si je reconnais leurs visages. Je ne respecte pas l'homme ; cependant, je l'envie.
No es eso...
No es eso. Trato de conservar mi cuerpo en buen estado. Quizás esté muerto, no lo sé. Hay algo que habría que hacer y que no hago. No me lo han enseñado. Este año he envejecido mucho. He fumado ocho mil cigarrillos. Me ha dolido, a menudo, la cabeza. No obstante debe haber una manera de vivir; algo que no se encuentra en los libros. Hay seres humanos, hay personajes; pero de un año al otro apenas si reconozco las caras. No respeto al hombre; sin embargo, lo envidio.
Dans un ciné porno, des retraités poussifs Contemplaient, sans y croire, Les ébats mal filmés de deux couples lascifs ; Il n'y avait pas d'histoire.
Et voilà, me disais-je, le visage de l'amour, L'authentique visage. Certains sont séduisants ; ils séduisent toujours, Et les autres surnagent.
Il n'y a pas de destin ni de fidélité, Mais des corps qui s'attirent. Sans nul attachement et surtout sans pitié, On joue et on déchire.
Certains sont séduisants et partant très aimés ; Ils connaîtront l'orgasme. Mais tant d'autres sont las et n'ont rien à cacher, Même plus de fantasmes ;
Juste une solitude aggravée par la joie Impudique des femmes ; Juste une certitude : "Cela n'est pas pour moi", Un obscur petit drame.
Ils mourront c'est certain un peu désabusés, Sans illusions lyriques ; Ils pratiqueront à fond l'art de se mépriser ; Ce sera mécanique.
Je m'adresse à tous ceux qu'on n'a jamais aimés, Qui n'ont jamais su plaire ; Je m'adresse aux absents du sexe libéré, Du plaisir ordinaire.
Ne craignez rien, amis, votre perte est minime : Nul part l'amour n'existe. C'est juste un jeu cruel dont vous êtes les victimes ; Un jeu de spécialistes.
El amor, el amor
En una sala porno, jubilados jadeantes Contemplaban, escépticos, Los brincos mal filmados de parejas lascivas; Sin ningún argumento.
He aquí, yo me decía, el rostro del amor, El auténtico rostro. Seductores, algunos; esos siempre seducen, Los otros sobrenadan.
El destino no existe ni la fidelidad, Mera atracción de cuerpos. Sin apego ninguno, sin ninguna piedad, Juegan y se desgarran.
Seductores algunos, por ende, codiciados, Llegarán al orgasmo. Hartos ya, tantos otros, no tienen ni siquiera Deseos que ocultar;
Sólo una soledad que acentúa el impúdico Goce de las mujeres; Tan sólo una certeza: "Eso no es para mí", Pequeño drama obscuro.
Morirán es seguro algo desencantados, Sin ilusiones líricas; Practicarán a fondo el arte de despreciarse, De modo bien mecánico.
A quienes nunca fueron amados me dirijo, A quienes no gustaron; A los ausentes todos del sexo liberado, Del placer ordinario;
No temáis nada, amigos, mínima es vuestra pérdida: No existe, no, el amor. Es sólo un juego cruel cuyas víctimas sois; Juego de especialistas. (La poursuite du bonheur)
Il y a toujours une ville, des traces de poètes Qui ont croisé leur destinée entre ses murs L'eau coule un peu partout, la mémoire murmure Des noms de ville, des noms de gens, trous dans la tête.
Et c'est toujours la même histoire qui recommence, Horizons effondrés et salons de massages Solitude assumée, respect du voisinage, Il y a pourtant des gens qui existent et qui dansent.
Ce sont des gens d'une autre espèce, d'une autre race, Nous dansons tout vivants une danse cruelle Nous avons peu d'amis mais nous avons le ciel, Et l'infinie sollicitude des espaces;
Le temps, le temps très vieux qui prépare sa vengeance, L'incertain bruissement de la vie qui s'écoule Les sifflements du vent, les gouttes d'eau qui roulent Et la chambre jaunie où notre mort s'avance.
So long
Hay siempre una ciudad, con huellas de poetas Que entre sus muros han cruzado sus destinos Agua por todos lados, la memoria murmura Nombres de gente, nombres de ciudades, olvidos.
Y siempre recomienza la misma vieja historia, Horizontes deshechos y salas de masaje Soledad asumida, vecindad respetuosa, Hay allí, sin embargo, gente que existe y baila.
Son gente de otra especie, personas de otra raza, Bailamos exaltados una danza cruel Y, con pocos amigos, poseemos el cielo, Y la solicitud sin fin de los espacios;
El tiempo, el viejo tiempo, que urde su venganza, El incierto rumor de la vida que pasa El silbido del viento, el goteo del agua Y el cuarto amarillento en que la muerte avanza.
L’homme est la plus élevée des créatures; la femme est le plus sublime des idéaux.
Dieu a fait pour l’homme un trône; pour la femme un autel. Le trône exalte; l’autel sanctifie.
L’homme est le cerveau, la femme le coeur. Le cerveau fabrique la lumière; le coeur produit l’Amour. La lumière féconde; l’Amour ressuscite.
L’homme est fort par la raison; la femme est invincible par les larmes. La raison convainc; les larmes émeuvent.
L’homme est capable de tous les héroïsmes; la femme de tous les martyres. L’héroïsme ennoblit; le martyre sublime.
L’homme a la suprématie; la femme la préférence. La suprématie signifie la force ; la préférence représente le droit.
L’homme est un génie, la femme un ange. Le génie est incommensurable; l’ange indéfinissable.
L’aspiration de l’homme, c’est la suprême gloire; l’aspiration de la femme, c’est l’extrême vertu. La gloire fait tout ce qui est grand; la vertu fait tout ce qui est divin.
L’homme est un Code; la femme un Evangile. Le Code corrige; l’Evangile parfait . L’homme pense; la femme songe. Penser, c’est avoir dans le crâne une larve; songer, c’est avoir sur le front une auréole.
L’homme est un océan; la femme est un lac. L’Océan a la perle qui orne; le lac, la poésie qui éclaire.
L’homme est un aigle qui vole; la femme est le rossignol qui chante. Voler, c’est dominer l’espace; chanter, c’est conquérir l’Ame.
L’homme est un Temple; la femme est le Sanctuaire. Devant le Temple nous nous découvrons; devant le Sanctuaire nous nous agenouillons.
Enfin: l’homme est placé où finit la terre; la femme où commence le ciel ».
El hombre y la mujer
El hombre es la más elevada de las criaturas.. la mujer es el más sublime de los ideales..
Dios hizo para el hombre un trono: para la mujer un altar. El trono exalta; el altar santifica.
El hombre es cerebro.. la mujer es corazón.. el cerebro fabrica la luz, el corazón el amor la luz fecunda, el amor resucita.
El hombre es fuerte por la razón la mujer es fuerte por las lagrimas la razón convence las lagrimas conmueven..
El hombre es capaz de todos los heroísmos la mujer de todos los martirios el heroísmo ennoblece el martirio sublima..
El hombre tiene la supremacía; la mujer la preferencia la supremacía significa la fuerza; la preferencia respresenta el derecho.
El hombre es un genio, la mujer un ángel. El genio es inconmensurable; El ángel indefinible.
La aspiración del hombre, es la suprema gloria; la aspiración de la mujer, es la extrema virtud. La gloria hace todo lo que es grande; La virtud hace todo lo que es divino.
El hombre es código la mujer es evangelio el código corrige el evangelio perfecciona..
El hombre piensa la mujer sueña el pensar es tener en el cráneo una larva soñar es tener en la frente una aureola..
El hombre es un océano; la mujer es un lago. El océano tiene la perla que adorna; El lago, la poesía que enciende.
El hombre es el águila que vuela la mujer es el ruiseñor que canta volar es dominar el espacio cantar el conquistar el alma..
El hombre es un Templo; la mujer es el Santuario. Delante del Templo nos descubrimos Delante del Santuario nos arrodillamos.
En fin! el hombre está colocado donde termina la tierra.. la mujer, donde comienza el cielo
La foule tient pour vrai ce qu'invente la haine. Sur tout grand homme un ver, le mensonge, se traîne. Tout front ceint de rayons est d'épines mordu ; A la lèvre d'un dieu le fiel atroce est dû ; Tout astre a pour manteau les ténèbres infâmes. Ecoutez. Phidias était marchand de femmes, Socrate avait un vice auquel son nom resta, Horace ami des boucs faisait frémir Vesta, Caton jetait un nègre esclave à la lamproie, Michel-Ange, amoureux de l'or, homme de proie, Vivait sous le bâton des papes, lui Romain, Et leur tendait le dos en leur tendant la main ; Dans l'oeil de Dante errant la cupidité brille ; Molière était un peu le mari de sa fille ; Voltaire était avare et Diderot vénal ; Devant le genre humain, orageux tribunal, Pas un homme qu'on n'ait puni de son génie ; Pas un qu'on n'ait cloué sur une calomnie ; Pas un, des temps anciens comme de maintenant, Qui sur le Golgotha de la gloire saignant, Une auréole au front, ne pende à la croix vile ; Et les uns ont Caïphe et les autres Zoïle.
Los crucificados
EL vulgo aplaude cuanto inventa el odio, y en tanto que desgarra su laurel al férvido Aristógiton, de Harmodio la gloria mancha con amarga hiel. En sus iras tan sólo ver anhela de la ignominia en afrentosa cruz a cuanto no se arrastra, a cuanto vuela, a cuanto no es mentira, a cuanto es luz. Acusa a Fidias de vender mujeres, al gran Epaminondas de traidor; a Sócrates de darse a los placeres; a Aristides, el justo, de impostor. A Catón, de arrojar á las murenas sus míseros esclavos; a Colón, que al indio libre le forjó cadenas... ¡cadenas que llevó en el corazón! De avaro a Miguel Angel; al divino entre todos los genios, Rafael, de vender como torpe libertino, por impúdicos besos su pincel. Incestuoso Molier; felón el Dante; Voltaire ateo; Diderot venal; ¡para todos la sátira infamante; para todos el látigo infernal! ¿A cuál mártir, apóstol o profeta, a qué artista, guerrero o trovador no le ha arrancado la mordaz saeta de la calumnia, un grito de dolor? ¡Uno solo se encuentra inmaculado de infamias tántas en el gran festín; uno solo no está crucificado por las humanas víboras-Caín!
Pourvu que son branchage, au-dessus du marais, Verdisse, et soit le dôme énorme des forêts, Qu'importe au chêne l'eau hideuse où ses pieds trempent ! Les insectes affreux de la poussière rampent Sous le bloc immobile aux broussailles mêlé ; Mais au géant de marbre, auguste et mutilé, Au sphinx de granit, rose et sinistre, qu'importe Ce que de lui, sous lui, peut penser le cloporte ! Dans la nuit où frémit le palmier convulsif, Le colosse, les mains sur ses genoux, pensif, Calme, attend le moment de parler à l'aurore ; Si la limace bave à sa base, il l'ignore ; Ce dieu n'a jamais su qu'un crapaud remuait ; Pendant qu'un ver sur lui glisse, il garde, muet, Son mystère effrayant de sonorité sombre ; Et le fourmillement des millepieds sans nombre N'ôte pas à Memnon, subitement vermeil, La formidable voix qui répond au soleil.
Los insultadores
Con tal que sus ramajes se extiendan como espléndidos boscajes, ¿qué caso habrá de hacer el cedro erguido del fango corrompido donde sus plantas posa, ni del cieno con que el pequeño mísero gusano de torpe envidia lleno quiera manchar su tronco soberano?
Al viejo torreón, perpetuo emblema de bélico poema; al Esfinge, entre escombros escondido, Coloso, que aun dormido la muerte misma lo contempla absorta, la injuria de una hormiga ¿qué le importa?
En el silencio de la noche, cuando sus alas bate, de placer temblando, el ángel de los sueños fugitivo, con los brazos cruzados, pensativo, el Coloso los astros contemplando en abstracción profunda se recrea. Entonces él ignora si su sombra que á veces le rodea, odio, calumnia ó liviandad se nombra: no sabe porqué silba la serpiente, porqué la hiena muerde, porqué miente la azucena al clavel en sus amores; por qué se mueve el asqueroso enjambre de insectos roedores, porqué son los satélites del hambre de Dios calumniadores.
En tanto que la turba de reptiles creyéndolo dormido, se consulta cuál ha de ser el que mejor le insulta, él en calma contempla de la aurora el rayo que las sombras desvanece y más y más los horizontes dora con su fúlgida luz...Hablar parece…
Su frente se enrojece, su pálida mejilla se colora, su cuerpo se estremece, inflámanse sus ojos, su cabeza enérgica levanta con tanta majestad y tal firmeza que, al remover la planta, cobarde tiembla y permanece muda la turba de gusanos roedores; ¡y el sol con luz espléndida saluda al gran despreciador de insultadores!
Ces lieux sont purs ; tu les complètes. Ce bois, loin des sentiers battus, Semble avoir fait des violettes, Jeanne, avec toutes tes vertus.
L'aurore ressemble à ton âge ; Jeanne, il existe sous les cieux On ne sait quel doux voisinage Des bons coeurs avec les beaux lieux.
Tout ce vallon est une fête Qui t'offre son humble bonheur ; C'est un nimbe autour de ta tête ; C'est un éden en ton honneur.
Tout ce qui t'approche désire Se faire regarder par toi, Sachant que ta chanson, ton rire, Et ton front, sont de bonne foi.
Ô Jeanne, ta douceur est telle Qu'en errant dans ces bois bénis, Elle fait dresser devant elle Les petites têtes des nids.
A Juana
EL campo es un edén, que tú completas. La solitaria selva en esta umbría parece que ha formado sus violetas con todas tus virtudes, Juana mía.
En el cielo la aurora esplendorosa como tu fresca juventud fulgura: hay relación secreta y misteriosa entre un bello lugar y un alma pura.
La esfera azul y el valle sonriente bríndante al par sus alegrías santas: el cielo es aureola de tu frente, el verjel es alfombra de tus plantas.
Cuanto florece en la extensión tranquila un rayo busca de tus bellos ojos, porque brilla sin nubes tu pupila, porque brilla tu frente sin enojos.
Y es tan dulce el fulgor de tu hermosura, que al pasar por los bosques escondidos, cantando asoman en la sombra oscura las tiernas cabecitas de los nidos.
N'ai-je pas pour toi, belle juive, Assez dépeuplé mon sérail ? Souffre qu'enfin le reste vive. Faut-il qu'un coup de hache suive Chaque coup de ton éventail ?
Repose-toi, jeune maîtresse. Fais grâce au troupeau qui me suit. Je te fais sultane et princesse : Laisse en paix tes compagnes, cesse D'implorer leur mort chaque nuit.
Quand à ce penser tu t'arrêtes, Tu viens plus tendre à mes genoux ; Toujours je comprends dans les fêtes Que tu vas demander des têtes Quand ton regard devient plus doux.
Ah ! jalouse entre les jalouses ! Si belle avec ce coeur d'acier ! Pardonne à mes autres épouses. Voit-on que les fleurs des pelouses Meurent à l'ombre du rosier ?
Ne suis-je pas à toi ? Qu'importe, Quand sur toi mes bras sont fermés, Que cent femmes qu'un feu transporte Consument en vain à ma porte Leur souffle en soupirs enflammés ?
Dans leur solitude profonde, Laisse-les t'envier toujours ; Vois-les passer comme fuit l'onde ; Laisse-les vivre : à toi le monde ! A toi mon trône, à toi mes jours !
A toi tout mon peuple - qui tremble ! A toi Stamboul qui, sur ce bord Dressant mille flèches ensemble, Se berce dans la mer, et semble Une flotte à l'ancre qui dort !
A toi, jamais à tes rivales, Mes spahis aux rouges turbans, Qui, se suivant sans intervalles, Volent courbés sur leurs cavales Comme des rameurs sur leurs bancs !
A toi Bassoral, Trébizonde, Chypre où de vieux noms sont gravés, Fez où la poudre d'or abonde, Mosul où trafique le monde, Erzeroum aux chemins pavés !
A toi Smyrne et ses maisons neuves Où vient blanchir le flot amer ! Le Gange redouté des veuves ! Le Danube qui par cinq fleuves Tombe échevelé dans la mer !
Dis, crains-tu les filles de Grèce ? Les lys pâles de Damanhour ? Ou l'oeil ardent de la négresse Qui, comme une jeune tigresse, Bondit rugissante d'amour ? Que m'importe, juive adorée, Un sein d'ébène, un front vermeil ! Tu n'es point blanche ni cuivrée, Mais il semble qu'on t'a dorée Avec un rayon de soleil.
N'appelle donc plus la tempête, Princesse, sur ces humbles fleurs, Jouis en paix de ta conquête, Et n'exige pas qu'une tête Tombe avec chacun de tes pleurs !
Ne songe plus qu'aux vrais platanes Au bain mêlé d'ambre et de nard, Au golfe où glissent les tartanes... Il faut au sultan des sultanes ; Il faut des perles au poignard !
La sultana favorita
- No despoblé ya bastante mi serrallo, linda hebrea ? Permite que él resto viva ¡basta de celos! ¿Es fuerza que al mover tú el abanico el hacha el verdugo mueva? Descansa, querida mía; ¿no eres sultana y princesa? En paz deja a mis cautivas, en paz á tus compañeras, y no vengas a arrancarme cada noche una sentencia. Cuando a tu dorado seno con más cariño me estrechas, y son más dulces tus besos y tus miradas más tiernas, sé que por cada caricia me pides una cabeza.
¡Oh celosa entre celosas, tan cruel siendo tan bella! ¡Gracia para la hermosura! ¿Has visto tú que perezcan a la sombra de las rosas las flores de la pradera? ¿No soy tuyo? ¿Qué te importa, si en tus brazos me encadenas, que, el fuego que las devora, en suspiros a mi puerta vengan á exhalar en vano cien desdeñadas bellezas? Déja que solas, llorando de envidia, gozar te vean; para ti es el mundo todo y mi amor y mi existencia.
Para ti, para ti sola, mi pueblo que al verme tiembla, y Estambul, que en estas playas elevando sus mil flechas, parece una flota anclada de la mar en las riberas. Para ti, para ti sola, esos espahís que vuelan, sobre la silla encorvándose de sus incansables yeguas, cual se encorvan los remeros de las rápidas galeras. Para ti Chipre, que guarda nombres de lejanas épocas; y Basora y Trebizonda; Mozul, do el mundo comercia; Fez, cuyos ríos arrastran oro en polvo por arenas; Ercerum, con sus caminos enlosados de anchas piedras; para ti la blanca Esmirna que la mar amarga besa.
Dime, díme; ¿acaso temes las blancas hijas de Grecia, o las miradas ardientes de la enamorada negra que ruge como una tigre, si el amor la aguijonea? ¿Qué me importa un seno de ébano o un rostro de rosas frescas? tú no eres negra ni blanca; mas doró tu faz morena el rayo de luz más puro que el sol del Asia destella. Déja que esas pobres flores su cáliz abran modestas; goza en paz de tu conquista; no exijas que una cabeza con cada lágrima caiga que tus ojos negros viertan. No pienses más que en los plátanos que tus jardines sombrean; en el baño perfumado con balsámicas esencias: en el golfo do las góndolas las aguas surcan ligeras... Requiere el sultán sultanas cual requiere el puñal perlas.
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, Chio, qu’ombrageaient les charmilles, Chio, qui dans les flots reflétait ses grand bois, Ses coteaux , ses palais, et le soir quelquefois Un chœur dansant de jeunes filles.
Tout est désert. Mais non; seul près des murs noircis, Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, Courbait sa tête humiliée. Il avait pour asile, il avait pour appui Une blanche aubépine, une fleur, comme lui Dans le grand ravage oublié.
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux ! Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus Comme le ciel et comme l’onde, Pour que dans leur azur, de larmes orageux. Passe le vif éclair de la joie et des jeux, Pour relever ta tête blonde, Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner Pour rattacher gaiement et gaiement ramener En boucles sur ta blanche épaule Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront, Et qui pleurent épars autour de ton beau front, Comme les feuilles sur le saule ?
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ? Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus, Qui d’Iran borde le puits sombre ? Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand Qu’un cheval au galop met, toujours en courant, Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois, Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois, Plus éclatant que les cymbales ? Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ? Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleux, Je veux de la poudre et des balles.
El niño
Allí el Turco ha pasado! Allí, como huracán de sangre y duelo, el rastro de sus pasos ha dejado en ruinas y en escombros sobre el suelo. Chío, la isla de los dulces vinos, de montañas y valles ondulada, Chío la de los bosques de carpinos, que se ufanó en las aguas retratada, hora del Turco so el poder impío semeja en medio al mar peñasco umbrío.
Bajo el bárbaro azote del tirano que de duelo y de luto la ha cubierto, es su antiguo esplendor recuerdo vano, es su suelo feraz yermo desierto. ¿Sus hijos dónde están? Nobles cayeron en la lid desigual y funeraria, y hoy no turba en su sueño a los que fueron planta humana en la playa solitaria. Pero, allí junto al muro del soberbio palacio derruído, un tierno niño, candoroso y puro, pálido y dolorido, apoyado en un árbol de oxiacanto inclina la cabeza ahogado en llanto.
Pobre niño, desnudo y pesaroso, a quien hirió con su furor la suerte, huérfano ¡oh Dios! acaso sin reposo, dí ¿qué puede en tu duelo distraerte? Dulce niño inocente, ¿qué busca tu ilusión en sus afanes? Por que asome el placer sobre tu frente, y en lujo de alegría te engalanes, y mueran tus congojas, yo te daré el regalo que tú escojas. ¿Qué quieres por que vuelvan tus cabellos a embellecer en bucles arreglados la blanca espalda que se ornó con ellos? Hora desaliñados cual las hojas del sauce caen llorosos, yendo a empañar tu frente con sus ondas, y tus azules ojos tan hermosos se velan ¡ay! bajo sus hebras blondas.
¿Qué es lo que puede disipar, criatura, de tus pesares la tormenta oscura? ¡Ah! ¿qué puede alegrarte, pobre niño? ¿Quieres la flor que se suspende airosa sobre el pozo de Irán hondo y sombrío, la flor de lis, más bella que la rosa, azul como tus ojos, cuyo azul al del cielo diera enojos? ¿O la fruta del árbol admirable que un caballo a galope tardaría cien años con empeño perdurable para cruzar su sombra, y no podría?
¡Ah, dí si sonreirás dándote el ave que al bosque anima con la voz más suave! ¿Qué quieres, inocente criatura, para reír y prorrumpir en canto, para arrojar de tu alma la tristura y de tu faz la palidez y el llanto? ¿Quieres la bella flor maravillosa? ¿quieres la fruta del tubá sabrosa? ¿ó acaso el ave de pintadas alas? -Amigo, el niño griego me responde, quiero pólvora y balas!-
Comme elle court ! voyez : - par les poudreux sentiers, Par les gazons tout pleins de touffes d'églantiers, Par les blés où le pavot brille, Par les chemins perdus, par les chemins frayés, Par les monts, par les bois, par les plaines, voyez Comme elle court, la jeune fille !
Elle est grande, elle est svelte, et quand, d'un pas joyeux, Sa corbeille de fleurs sur la tête, à nos yeux Elle apparaît vive et folâtre, A voir sur son beau front s'arrondir ses bras blancs, On croirait voir de loin, dans nos temples croulants, Une amphore aux anses d'albâtre.
Elle est jeune et rieuse, et chante sa chanson, Et, pieds nus, près du lac, de buisson en buisson, Poursuit les vertes demoiselles. Elle lève sa robe et passe les ruisseaux. Elle va, court, s'arrête et vole, et les oiseaux Pour ses pieds donneraient leurs ailes.
Quand, le soir, pour la danse on va se réunir, A l'heure où l'on entend lentement revenir Les grelots du troupeau qui bêle, Sans chercher quels atours à ses traits conviendront, Elle arrive, et la fleur qu'elle attache à son front Nous semble toujours la plus belle.
Certes, le vieux Omer, pacha de Négrepont, Pour elle eût tout donné, vaisseaux à triple pont, Foudroyantes artilleries, Harnois de ses chevaux, toisons de ses brebis, Et son rouge turban de soie, et ses habits Tout ruisselants de pierreries ;
Et ses lourds pistolets, ses tromblons évasés, Et leurs pommeaux d'argent par sa main rude usés, Et ses sonores espingoles, Et son courbe damas, et, don plus riche encor, La grande peau de tigre où pend son carquois d'or, Hérissé de flèches mogoles.
Il eût donné sa housse et son large étrier ; Donné tous ses trésors avec le trésorier ; Donné ses trois cents concubines ; Donné ses chiens de chasse aux colliers de vermeil ; Donné ses albanais, brûlés par le soleil, vec leurs longues carabines.
Il eût donné les Francs, les Juifs et leur rabbin ; Son kiosque rouge et vert, et ses salles de bain Aux grands pavés de mosaïque ; Sa haute citadelle aux créneaux anguleux ; Et sa maison d'été qui se mire aux flots bleus D'un golfe de Cyrénaïque.
Tout ! jusqu'au cheval blanc, qu'il élève au sérail, Dont la sueur à flots argente le poitrail ; Jusqu'au frein que l'or damasquine ; Jusqu'à cette espagnole, envoi du dey d'Alger, Qui soulève, en dansant son fandango léger, Les plis brodés de sa basquine !
Ce n'est point un pacha, c'est un klephte à l'oeil noir Qui l'a prise, et qui n'a rien donné pour l'avoir ; Car la pauvreté l'accompagne ; Un klephte a pour tous biens l'air du ciel, l'eau des puits, Un bon fusil bronzé par la fumée, et puis La liberté sur la montagne.
Lázara
¡Mirad, mirad cómo corre! ¡Por las sendas empolvadas, por los céspedes floridos, llenos de espinosas zarzas, por las mieses donde brillan las amapolas de grana, por el escabroso atajo, por la vereda trillada, por las selvas, por los prados, por las ásperas montañas, mirad, mirad cómo corre, mirad cómo corre Lázara!
Es bella, es alta, es esbelta, y cuando arrogante marcha, un canastillo de flores en su cabeza gallarda, los blancos brazos sobre ellas doblando con tanta gracia, imaginara cualquiera ver a lo lejos un ánfora, con sus asas de alabastro, sobre nuestras rotas aras.
Es joven y juguetona, y alegres canciones canta, y huella con pies desnudos del lago la húmeda playa, persiguiendo al leve insecto de alas brillantes y diáfanas; y su falda replegando, los limpios arroyos pasa; correr va y vuelve, y los pájaros dieran por sus pies sus alas.
Al espirar de la tarde, cuando se escuchan lejanas las campesinas ovejas que al volver al redil balan, aparece en la pradera donde el baile se prepara, y todos la flor más bella ven en la flor que gallarda de sus lustrosos cabellos prendió en las trenzas rizadas.
El pachá de Negroponto diera por la herniosa Lázara sus navíos de tres puentes, sus cañones y bombardas, de sus caballos las sillas, de sus ovejas las lanas, y su turbante de seda con sus perlas y esmeraldas.
En verdad por ella diera sus adamasquinas dagas, que por sus manos gastados tienen los puños de plata; y sus pesadas pistolas, y su corva cimitarra, y su rico carcaj de ororepleto de flechas tártaras.
Diera sus anchos estribos,los tesoros de sus arcas, y el tesorero con ellos, que vigilante los guarda; sus trescientas concubinas, sus fieles perros de caza, sus tostados albaneses con sus luengas espingardas.
Diera todos los judíos y el rabino que los manda; diera los francos, y el kiosko rojo y azul, y las salas de los baños aromáticos, de mosaico embaldosadas; y las torres formidables de su robusta alcazaba; y su quinta de verano, que trasparentes retratan las mansas ondas azulesdel mar de la Cirenaica.
¡Todo! hasta el caballo blanco que cual un tesoro guarda, hasta la linda española que el dey de Argel le enviara, y de la falda flotante, cuando su fandango baila, los anchos pliegues bordados con dulce mano levanta.
Y de un clefto de ojos negros y no de un pachá es esclava; es su señor y su amante, y no dió por ella nada: porque un clefto sólo tiene en los manantiales agua, ambiente libre en el campo, la carabina y la daga, y su libertad errante en el bosque y la montaña.
A Juana la grenadine, Qui toujours chante et badine, Sultan Achmet dit un jour : - Je donnerais sans retour Mon royaume pour Médine, Médine pour ton amour.
- Fais-toi chrétien, roi sublime ! Car il est illégitime, Le plaisir qu'on a cherché Aux bras d'un turc débauché. J'aurais peur de faire un crime. C'est bien assez du péché.
- Par ces perles dont la chaîne Rehausse, ô ma souveraine, Ton cou blanc comme le lait, Je ferai ce qui te plaît, Si tu veux bien que je prenne Ton collier pour chapelet.
El Sultán Achmet
A Juana la granadina, siempre risueña y ladina, dijo Achmet, lleno de ardor: Yo daría sin dolor mis dominios por Medina, y Medina por tu amor.
«Rey sublime, hazte cristiano, que es, en brazos de un pagano, ilegítimo el placer; temo un crimen cometer amando á un turco liviano, y pecar... ¡no puede ser !»
«Por las perlas con que ufana sabes, dulce soberana, tu blancura realzar, estoy pronto a apostatar; pero has de darme, cristiana, por rosario tu collar.»
J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel. Et les bois, et les monts, et toute la nature, Semblaient interroger dans un confus murmure Les flots des mers, les feux du ciel.
Et les étoiles d'or, légions infinies, A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies, Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête, Disaient, en recourbant l'écume de leur crête : - C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu.
Éxtasis
A la orilla del mar yo estaba solo; era una noche espléndida de estrellas; bajo el límpido cielo ni una nube, sobre la mar dormida ni una vela. Mis ojos insaciables traspasaban de ese horizonte vago las barreras, y todo el universo, el monte, el valle, las florestas oscuras, la alta peña, en confuso murmurio, parecían interrogar de la celeste esfera, a la apacible lumbre y á las ondas que abraza en su confín la mar inmensa.
La innumerable armada desparcida de temblorosas, nítidas estrellas - "¡el Señor!"-humildes murmuraban bajo la viva luz de sus diademas; y las azules ondas, perturbando el solemne silencio de la tierra, en lánguido crescendo respondían, jugando con la espuma de sus crestas: -"¡Es Dios... el Señor Dios! ¡En las alturas gloría al que al mar con su poder sujeta!"-
L'épopée du lion Victor Hugo (1802 -1885) I. Le paladin
Un lion avait pris un enfant dans sa gueule, Et, sans lui faire mal, dans la forêt, aïeule Des sources et des nids, il l'avait emporté. Il l'avait, comme on cueille une fleur en été, Saisi sans trop savoir pourquoi, n'ayant pas même Mordu dedans, mépris fier ou pardon suprême ; Les lions sont ainsi, sombres et généreux. Le pauvre petit prince était fort malheureux ; Dans l'antre, qu'emplissait la grande voix bourrue, Blotti, tremblant, nourri d'herbe et de viande crue. Il vivait, presque mort et d'horreur hébété. C'était un frais garçon, fils du roi d'à côté ; Tout jeune, ayant dix ans, âge tendre où l'œil brille ; Et le roi n'avait plus qu'une petite fille Nouvelle-née, ayant deux ans à peine ; aussi Le roi qui vieillissait n'avait-il qu'un souci, Son héritier en proie au monstre ; et la province Qui craignait le lion plus encor que le prince Était fort effarée.
Un héros qui passait Dans le pays fit halte, et dit : Qu'est-ce que c'est ? On lui dit l'aventure ; il s'en alla vers l'antre. Un creux où le soleil lui-même est pâle, et n'entre Qu'avec précaution, c'était l'antre où vivait L'énorme bête, ayant le rocher pour chevet.
Le bois avait, dans l'ombre et sur un marécage, Plus de rameaux que n'a de barreaux une cage ; Cette forêt était digne de ce consul ; Un menhir s'y dressait en l'honneur d'Irmensul ; La forêt ressemblait aux halliers de Bretagne ; Elle avait pour limite une rude montagne, Un de ces durs sommets où l'horizon finit ; Et la caverne était taillée en plein granit, Avec un entourage orageux de grands chênes ; Les antres, aux cités rendant haines pour haines, Contiennent on ne sait quel sombre talion. Les chênes murmuraient : Respectez le lion !
Le héros pénétra dans ce palais sauvage ; L'antre avait ce grand air de meurtre et de ravage Qui sied à la maison des puissants, de l'effroi, De l'ombre, et l'on sentait qu'on était chez un roi ; Des ossements à terre indiquaient que le maître Ne se laissait manquer de rien ; une fenêtre Faite par quelque coup de tonnerre au plafond L'éclairait ; une brume où la lueur se fond, Qui semble aurore à l'aigle et nuit à la chouette, C'est toute la clarté qu'un conquérant souhaite ; Du reste c'était haut et fier ; on comprenait Que l'être altier couchait sur un lit de genêt Et n'avait pas besoin de rideaux de guipure, Et qu'il buvait du sang, mais aussi de l'eau pure, Simplement, sans valet, sans coupe et sans hanap. Le chevalier était armé de pied en cap. Il entra.
Tout de suite il vit dans la tanière Un des plus grands seigneurs couronnés de crinière Qu'on pût voir, et c'était la bête ; elle pensait ; Et son regard était profond, car nul ne sait Si les monstres des bois n'en sont pas les pontifes ; Et ce lion était un maître aux larges griffes, Sinistre, point facile à décontenancer. Le héros approcha, mais sans trop avancer. Son pas était sonore, et sa plume était rouge. Il ne fit remuer rien dans l'auguste bouge. La bête était plongée en ses réflexions. Thésée entrant au gouffre où sont les Ixions Et les Sisyphes nus et les flots de l'Averne, Vit à peu près la même implacable caverne. Le paladin, à qui le devoir disait : va ! Tira l'épée. Alors le lion souleva Sa tête doucement d'une façon terrible.
Et le chevalier dit : – Salut, ô bête terrible ! Tu caches dans les trous de ton antre un enfant ; J'ai beau fouiller des yeux ton repaire étouffant, Je ne l'aperçois pas. Or, je viens le reprendre. Nous serons bons amis si tu veux me le rendre ; Sinon, je suis lion aussi, moi, tu mourras ; Et le père étreindra son enfant dans ses bras, Pendant qu'ici ton sang fumera, tiède encore ; Et c'est ce que verra demain la blonde aurore. Et le lion pensif lui dit : – Je ne crois pas.
Sur quoi le chevalier farouche fit un pas, Brandit sa grande épée, et dit : Prends garde, sire ! On vit le lion, chose effrayante, sourire. Ne faites pas sourire un lion. Le duel S'engagea, comme il sied entre géants, cruel, Tel que ceux qui de l'Inde ensanglantent les jungles. L'homme allongea son glaive et la bête ses ongles ; On se prit corps à corps, et le monstre écumant Se mit à manier l'homme effroyablement ; L'un était le vaillant et l'autre le vorace ; Le lion étreignit la chair sous la cuirasse, Et, fauve, et sous sa griffe ardente pétrissant Ce fer et cet acier, il fit jaillir le sang Du sombre écrasement de toute cette armure, Comme un enfant rougit ses doigts dans une mûre ; Et puis l'un après l'autre il ôta les morceaux Du casque et des brassards, et mit à nu les os. Et le grand chevalier n'était plus qu'une espèce De boue et de limon sous la cuirasse épaisse ; Et le lion mangea le héros. Puis il mit Sa tête sur le roc sinistre et s'endormit.
La epopeya del león I. El paladín
Robado entre sus dientes, sin dañarlo, se llevaba un León á un tierno niño a ocultarlo en la selva, esa gigante abuela del arroyo y de los nidos... Cual se coge una flor porque es hermosa, sin saber cómo, habíalo cogido, adusto y sin crueldad, que los Leones son así: generosos y sombríos... Sin libertarse del profundo espanto, era muy desgraciado el pobre niño en la espantosa cueva, cuyas rocas temblaban de la fiera a los rugidos. Transido de pavor, desnudo, inerme, esperando la muerte siempre tímido, hierbas comiendo o carne palpitante, ¡vivía casi muerto, embrutecido! Era este hermoso niño, de dos lustros, el hijo y sucesor de un rey vecino, que otra hijita tenía, solamente de dos años de edad. Por redimirlo mil dones daba el rey, pero su pueblo más temía al León que á su rey mismo...
Llegó por fin un héroe, oyó la historia, y al antro del León marchó aguerrido... Una caverna do penetran pálidos del refulgente sol los rayos vívidos, era la residencia de aquel monstruo que se adormía en lecho de granito.
Más rejas que los hierros de una jaula tenía el bosque de árboles tupidos, entre cuyos ramajes se elevaba en honor de Irminsul un obelisco. Protegía a la cueva una montaña de esas que forman horizonte. Un círculo de encinas cólosales la rodeaba y sus flancos dejaba defendidos. Odio por odio a la ciudad volviendo, hasta el viento, al zumbar en aquel sitio, parecía decir con voz sañuda: - "¡Respetad al León, éste es su asilo!"
El hombre, que los bosques no respeta, que parece afanarse en extinguirlos, y en su orgullo no ve que por las fieras están, contra su estrago, protejidos ,nada de lo que en ellos se guarece venera en su locura, y su dominio ejerce en profanar lo que es sagrado, el antro del León descubrió altivo. El paladín penetra en la caverna y halla entre los despojos de exterminio inequívocas pruebas de que habita un verdadero rey en su circuito. Huellas doquier de muertes y de estragos, osamentas y craneos esparcidos, todo manifestaba que el monarca de nada se privaba en su apetito... Un destello de sol por una grieta abierta por el rayo, entraba tímido... era la hora en que despierta el águila y vuelven las lechuzas a sus nidos... Modesto era el palacio...allí no había encaje ni blasón, jarro ni vino: ¡el rey bebía sangre !...El caballero entró de punta en blanco, espada al cinto...
Y pronto vió en la cueva uno de aquellos crinados monstruos de imponente aspecto ¡al León, que severo meditaba cual pontífice ungido del desierto! Y era enorme el León, de agudas garras, de alta cerviz y de robusto cuello, de tremendo mirar, y acostumbrado solamente a inspirar ¡no a sentir miedo! Con tranquilo valor al fondo oscuro se aproxima al intrépido guerrero, sin que halle más de nuevo que la calma que encontró entre los Sísifos Teseo... El paladín, a que el valor le grita -¡Adelante!-desnudo alza el acero... Sólo entonces el León abre los ojos y al paladín contempla somnoliento.
- "¡Salud, bestia, salud!"-díjole el joven, "tú aquí ocultas á un niño, que yo vengo a libertar de ti; mas no habrá lucha si consientes al punto en devolvérmelo... «¡Yo también soy León ! ¡Vea su padre al niño entre los suyos... o tu cuerpo tibio vapor exhalará bien pronto!» Pensó la fiera y dijo:- «¡No lo creo!»
Avanzó el paladín, blandió la espada, - Defiéndete!»-le dijo, -y con desprecio la fiera se sonrió... ¡sonrisa horrible! Y entre hombre y monstruo establecióse el duelo. Embístense los dos... vibra la espada... ¡ruge el León, y unidos cuerpo a cuerpo al paladín, espuma vomitando, lo revuelca en sus garras por el suelo! ¡Ya casi triunfa el héroe del carnívoro... mas el León lo oprime con su peso, y hundiéndole en las carnes la armadura, hace un montón de miembros y de acero! Quedó rojo el recinto, y contemplando informe masa y triturados huesos lo que fué un paladín, ¡sobre esa masa tranquilo el monstruo se quedó durmiendo!
L'épopée du lion Victor Hugo (1802 -1885) II. L'ermite
Alors vint un ermite.
Il s'avança vers l'antre ; Grave et tremblant, sa croix au poing, sa corde au ventre, Il entra. Le héros tout rongé gisait là Informe, et le lion, se réveillant, bâilla. Le monstre ouvrit les yeux, entendit une haleine, Et, voyant une corde autour d'un froc de laine, Un grand capuchon noir, un homme là dedans, Acheva de bâiller, montrant toutes ses dents ; Puis, auguste, et parlant comme une porte grince, Il dit : – Que veux-tu, toi ? – Mon roi. – Quel roi ? – Mon prince. – Qui ? – L'enfant. – C'est cela que tu nommes un roi ! L'ermite salua le lion. – Roi, pourquoi As-tu pris cet enfant ? – Parce que je m'ennuie. Il me tient compagnie ici les jours de pluie. – Rends-le-moi. – Non. Je l'ai. – Qu'en veux-tu faire enfin ? Le veux-tu donc manger ? – Dame ! si j'avais faim ! – Songe au père, à son deuil, à sa douleur amère. – Les hommes m'ont tué la lionne, ma mère. – Le père est roi, seigneur, comme toi. – Pas autant. S'il parle, c'est un homme, et moi, quand on m'entend, C'est le lion. – S'il perd ce fils... – Il a sa fille. – Une fille, c'est peu pour un roi. – Ma famille A moi, c'est l'âpre roche et la fauve forêt, Et l'éclair qui parfois sur ma tête apparaît ; Je m'en contente. – Sois clément pour une altesse. – La clémence n'est pas ; tout est de la tristesse. – Veux-tu le paradis ? Je t'offre le blanc-seing Du bon Dieu. – Va-t'en, vieil imbécile de saint !
L'ermite s'en alla.
La epopeya del león II. El ermitaño
Llega después un ermitaño.
Lleva una cruz y un cordón; y sin otra arma entra, sin susto, á la espantosa cueva. Se apercibe el León, mas no se alarma. Después de bostezar, la frente eleva, y, cuando al monje ve, más se desarma su instinto natural...Causando hielo, deshecho el paladín yace en el suelo... Y como el rechinar que se oye abriendo férrea puerta, la fiera así le dijo - «¿Qué buscas? »- «A mi rey.»- «¿Qué estás diciendo? » -«Al príncipe.»- «¿Qué es eso ?»- «Al niño, al hijo de mi señor...»- «¡Al cabo te comprendo! ¿y eso llaman un rey?... » - «Sí. Yo te exijo por mi Dios, que lo vuelvas a su padre... » -«¡No!...los hombres mataron á mi madre...» - «¡De mi rey ten piedad!... ¿No te conmueve su profundo dolor?...»- «¡No, que ese niño me acompaña en las noches cuando llueve!...» - «¡El era de mi rey todo el cariño!...» -«Tiene á más una hija... »- «Pero él debe ser su heredero... »-«Yo mi amor no ciño a un objeto: yo admiro en la montaña cuanto ama el sol, que mi melena baña...» - «¡Tén lástima de un padre tan doliente, que es un monarca como tú !...»- «¡No tanto: él es un hombre...yo un León...- «¡Clemente hazlo feliz!...»- El me odia con espanto!» - «¡Yo el cielo te abriré!...»- «¡Véte, insolente ficcioso viejo, con barniz de santo...»
Y el monje viendo al animal furioso, tornó su paso á la ciudad, medroso...
Victor Hugo -L'épopée du lion- III. La chasse et la nuit-
L'épopée du lion Victor Hugo (1802 -1885) III. La chasse et la nuit
Le lion solitaire, Plein de l'immense oubli qu'ont les monstres sur terre, Se rendormit, laissant l'intègre nuit venir. La lune parut, fit un spectre du menhir, De l'étang un linceul, du sentier un mensonge, Et du noir paysage inexprimable un songe ; Et rien ne bougea plus dans la grotte, et, pendant Que les astres sacrés marchaient vers l'occident Et que l'herbe abritait la taupe et la cigale, La respiration du grand lion, égale Et calme, rassurait les bêtes dans les bois. Tout à coup des clameurs, des cors et des abois. Un de ces bruits de meute et d'hommes et de cuivres, Qui font que brusquement les forêts semblent ivres, Et que la nymphe écoute en tremblant dans son lit, La rumeur d'une chasse épouvantable emplit Toute cette ombre, lac, montagne, bois, prairie, Et troubla cette vaste et fauve rêverie. Le hallier s'empourpra de tous les sombres jeux 'une lueur mêlée à des cris orageux. On entendait hurler les chiens chercheurs de proies ; Et des ombres couraient parmi les claires-voies. Cette altière rumeur d'avance triomphait. On eût dit une armée ; et c'était en effet Des soldats envoyés par le roi, par le père, Pour délivrer le prince et forcer le repaire, Et rapporter la peau sanglante du lion. De quel côté de l'ombre est la rébellion, Du côté de la bête ou du côté de l'homme ? Dieu seul le sait ; tout est le chiffre, il est la somme. Les soldats avaient fait un repas copieux, Étaient en bon état, armés d'arcs et d'épieux, En grand nombre, et conduits par un fier capitaine. Quelques-uns revenaient d'une guerre lointaine, Et tous étaient des gens éprouvés et vaillants. Le lion entendait tous ces bruits malveillants, Car il avait ouvert sa tragique paupière ; Mais sa tête restait paisible sur la pierre, Et seulement sa queue énorme remuait.
Au dehors, tout autour du grand antre muet, Hurlait le brouhaha de la foule indignée ; Comme un essaim bourdonne autour d'une araignée, Comme une ruche autour d'un ours pris au lacet, Toute la légion des chasseurs frémissait ; Elle s'était rangée en ordre de bataille. On savait que le monstre était de haute taille, Qu'il mangeait un héros comme un singe une noix, Qu'il était plus hautain qu'un tigre n'est sournois, Que son regard faisait baisser les yeux à l'aigle ; Aussi lui faisait-on l'honneur d'un siège en règle. La troupe à coups de hache abattait les fourrés ; Les soldats avançaient l'un sur l'autre serrés, Et les arbres tendaient sur la corde les flèches. On fit silence, afin que sur les feuilles sèches On entendît les pas du lion, s'il venait. Et les chiens, qui selon le moment où l'on est Savent se taire, allaient devant eux, gueule ouverte, Mais sans bruit. Les flambeaux dans la bruyère verte Rôdaient, et leur lumière allongée en avant Éclairait ce chaos d'arbres tremblant au vent ; C'est ainsi qu'une chasse habile se gouverne. On voyait à travers les branches la caverne, Sorte de masse informe au fond du bois épais, Béante, mais muette, ayant un air de paix Et de rêve, et semblant ignorer cette armée. D'un âtre où le feu couve il sort de la fumée, D'une ville assiégée on entend le beffroi ; Ici rien de pareil ; avec un vague effroi, Tous observaient, le poing sur l'arc ou sur la pique, Cette tranquillité sombre de l'antre épique ; Les dogues chuchotaient entre eux je ne sais quoi ; De l'horreur qui dans l'ombre obscure se tient coi, C'est plus inquiétant qu'un fracas de tempête. Cependant on était venu pour cette bête, On avançait, les yeux fixés sur la forêt, Et non sans redouter ce que l'on désirait ; Les éclaireurs guettaient, élevant leur lanterne ; On regardait le seuil béant de la caverne ; Les arbres frissonnaient, silencieux témoins ; On marchait en bon ordre, on était mille au moins... Tout à coup apparut la face formidable. On vit le lion.
Tout devint inabordable Sur-le-champ, et les bois parurent agrandis ; Ce fut un tremblement parmi les plus hardis ; Mais, fût-ce en frémissant, de vaillants archers tirent, Et sur le grand lion les flèches s'abattirent, Un tourbillon de dards le cribla. Le lion, Pas plus que sous l'orage Ossa ni Pélion Ne s'émeuvent, fronça son poil, et grave, austère, Secoua la plupart des flèches sur la terre ; D'autres, sur qui ces dards se seraient enfoncés, Auraient certes trouvé qu'il en restait assez, Ou se seraient enfuis ; le sang rayait sa croupe ; Mais il n'y prit point garde, et regarda la troupe ; Et ces hommes, troublés d'être en un pareil lieu, Doutaient s'il était monstre ou bien s'il était dieu. Les chiens muets cherchaient l'abri des fers de lance. Alors le fier lion poussa, dans ce silence, A travers les grands bois et les marais dormants, Un de ces monstrueux et noirs rugissements Qui sont plus effrayants que tout ce qu'on vénère, Et qui font qu'à demi réveillé, le tonnerre Dit dans le ciel profond : Qui donc tonne là-bas ?
Tout fut fini. La fuite emporte les combats Comme le vent la brume, et toute cette armée, Dissoute, aux quatre coins de l'horizon semée, S'évanouit devant l'horrible grondement. Tous, chefs, soldats, ce fut l'affaire d'un moment, Croyant être en des lieux surhumains où se forme On ne sait quel courroux de la nature énorme, Disparurent, tremblants, rampants, perdus, cachés. Et le monstre cria : – Monts et forêts, sachez Qu'un lion libre est plus que mille hommes esclaves.
Les bêtes ont le cri comme un volcan les laves ; Et cette éruption qui monte au firmament D'ordinaire suffit à leur apaisement ; Les lions sont sereins plus que les dieux peut-être ; Jadis, quand l'éclatant Olympe était le maître, Les Hercules disaient : – Si nous étranglions A la fin, une fois pour toutes, les lions ? Et les lions disaient : – Faisons grâce aux Hercules.
Pourtant ce lion-ci, fils des noirs crépuscules, Resta sinistre, obscur, sombre ; il était de ceux Qui sont à se calmer rétifs et paresseux, Et sa colère était d'une espèce farouche. La bête veut dormir quand le soleil se couche ; Il lui déplaît d'avoir affaire aux chiens rampants ; Ce lion venait d'être en butte aux guet-apens ; On venait d'insulter la forêt magnanime ; Il monta sur le mont, se dressa sur la cime, Et reprit la parole, et, comme le semeur Jette sa graine au loin, prolongea sa clameur De façon que le roi l'entendit dans sa ville :
– Roi ! tu m'as attaqué d'une manière vile ! Je n'ai point jusqu'ici fait mal à ton garçon ; Mais, roi, je t'avertis, par-dessus l'horizon Que j'entrerai demain dans ta ville à l'aurore, Que je t'apporterai l'enfant vivant encore, Que j'invite à me voir entrer tous tes valets, Et que je mangerai ton fils dans ton palais.
La nuit passa, laissant les ruisseaux fuir sous l'herbe Et la nuée errer au fond du ciel superbe.
Le lendemain on vit dans la ville ceci :
L'aurore ; le désert ; des gens criant merci, Fuyant, faces d'effroi bien vite disparues ; Et le vaste lion qui marchait dans les rues.
La epopeya del león
III. Cacería nocturna
Quedó solo el León... En el olvido que rodea a las fieras se durmió. Vino la noche, se apagó el ruido y en el cielo la luna apareció... Espectro es cada roca blanquecina, cada árbol un fantasma colosal; cirios los astros; la sutil neblina una helada mortaja funeral. No cantan las cigarras... En su nido el ave muda se guarece al fin... la igual respiración del León dormido tranquiliza a las bestias del confín... Mas se oye de repente un clamor vago de voces de hombre y trompas de metal, y al par anuncian destrucción y estrago los ladridos de estrépito infernal ¡Es una cacería, horrible, extraña, que interrumpe aquel sueño encantador! La colina, y el valle, y la montaña despiertan y se agitan de terror... Un ejército finge...y es lo cierto: ¡un ejército viene a batallar con el monstruo feroz, que acaso ha muerto al príncipe que el cetro iba a heredar! Y soldados, monteros y mastines, se derraman del bosque en lo interior para encerrar la fiera en sus confines y arrancarle la presa á su furor... ¿Por qué en lo humano hay iras tan severas? ¿por qué el hombre del bruto corre en pos? Del problema, los hombres y las fieras son las cifras:-¡la suma es sólo Dios! Los soldados recuerdan sus campañas y aprestan otra nueva, en un festín; soñando ser, en bríos y en hazañas, cada cual en la lucha un paladín. Y marchan, avivando sus corceles, persiguiendo la fiera con afán… suenan las trompas, ladran los lebreles y tras el rastro apresurados van... Sigue la confusión... El León oyóla, alza los ojos, que la turba ven… mas no se levantó… la enorme cola sólo siguió moviendo con desdén...
Fuera de la caverna se sentía de la irritada gente el ronco estrépito, zumbando cual enjambre que á una araña persigue y la rodea en un momento o como amenazar suele rabiosa una jauría al oso prisionero… ¡así al León los cazadores buscan maniobrando en el orden de un ejército! Sabíase que el monstruo era terrible, que tumbaba y comíase un guerrero cual si fuera una nuez, que parte y traga, así como jugando, un mico hambriento; que era astuto y esquivo más que el tigre, de águila su ojo y de titán sus nervios; ¡por eso en toda regla se le hacía todo en honor de tan pomposo asecho! La tropa los zarzales destrozaba, y apretados marchaban los flecheros, parándose otras veces, por si oían los pasos del León por el sendero. Llevados de su instinto, hacia adelante rastros buscaban los mastines diestros, sigilosos también, sin hacer ruido, listas las patas y el hocico abierto… Las antorchas la hierba iluminaban y vistos al fulgor de sus reflejos, los árboles, gigantes parecían que a la turba miraban con desprecio... Cuando un hogar se incendia el humo sale, el bronce vibra si se sitia un pueblo, ¡mas, nada aquí se escucha...nada...nada, ni ruido, ni señal: todo es silencio! El miedo, si al silencio hace su cómplice, es más terrible que el mayor estruendo; ¡por eso los que al monstruo altivos siguen buscan á un tiempo y temen el encuentro! ¡Ya dan con la caverna! Alzan las luces... mil serán los soldados, por lo menos... ¡De repente, llenando el horizonte, aparece terrífico un objeto!
¡Vióse al León! En el instante todo engrandecido apareció... De espanto pareció que la brisa enmudecía, y combatientes y árboles temblaron Mas repuestos los fuertes cazadores, contra la fiera emprenden nuevo asalto, y su cuerpo acribilla una tremenda lluvia feroz de flechas y de dardos. No se irrita el León... cual no se irritan la Osa ni Peleo, si los rayos de horrible tempestad trisulcos cruzan entre sus crines de lucientes astros... Sólo encoge la piel la herida fiera, y al sacudir su cuerpo lacerado, de las agudas puntas se desprende, aunque no se liberta de su estrago… Otro, sin duda, al verse tan herido, se hubiera entre las breñas escapado, no así el León que, cansando á los monteros, como un dios, de su rabia no hace caso. Los perros callan...; pero el monstruo lanza un rugido tan hondo y tan extraño, que en lo alto el trueno se despierta y dice: -"¿Quién por allá en la tierra está tronando?"
Y todo concluyó...La turba escapa, cual el viento disipa á los nublados, como si aquel rugido hubiera sido el eco de algún mito sobrehumano... Todos, jefes, soldados y monteros, de aquel campo de horror huyen temblando, y escuchan, al huir, que el León les dice: -"¡No amedrentan a un libre mil esclavos!"
Las fieras tienen gritos cual los volcanes lavas: estallan, y su cólera se disminuye así. Mas nunca cual los dioses las fieras son tan bravas: ¡en medio de sus ímpetus saben volver en sí! Cuando el Olimpo al mundo regía, se dijeron los Hércules titánicos: -"¡No quede ni un León!"-
En cambio los Leones al reto respondieron sonriendo: -"De los Hércules tengamos compasión..."- Y este León sombrío, tranquilo y majestuoso cual la hora del crepúsculo, no osó venganza hallar: de la tranquila noche bajo el oscuro manto, él quiere ser pacífico, dormir y descansar... Amaneció... La cima trepó del alto monte, y altivo, revistiéndose de regia majestad, así dijo orgulloso mirando el horizonte, con voz que escuchó atónita la próxima ciudad:
- "¡Oh rey! tú te has portado tan vil como cobarde haciendo que un ejército me venga a combatir: en nada ofendí al niño; ¡mas de mi enojo alarde haré, y ante tus súbditos lo mirarás morir!" Alumbro el sol… Altivo el León se aproximaba y sin soltar al príncipe entraba a la ciudad.
Con paso firme y lento la fiera caminaba; y al verla el pueblo tímido- "¡Piedad! -gritó-"¡piedad!"-
Le blême peuple était dans les caves épars. A quoi bon résister ? Pas un homme aux remparts ; Les portes de la ville étaient grandes ouvertes. Ces bêtes à demi divines sont couvertes D'une telle épouvante et d'un doute si noir, Leur antre est un si morne et si puissant manoir, Qu'il est décidément presque impie et peu sage, Quand il leur plaît d'errer, d'être sur leur passage. Vers le palais chargé d'un dôme d'or massif Le lion à pas lents s'acheminait pensif, Encor tout hérissé des flèches dédaignées ; Une écorce de chêne a des coups de cognées, Mais l'arbre n'en meurt pas ; et, sans voir un archer, Grave, il continuait d'aller et de marcher ; Et le peuple tremblait, laissant la bête seule. Le lion avançait, tranquille, et dans sa gueule Effroyable il avait l'enfant évanoui. Un petit prince est-il un petit homme ? Oui. Et la sainte pitié pleurait dans les ténèbres. Le doux captif, livide entre ces crocs funèbres, Était des deux côtés de la gueule pendant, Pâle, mais n'avait pas encore un coup de dent ; Et, cette proie étant un bâillon dans sa bouche, Le lion ne pouvait rugir, ennui farouche Pour un monstre, et son calme était très furieux ; Son silence augmentait la flamme de ses yeux ; Aucun arc ne brillait dans aucune embrasure ; Peut-être craignait-on qu'une flèche peu sûre, Tremblante, mal lancée au monstre triomphant, Ne manquât le lion et ne tuât l'enfant.
Comme il l'avait promis par-dessus la montagne, Le monstre, méprisant la ville comme un bagne, Alla droit au palais, las de voir tout trembler, Espérant trouver là quelqu'un à qui parler, La porte ouverte, ainsi qu'au vent le jonc frissonne, Vacillait. Il entra dans le palais. Personne.
Tout en pleurant son fils, le roi s'était enfui Et caché comme tous, voulant vivre aussi lui, S'estimant au bonheur des peuples nécessaire. Une bête féroce est un être sincère Et n'aime point la peur ; le lion se sentit Honteux d'être si grand, l'homme étant si petit ; Il se dit, dans la nuit qu'un lion a pour âme : – C'est bien, je mangerai le fils. Quel père infâme ! – Terrible, après la cour prenant le corridor, Il se mit à rôder sous les hauts plafonds d'or ; Il vit le trône, et rien dedans ; des chambres vertes, Jaunes, rouges, aux seuils vides, toutes désertes ; Le monstre allait de salle en salle, pas à pas, Affreux, cherchant un lieu commode à son repas ; Il avait faim. Soudain l'effrayant marcheur fauve S'arrêta.
Près du parc en fleur, dans une alcôve, Un pauvre être, oublié dans la fuite, bercé Par l'immense humble rêve à l'enfance versé, Inondé de soleil à travers la charmille, Se réveillait. C'était une petite fille ; L'autre enfant du roi. Seule et nue, elle chantait. Car l'enfant chante même alors que tout se tait. Une ineffable voix, plus tendre qu'une lyre, Une petite bouche avec un grand sourire, Un ange dans un tas de joujoux, un berceau, Crèche pour un Jésus ou nid pour un oiseau, Deux profonds yeux bleus, pleins de clartés inconnues, Col nu, pieds nus, bras nus, ventre nu, jambes nues, Une brassière blanche allant jusqu'au nombril. Un astre dans l'azur, un rayon en avril, Un lys du ciel daignant sur cette terre éclore, Telle était cette enfant plus douce que l'aurore ; Et le lion venait d'apercevoir cela.
Il entra dans la chambre, et le plancher trembla.
Par-dessus les jouets qui couvraient une table, Le lion avança sa tête épouvantable, Sombre en sa majesté de monstre et d'empereur, Et sa proie en sa gueule augmentait son horreur. L'enfant le vit, l'enfant cria : – Frère ! mon frère ! Ah ! mon frère ! – et debout, rose dans la lumière Qui la divinisait et qui la réchauffait, Regarda ce géant des bois, dont l'œil eût fait Reculer les Typhons et fuir les Briarées. Qui sait ce qui se passe en ces têtes sacrées ? Elle se dressa droite au bord du lit étroit, Et menaça le monstre avec son petit doigt. Alors, près du berceau de soie et de dentelle, Le grand lion posa son frère devant elle, Comme eût fait une mère en abaissant les bras, Et lui dit : – Le voici. Là ! ne te fâche pas !
La epopeya del león IV. La aurora
El pueblo, entre tanto, se oculta medroso. Defensa no cabe ¿á qué batallar? Las puertas abiertas están, y orgulloso por ellas al monstruo se mira pasar. Al regio recinto, que de oro bruñido su cúpula eleva, se obstina en seguir. Ninguno importuno pretende atrevido, cruzando su paso, su marcha impedir. Cual roble que recto se eleva, aunque herido, el monstruo orgulloso, terror de la grey, despacio al palacio se va decidido llevando en sus dientes al hijo del rey… ¿Un príncipe es un niño?¡Sí! y el odio no alcanza á él...Por eso diligente la Santa Compasión, su ángel custodio, cuidaba en el peligro al inocente. Pálido entre los dientes de la fiera colgaba el niño, por el cuello asido, y una mordaza de silencio era que sofocaba su feroz rugido. Tremenda era la calma y el horrible silencio del León, cuya mirada, en cada puerta, con rencor terrible se clavaba en la gente amedrentada. Así pasando por la calle estrecha desarmaba a la cólera el cariño, pues cada cual temía que su flecha sin herir al León matase al niño… Cual lo había en el monte prometido, como cárcel desdeña la ciudad, y hacia el palacio avanza decidido a hacer sentir su regia majestad. Las rejas sin cerrarse, en su abandono franco acceso hasta lo íntimo le dan. Entra en los patios; el salón y el trono solos, cual los vestíbulos, están.
Lamentando del niño la desgracia había huído el asustado rey, que, si para luchar falto de audacia, con él trataba de salvar la ley... No hallando allí ni á quién mirar siquiera, desagradado se sintió el León, pensando cuán enorme es una fiera ¡y cuán pequeños los humanos son! E invocando a las sombras así dijo: « ¡Infame padre sin piedad ni amor! ¡dejar morir á su indefenso hijo sin disputarlo altivo á su raptor! « ¡Pues está bien, devoraré a este niños i nadie me lo quiere disputar! » Y entre salas de púrpura y armiño y techos de oro, comenzó a vagar. Para hacer su comida, paso a paso un aposento cómodo buscó; por fin, del hambre atormentada acaso, de repente la fiera se paró...
Cerca del parque, en olvidada alcoba una niña inocente está dormida en el sueño feliz en que se arroba tranquila y pura la niñez querida. ¡Es la hijita del rey, que oye la trova del Angel de su guarda interrumpida por unos pasos que á explicar no acierta, cuyo ruido, sin susto, la despierta! Desnudita se sienta y en la cuna, ¡que era el nido de un ave! un ángel bello parecía, ó un lirio á que la luna alumbra con su cándido destello. No hay en su rostro turbación ninguna: sus ojos son turquesas; su cabello hebras de oro; y artísticos pedazos de alabastro sus manos y sus brazos.
El León entró á la alcoba... Tembló el piso...
Miró á la niña y se detuvo...Echarlo ella intenta: ve al niño...y de improviso « ¡Es mi hermanito! » dice, y va a abrazarlo... El León, turbado, detenerla quiso: ella alza su dedito… Al contemplarlo, él suelta al niño y dice: -« ¡No me arrojes: tu hermanito está aquí! ¡no, no te enojes! »
I La voyez-vous passer, la nuée au flanc noir? Tantôt pâle, tantôt rouge et splendide à voir, Morne comme un été stérile? On croit voir à la fois, sur le vent de la nuit, Fuir toute la fumée ardente et tout le bruit De l'embrasement d'une ville.
D'où vient-elle? des cieux, de la mer ou des monts? Est-ce le char de feu qui porte les démons À quelque planète prochaine? Ô terreur! de son sein, chaos mystérieux, D'où vient que par moments un éclair furieux Comme un long serpent se déchaîne?
II La mer! partout la mer! des flots, des flots encor. L'oiseau fatigue en vain son inégal essor. Ici les flots, là-bas les ondes; Toujours des flots sans fin par des flots repoussés; L'oeil ne voit que des flots dans l'abîme entassés Rouler sous les vagues profondes.
Parfois de grands poissons, à fleur d'eau voyageant, Font reluire au soleil leurs nageoires d'argent, Ou l'azur de leurs larges queues. La mer semble un troupeau secouant sa toison: Mais un cercle d'airain ferme au loin l'horizon; Le ciel bleu se mêle aux eaux bleues.
– Faut-il sécher ces mers? dit le nuage en feu. – Non! – Il reprit son vol sous le souffle de Dieu.
III Un golfe aux vertes collines Se mirant dans le flot clair! – Des buffles, des javelines, Et des chants joyeux dans l'air! – C'était la tente et la crèche, La tribu qui chasse et pêche, Qui vit libre, et dont la flèche Jouterait avec l'éclair.
Pour ces errantes familles Jamais l'air ne se corrompt. Les enfants, les jeunes filles, Les guerriers dansaient en rond, Autour d'un feu sur la grève, Que le vent courbe et relève, Pareils aux esprits qu'en rêve On voit tourner sur son front.
Les vierges aux seins d'ébène, Belles comme les beaux soirs, Riaient de se voir à peine Dans le cuivre des miroirs; D'autres, joyeuses comme elles, Faisaient jaillir des mamelles De leurs dociles chamelles Un lait blanc sous leurs doigts noirs.
Les hommes, les femmes nues e baignaient au gouffre amer. – Ces peuplades inconnues, Où passaient-elles hier? – La voix grêle des cymbales, Qui fait hennir les cavales, Se mêlait par intervalles Aux bruits de la grande mer.
La nuée un moment hésita dans l'espace. – Est-ce là? – Nul ne sait qui lui répondit: – Passe! (...)
El fuego del cielo
I ¿Veis pasar esa nube pavorosa, ora roja, ora pálida, sombría cual estéril estío? Tal parece que en alas de la noche tenebrosa huye de una ciudad el grande incendio. ¿De dó viene? ¿del cielo ó de Oceano? ¿Es el carro de fuego en que demonios tal vez á algún planeta van cercano? ¡Ah! de su seno, caos misterioso, de cuándo en cuándo un rayo tortuoso, como larga serpiente, baja al llano.
II ¡El mar! ¡doquier el mar! ¡doquier las olas! En vano el ave, en busca de la tierra, apresura, afanosa, el raudo vuelo: ¡agua en redor, y por encima el cielo! Las ondas por las ondas empujadas, van en tropel: los ojos no descubren aquí y allí sino ondas agrupadas. A intervalos los peces que viajando van á flor de agua, en juego con las olas, hacen brillar al sol sus conchas de oro y el suave nácar de sus anchas colas. Semeja el mar rebaño que sacude su vellón; vago círculo de bronce limita el horizonte en lontananza; el cielo azul se mezcla con las ondas…
- « ¿Debo secar el mar? » dice la nube. - « ¡No! » Recobra su aliento, y rauda sube.
III Allí está un golfo cuya verde orilla se proyecta en el agua perezosa: se oyen trinos, tal vez de la avecilla, de esos que alegran la mañana hermosa. Allí asoma la tienda de la tribu que, libre al sol y al agua, pesca y caza, y alegre vive de su pobre industria. Puras son sus costumbres: allí el niño, la doncella, el guerrero, sobre el césped danzan, dadas las manos con cariño; y de la llama del hogar en torno, que abate el viento y se reanima luego, se dan a dulce canto y dulce juego. Las doncellas, tan negras como el ébano, bellas como la noche, sonreían viéndose en sus espejos, y extraían luego la leche a sus camellas dóciles. Bañábanse desnudos los varones y las mujeres, todos inocentes, en el cerúleo golfo… Esas naciones ¿dó moraban ayer? Voces hirientes de címbalos se mezclan a los ruídos de los vientos del mar estremecidos...
La nube se detiene vacilante. - « ¿Es aquí? »... Y alguien dícele: -« ¡Adelante! » (...)
Dors-tu ?... réveille-toi, mère de notre mère ! D'ordinaire en dormant ta bouche remuait ; Car ton sommeil souvent ressemble à ta prière. Mais, ce soir, on dirait la madone de pierre ; Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.
Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume. Quel mal avons-nous fait, pour ne plus nous chérir ? Vois, la lampe pâlit, l'âtre scintille et fume ; Si tu ne parles pas, le feu qui se consume, Et la lampe, et nous deux, nous allons tous mourir !
Tu nous trouveras morts près de la lampe éteinte. Alors, que diras-tu quand tu t'éveilleras ? Tes enfants à leur tour seront sourds à ta plainte. Pour nous rendre la vie, en invoquant ta sainte, Il fraudra bien longtemps nous serrer dans tes bras !
Donne-nous donc tes mains dans nos mains réchauffées. Chante-nous quelque chant de pauvre troubadour. Dis-nous ces chevaliers qui, servis par les fées, Pour bouquets à leur dame apportaient des trophées, Et dont le cri de guerre était un nom d'amour.
Disnous quel divin signe est funeste aux fantômes ; Quel ermite dans l'air vit Lucifer volant ; Quel rubis étincelle au front du roi des Gnomes ; Et si le noir démon craint plus, dans ses royaumes, Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.
Ou, montre-nous ta Bible et les belles images, Le ciel d'or, les saints bleus, les saintes à genoux, L'enfant-Jésus, la crèche, et le boeuf, et les mages ; Fais-nous lire du doigt, dans le milieu des pages, Un peu de ce latin, qui parle à Dieu de nous.
Mère !... - Hélas ! par degrés s'affaisse la lumière, L'ombre joyeuse danse autour du noir foyer, Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière... Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière ; Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer ?
Dieu ! que tes bras sont froids ! rouvre les yeux... Naguère Tu nous parlais d'un monde, où nous mènent nos pas, Et de ciel, et de tombe, et de vie éphémère, Tu parlais de la mort... dis-nous, ô notre mère ! Qu'est-ce donc que la mort ? - Tu ne nous réponds pas !
Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule. La jeune aube parut sans réveiller l'aïeule. La cloche frappa l'air de ses funèbres coups ; Et, le soir, un passant, par la porte entrouverte Vit, devant le saint livre et la couche déserte, Les deux petits enfants qui priaient à genoux.
La abuela
¡Oh madre de nuestra madre!¿estás durmiendo? ¡Despierta! Otras veces en tus sueños murmuras y balbuceas, y parece que aun dormida hablas con alguien y rezas; mas hoy estás tan inmóvil como la virgen de piedra, y á tus labios silenciosos ni el aliento vida presta.
¿Por qué más sobre tu pecho hoy inclinas la cabeza? Dínos, ¿qué daño te hicimos para que ya no nos quieras? Mira: la pálida lámpara se extingue; el hogar humea; y si no quieres hablarnos como solías, abuela, lámpara, hogar y nosotros morirémos de tristeza.
¿Qué dirás, cuando despiertes de ese letargo, y nos veas a nosotros dos ya muertos, muerto el fuego, la luz muerta? También entonces tus hijos sordos serán á tus quejas. Para que resucitemos al cielo harás mil promesas, y bien habrás de abrazarnos para darnos vida nueva.
Tiéndenos tus manos frías que nuestras manos calientan; y de antiguos trovadores cántanos coplas añejas. Háblanos de los guerreros que servían fadas bellas, y á sus damas les llevaban en vez de flores, banderas; dínos el nombre amoroso que era su grito de guerra.
Dínos cómo se conjuran los fantasmas. ¡Ay, abuela! cuéntanos aquella historia de un monje que vió en su celda a Lucifer por los aires volar con alas siniestras; dínos á quién el Demonio teme más, en su caverna, a los mandobles de Orlando o a los salmos de la Iglesia.
Vén; enséñanos tu Biblia con sus láminas tan bellas, los Santos de azul y de oro, y el cielo con tánta estrella, y el Niño, el buey y los magos...; y esas latinas sentencias que á Dios hablan de nosotros, descífranos letra a letra.
La luz oscila y se apaga, descienden las sombras densas; quizás ya por la ventana malos espíritus entran... Tú, que el miedo nos quitabas, hoy nuestro pavor aumentas. ¡Cielos! tu mano está fría! A veces, con ansia tierna, nos hablabas de otro mundo do cada paso nos lleva, de la gloria del sepulcro, de la vida pasajera, y de la muerte... ¡la muerte! ¿Qué es la muerte? ¿No contestas?
Y oyéronse largo rato sus sollozos. Y risueña rayó al fin la blanca aurora, y no despertó a la abuela. Dió al aire lúgubres sones la campana de la aldea, y un pastor vió aquella noche, por la mal cerrada puerta, delante del santo libro, junto a la cama desierta, dos niños arrodilladosque rezaban con voz trémula.
Un jour au mont Atlas les collines jalouses Dirent : - Vois nos prés verts, vois nos fraîches pelouses Où vient la jeune fille, errante en liberté, Chanter, rire, et rêver après qu'elle a chanté ; Nos pieds que l'océan baise en grondant à peine, Le sauvage océan ! notre tête sereine, A qui l'été de flamme et la rosée en pleurs Font tant épanouir de couronnes de fleurs !
Mais toi, géant ! - d'où vient que sur ta tête chauve Planent incessamment des aigles à l'oeil fauve ? Qui donc, comme une branche où l'oiseau fait son nid, Courbe ta large épaule et ton dos de granit ? Pourquoi dans tes flancs noirs tant d'abîmes pleins d'ombre ? Quel orage éternel te bat d'un éclair sombre ? Qui t'a mis tant de neige et de rides au front ? Et ce front, où jamais printemps ne souriront, Qui donc le courbe ainsi ? quelle sueur l'inonde ?-
Atlas leur répondit : - C'est que je porte un monde.
Atlas
Celosos los collados al Atlas, el gran monte, así dijeron: -« Vé que frescura ostentan nuestros prados que los colores del Abril tiñeron; a nuestra alfombra viene la doncella a cantar y a reír, libre vagando, o en dulce ensueño a adormecer la mente... ¡Ensueño hermoso y blando como las flores que su paso huella!
Apenas murmurando el Oceano besa nuestra planta,- ¡el trágico Oceano!-Nuestra frente vé cuán serena al cielo se levanta, las guirnaldas de flores ostentando que abrir hicieron el ardiente estío y las lágrimas puras del rocío. ¡Mas tú, coloso...! El águila salvaje ¿por qué se cierne así sobre tu frente? Como el tierno ramaje do una ave anida, ¿quién tu vasta espalda, tus hombros de granito, en ruda curva quién dobla así inclemente? ¿Por qué tantos abismos en tu falda? ¿Qué hórrida tempestad eternamente con siniestros relámpagos conturba tu desolada faz? ¿De qué nacieron tantas nieves y arrugas en tu frente, do nunca los Abriles sonrieron? ¿Por qué la inclinas, -¡dí!-meditabundo?»-
Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire, Pour un regard de vous !
Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi, Et le profond chaos aux entrailles fécondes, L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes, Pour un baiser de toi !
A una mujer
Si fuese rey, hermosa, ¡con qué placer daría mi cetro, mi corona, mi pueblo fiel de hinojos, mis termas, mis carrozas, mi regia pedrería, mi flota que las ondas del mar fatigaría, por contemplar tus ojos!
Si fuese Dios, daría la tierra y sol fecundos, el ángel, los espíritus en dura cárcel presos, del espantoso caos los ámbitos profundos, el éter, lo infinito, los cielos y los mundos, ¡por uno de tus besos!
Dans vos fêtes d’hiver, riches, heureux du monde, Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde, Quand partout à l’entour de vos pas vous voyez Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres, Candélabres ardents, cercle étoilé des lustres, Et la danse, et la joie au front des conviés ;
Tandis qu’un timbre d’or sonnant dans vos demeures Vous change en joyeux chant la voix grave des heures, Oh ! songez-vous parfois que, de faim dévoré Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S’arrête, et voit danser vos lumineuses ombres Aux vitres du salon doré ?
Songez-vous qu’il est là sous le givre et la neige, Ce père sans travail que la famine assiège ? Et qu’il se dit tout bas : « Pour un seul, que de biens ! À son large festin que d’amis se récrient ! Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient. Rien que dans leurs jouets, que de pain pour les miens ! »
Et puis à votre fête il compare en son âme Son foyer où jamais ne rayonne une flamme, Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau, Et sur un peu de paille, étendue et muette, L’aïeule, que l’hiver, hélas ! a déjà faite Assez froide pour le tombeau.
Car Dieu mit ses degrés aux fortunes humaines, Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés ; Tous n’y sont point assis également à l’aise, Une loi, qui d’en bas semble injuste et mauvaise, Dit aux uns : Jouissez ! aux autres : Enviez !
Cette pensée est sombre, amère, inexorable, Et fermente en silence, au coeur du misérable. Riches, heureux du jour, qu’endort la volupté, Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arrache, Tous ces biens superflus où son regard s’attache ; Oh ! que ce soit la charité !
L’ardente charité, que le pauvre idolâtre ! Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre, Qui relève et soutient ceux qu’on foule en passant, Qui, lorsqu’il le faudra, se sacrifiant toute, Comme le Dieu martyr dont elle suit la route, Dira : Buvez, mangez ! c’est ma chair et mon sang !
Que ce soit elle, oh ! oui, riches, que ce soit elle Qui, bijoux, diamants, rubans, hochets, dentelle, Perles, saphirs, joyaux toujours faux, toujours vains, Pour nourrir l’indigent et pour sauver vos âmes, Des bras de vos enfants et du sein de vos femmes Arrache tout à pleines mains !
Donnez, riches ! L’aumône est soeur de la prière, Hélas ! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre, Tout roidi par l’hiver, en vain tombe à genoux ; Quand les petits enfants, les mains de froid rougies, Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies, La face du Seigneur se détourne de vous.
Donnez ! afin que Dieu, qui dote les familles, Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles ; Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit ; Afin qu’un blé plus mûr fasse plier vos granges ; Afin d’être meilleurs ; afin de voir les anges Passer dans vos rêves la nuit.
Donnez, il vient un jour où la terre nous laisse. Vos aumônes là-haut vous font une richesse, Donnez, afin qu’on dise : Il a pitié de nous ! Afin que l’indigent que glacent les tempêtes, Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un oeil moins jaloux.
Donnez ! pour être aimés du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même en s’inclinant vous nomme, Pour que votre foyer soit calme et fraternel ; Donnez ! afin qu’un jour, à votre heure dernière, Contre tous vos péchés vous ayez la prière D’un mendiant puissant au ciel.
Por los pobres
Opulentos de la tierra, en vuestras fiestas de invierno, cuando en la fiebre del baile giráis entre mil destellos, Viendo brillar en contorno haciendo fúlgidos cercos cristales y candelabros, arañas, prismas y espejos:
Mientra el tímpano dorado que suena en vuestro aposento os cambia en son argentino la voz severa del tiempo: ¡Oh! ¿no pensáis a las veces que acaso en ese momento, devorado por el hambre, que hace vacilar su cuerpo, Al pie, en la calle, un mendigo pone su marcha en suspenso a ver danzar vuestras sombras de los vidrios al reflejo?
¿Pensáis que está allí, azotado de la lluvia y de los hielos, un pobre padre a quien falta con el trabajo el sustento, Y que en voz baja murmura:«Tánto bien es un exceso! ¡que pueda él solo en sus fiestas brindar a tantos recreo! ¡Qué feliz es ese rico! él ve á sus hijos contentos: ¡qué de pan diera a los míos de sus juguetes el precio!»
Luego con vuestros festines compara en su pensamiento su triste hogar, donde nunca brilla lumbre ni arde fuego: Su esposa, que es toda harapos, sus hijos, todos hambrientos; y en un jergón, muda, inmóvil, la abuela, helada al invierno, Para el frío de la tumba ya preparados sus miembros!
Porque en la humana fortuna puso Dios esos extremos. Los unos van encorvados bajo dolores acerbos: de la dicha en el banquete muy pocos hallan asiento. Un arcano, que a los hombres parece injusto y severo, ¡Gozad! a aquéllos les dice«Envidiad!» les dice a éstos.
Ese inexorable fallo, ese amargo pensamiento, en el corazón del pobreva germinando en silencio. Ricos, a quienes la dicha sumerge en profundo sueño, dejad, antes que sus manos arranquen de vuestro cuerpo Esos vanos atavíos que ven sus ojos con ceño que la Caridad alivie sus pobres hijos con ellos .
La Caridad, esperanza del desnudo y el hambriento, madre del desventurado que vino huérfano al suelo: Que levanta a los que caen sin fuerzas en su sendero; la que, si preciso fuere, fiel a los santos preceptos, Sacrificándolo todo como el divino Maestro, bebed y comed, diríales: he aquí mi sangre y mi cuerpo.
Dejad, dejad que ella sea quien esos falsos arreos, diamantes, perlas, zafiros, cintas y encajes espléndidos, ara salvar vuestras almas y dar al pobre sustento, á vuestras hijas y esposas se los arranque del cuello,
¡Dad! la limosna es hermana de la oración en el cielo. ¡Ay! cuando en vuestros umbrales, helado por el invierno, Dobla en balde un indigente sus rodillas, pan pidiendo, y al lado sus pobres hijos, escuálidos, macilentos, Recogen a vuestras plantas las migajas del festejo, el Señor vuelve sus ojos de vosotros, por no veros.
¡Dad! para que Dios, que dota las familias, quiera en premio dar belleza á vuestras hijas, y a vuestros hijos ingenio: Para que en opimos frutos abunden vuestros viñedos, para que la mies segada no quepa en vuestros graneros: Para que os hagáis mejores, para que una noche al menos encanten con su presencia los ángeles vuestro sueño.
¡Dad, ricos! llega una hora en que todo lo perdemos, y la limosna allá arriba se torna en bienes inmensos. Dad, para que el pobre diga: «Hay caridad en su pecho» dad, a fin que el desvalido que tirita bajo el hielo, Y el indigente que pasa cuando os holgáis en bureo, contemplen vuestras paredes on ojos menos severos.
Dad, para que amaros pueda quien murió por amor nuestro, para que el malvado mismo doble á vuestro nombre el cuello: Para que la paz arome vuestra casa con su aliento; y al abandonar la vida, en el instante postrero, Contra todas vuestras culpas pueda interponer su ruego y salvaros, un mendigo poderoso allá en el cielo.
Anacréon, poëte aux ondes érotiques Qui filtres du sommet des sagesses antiques, Et qu'on trouve à mi-côte alors qu'on y gravit, Clair, à l'ombre, épandu sur l'herbe qui revit, Tu me plais, doux poëte au flot calme et limpide ! quand le sentier qui monte aux cimes est rapide, Bien souvent, fatigués du soleil, nous aimons Boire au petit ruisseau tamisé par les monts !
Anacreonte
Poeta Anacreonte, erótico arroyuelo nacido en la alta cumbre del sabio, antiguo tiempo; que en la mitad murmura de rápido repecho; espejo de la sombra si de la hierba argento: ¡qué encanto el que me brinda, gran lírico de Teos, tu ondísona corriente con su cristal parlero! ¡Cuál place al peregrino que por sendero estrecho enhiesta cima alcanza, de sed el labio ardiendo, beber en fuente pura cuyos raudales frescos el áspera montaña traspora por el seno!
Mil huit cent onze !— O temps où des peuples sans nombre Attendaient prosternés sous un nuage sombre Que le ciel eût dit oui, Sentaient trembler sous eux les états centenaires, Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres, Comme un mont Sinaï !
Courbés comme un cheval qui sent venir son maître, Ils se disaient entre eux : Quelqu'un de grand va naître. L'immense empire attend un héritier demain. Qu'est-ce que le seigneur va donner à cet homme Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome, Absorbe dans son sort le sort du genre humain ?
Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde S'entrouvrit, et l'on vit se dresser sur le monde L'homme prédestiné, Et les peuples béants ne purent que se taire, Car ses deux bras levés présentaient à la terre Un enfant nouveau-né.
Au souffle de l'enfant, dôme des Invalides, Les drapeaux prisonniers sous tes voûtes splendides Frémirent, comme au frémissent les épis ; Et son cri, ce doux cri qu'une nourrice apaise, Fit, nous l'avons tous vu, bondir et hurler d'aise Les canons monstrueux à ta porte accroupis !
Et lui ! l'orgueil gonflait sa puissante narine ; Ses deux bras jusqu'alors croisés sur sa poitrine S'étaient enfin ouverts ! Et l'enfant, soutenu dans sa main paternelle, Inondés des éclairs de sa fauve prunelle, Rayonnait au travers !
Quand il eut bien fait voir l'héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes, Eperdu, l'œil fixé sur quiconque était roi, Comme un aigle arrivé sur une haute cime, Il cria tout joyeux avec un air sublime : — L'avenir ! l'avenir !l'avenir est à moi (...)
Napoleón II
¡Mil ochocientos once! Oh tiempo en que los pueblos prosternados ante el cerrado porvenir de bronce, con estupor profundo esperaban que el brazo del Eterno el grande arcano revelase al mundo! Sobre su basa secular sentados temblaban los Estados ¡y el Luvre allí, como Sinái segundo!
Y como el cuello inclina el caballo, si el amo se avecina, sumisas murmuraban las ciudades: «Algo se anuncia que á la tierra asombre... ¿Qué será lo que Dios depara á ese hombre, Señor de las terrenas potestades, que ha cifrado en su nombre el destino del orbe y las edades?
Cuando así susurraban las naciones, rásgase de repente la nube densa, de terror preñada, y descubrió lo que su seno encierra. Con regio orgullo y paternal cariño César levanta un niño; saluda á un niño la asombrada tierra.
A cuyos vagidos débiles, en el palacio de Inválidos bajo las doradas bóvedas tiemblan los cautivos lábaros, como se agita mies trémula batida por vientos rápidos; y cien cañones terríficos hacen resonar los ámbitos.
Ved á Napoleón. ¡Cuán satisfecho, inflada la nariz, tiende arrogantes sus brazos, no cual antes cruzados sobre el pecho! ¡Cómo en alto sostiene el retoño imperial, que al mundo viene y en los rayos envuelto reverbera
que flava arroja su mirada fiera! Miran al sucesor de cien coronas pueblos y reyes, y lejanas zonas, y, cual sentada el águila en su roca, César omnipotente señoreando el ámbito vacío, tremendo dama en su arrogancia loca «¡El porvenir, el porvenir es mío!» (...)
La tombe dit à la rose... Victor Hugo (1802 -1885)
La tombe dit à la rose: - Des pleurs dont l'aube t'arrose Que fais-tu, fleur des amours? La rose dit à la tombe: - Que fais-tu de ce qui tombe Dans ton gouffre ouvert toujours?
La rose dit: - Tombeau sombre, De ces pleurs je fais dans l'ombre Un parfum d'ambre et de miel. La tombe dit: - Fleur plaintive, De chaque âme qui m'arrive Je fais un ange du ciel!
La tumba dijo a la Rosa...
A la Rosa galana dijo la Tumba un día: - ¿Qué haces tú con las lágrimas que cría en tu seno de virgen la mañana?- Con voz que era una cántiga armoniosa, y agitando su pétalo entreabierto, le replicó la Rosa: -¿Dó va el despojo yerto que en tu abismo recibes siempre abierto?
-Oye ¡oh Tumba! yo hago miel y perfumes en el seno mío, con que á las auras sus caricias pago.- Y la Tumba exclamó : ¡Flor generosa! yo soy almo consuelo; yo hago del cuerpo que cayó en mi fosa el ángel puro, habitador del cielo.-
Oh! quand je dors, viens auprès de ma couche, Comme à Pétrarque apparaissait Laura, Et qu'en passant ton haleine me touche... Soudain ma bouche S'entr'ouvrira !
Sur mon front morne où peut-être s'achève Un songe noir qui trop longtemps dura, Que ton regard comme un astre se lève... Soudain mon rêve Rayonnera !
Puis sur ma lèvre où voltige une flamme, Eclair d'amour que Dieu même épura, Pose un baiser, et d'ange deviens femme... Soudain mon âme S'éveillera !
Si, durante mi sueño...
Si, durante mi sueño, de mi lecho cerca pasas, y tu hálito me toca, cual Petrarca que á Laura viendo está, ¡sé que mi boca suspirará!
Si cuando larga, negra pesadilla se trasparenta aún bajo mi ceño, tu mirada cual sol á herirlo va, ¡sé que mi sueño relumbrará!
Y si al fin, de ángel que eres, mujer te haces, y el labio besas donde ahora en calma una llama hay que rayo el beso hará, ¡yo sé que mi alma despertará!
La foule des vivants rit et suit sa folie, Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ; Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie, Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.
Ils savent que je suis l'homme des solitudes, Le promeneur pensif sous les arbres épais, L'esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études, Au seuil de tout le trouble, au fond de tout la paix !
Ils savent l'attitude attentive et penchée Que j'ai parmi les buis, les fosses et les croix ; Ils m'entendent marcher sur la feuille séchée ; Ils m'ont vu contempler des ombres dans les bois,
Ils comprennent ma voix sur le monde épanchée, Mieux que vous, ô vivants bruyants et querelleurs ! Les hymnes de la lyre en mon âme cachée, Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs.
Moi, c'est là que je vis! – cueillant les roses blanches, Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps, Je passe et je reviens, je dérange les branches, Je fait du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents.
Là je rêve! et, rôdant dans le champ léthargique, Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts, Se transformer mon âme en un monde magique, Miroir mystérieux du visible univers.
Regardant sans les voir de vagues scarabées, Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs, Là, j'ai dans l'ombre, assis sur des pierres tombées, Des éblouissements de rayons et de fleurs.
Là, le songe idéal qui remplit ma paupière Flotte, lumineux voile, entre la terre et nous ; Là, mes doutes ingrats se fondent en prière ; Je commence debout et j'achève à genoux.
Comme au creux du rocher vole l'humble colombe, Cherchant la goutte d'eau qui tombe avant le jour, Mon esprit altéré, dans l'ombre de la tombe, Va boire un peu de foi, d'espérance et d'amour !
En el cementerio
Pasó la multitud. Siempre á mi lado sin mirarme ha pasado, feliz ó desgraciada en su locura; pero los muertos, que olvidados viven, mi visita reciben y á su lado me acogen con ternura.
Saben que soy el hombre del olvido, el viajero perdido del bosque de la muerte en la espesura; alma que del dolor un libro haciendo, en él ha ido aprendiendo que abajo está la paz, nunca en la altura.
Ellos conocen la actitud que tengo cuando á olvidarme vengo del mundo, entre las cruces y las losas; y con amor escuchan mis pisadas, y siguen mis miradas cuando la oscuridad buscan ansiosas.
Ellos la voz de mi dolor atienden, y mis quejas comprenden más que vosotros, locos de la tierra; y el himno de mi lira, vuestro canto, es para ellos el llanto que de amargura el corazón encierra.
Olvidados de todos, la Natura les brinda en su ternura este jardín, nuestra última morada; en él la aurora vaga cariñosa, la flor es más hermosa y es más feliz el ave enamorada.
Y vivo aquí! Rodeado de sus flores, alivio mis dolores consolando á las tumbas olvidadas; de los muertos deléitase el oído cuando escuchan el ruido que forman en la hierba mis pisadas.
Y sueño aquí! Vagando entre los muertos, del pensamiento abiertos los ojos ven que mi alma se transforma en un mágico espejo que retrata y a lo inmortal dilata del universo la imponente forma.
Viendo aquí sin mirar pobres insectos de variados aspectos, tronchadas ramas, sombras y colores, siento, en la oscuridad, que me deslumbran las tinieblas que alumbran volcadas piedras, túmulos y flores.
El ideal de mi constante anhelo cual luminoso velo flota aquí de lo eterno en las orillas; de mis dudas sin fin las formas varias transfórmanse en plegarias... comienzo en pie y acabo de rodillas.
Cual busca la paloma entre las grietas de las rocas escuetas la gota de agua que dejó la aurora, mi alma afligida bebe con anhelo un poco de consuelo de amor y fe donde la muerte mora.
Regard jeté dans une mansarde Victor Hugo (1802 -1885)
I L'église est vaste et haute. À ses clochers superbes L'ogive en fleur suspend ses trèfles et ses gerbes ; Son portail resplendit, de sa rose pourvu ; Le soir fait fourmiller sous la voussure énorme Anges, vierges, le ciel, l'enfer sombre et difforme, Tout un monde effrayant comme un rêve entrevu.
Mais ce n'est pas l'église, et ses voûtes sublimes, Ses porches, ses vitraux, ses lueurs, ses abîmes, Sa façade et ses tours, qui fascinent mes yeux ; Non; c'est, tout près, dans l'ombre où l'âme aime à descendre Cette chambre d'où sort un chant sonore et tendre, Posée au bord d'un toit comme un oiseau joyeux.
Oui, l'édifice est beau, mais cette chambre est douce. J'aime le chêne altier moins que le nid de mousse ; J'aime le vent des prés plus que l'âpre ouragan ; Mon coeur, quand il se perd vers les vagues béantes, Préfère l'algue obscure aux falaises géantes. Et l'heureuse hirondelle au splendide océan.
II Frais réduit ! à travers une claire feuillée Sa fenêtre petite et comme émerveillée S'épanouit auprès du gothique portail. Sa verte jalousie à trois clous accrochée, Par un bout s'échappant, par l'autre rattachée, S'ouvre coquettement comme un grand éventail.
Au-dehors un beau lys, qu'un prestige environne, Emplit de sa racine et de sa fleur couronne – Tout près de la gouttière où dort un chat sournois – Un vase à forme étrange en porcelaine bleue Où brille, avec des paons ouvrant leur large queue, Ce beau pays d'azur que rêvent les Chinois.
Et dans l'intérieur par moments luit et passe Une ombre, une figure, une fée, une grâce, Jeune fille du peuple au chant plein de bonheur, Orpheline, dit-on, et seule en cet asile, Mais qui parfois a l'air, tant son front est tranquille, De voir distinctement la face du Seigneur.
On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce coeur sans limon nul vent n'a troublé l'onde. Ce tendre oiseau qui jase ignore l'oiseleur. L'aile du papillon a toute sa poussière. L'âme de l'humble vierge a toute sa lumière. La perle de l'aurore est encor dans la fleur.
À l'obscure mansarde il semble que l'oeil voie Aboutir doucement tout un monde de joie, La place, les passants, les enfants, leurs ébats, Les femmes sous l'église à pas lents disparues, Des fronts épanouis par la chanson des rues, Mille rayons d'en haut, mille reflets d'en bas.
Fille heureuse ! autour d'elle ainsi qu'autour d'un temple, Tout est modeste et doux, tout donne un bon exemple. L'abeille fait son miel, la fleur rit au ciel bleu, La tour répand de l'ombre, et, devant la fenêtre, Sans faute, chaque soir, pour obéir au maître, L'astre allume humblement sa couronne de feu.
Sur son beau col, empreint de virginité pure, Point d'altière dentelle ou de riche guipure ; Mais un simple mouchoir noué pudiquement. Pas de perle à son front, mais aussi pas de ride, Mais un oeil chaste et vif, mais un regard limpide. Où brille le regard que sert le diamant ?
III L'angle de la cellule abrite un lit paisible. Sur la table est ce livre où Dieu se fait visible, La légende des saints, seul et vrai panthéon. Et dans un coin obscur, près de la cheminée, Entre la bonne Vierge et le buis de l'année, Quatre épingles au mur fixent Napoléon.
Cet aigle en cette cage ! – et pourquoi non ? dans l'ombre De cette chambre étroite et calme, où rien n'est sombre, Où dort la belle enfant, douce comme son lys, Où tant de paix, de grâce et de joie est versée, Je ne hais pas d'entendre au fond de ma pensée Le bruit des lourds canons roulant vers Austerlitz.
Et près de l'empereur devant qui tout s'incline, – Ô légitime orgueil de la pauvre orpheline ! – Brille une croix d'honneur, signe humble et triomphant, Croix d'un soldat, tombé comme tout héros tombe, Et qui, père endormi, fait du fond de sa tombe Veiller un peu de gloire auprès de son enfant.
IV Croix de Napoléon ! joyau guerrier ! pensée ! Couronne de laurier de rayons traversée ! Quand il menait ses preux aux combats acharnés, Il la laissait, afin de conquérir la terre, Pendre sur tous les fronts durant toute la guerre ; Puis, la grande oeuvre faite, il leur disait : Venez !
Puis il donnait sa croix à ces hommes stoïques, Et des larmes coulaient de leurs yeux héroïques ; Muets, ils admiraient leur demi-dieu vainqueur ; On eût dit qu'allumant leur âme avec son âme, En touchant leur poitrine avec son doigt de flamme, Il leur faisait jaillir cette étoile du coeur !
V Le matin elle chante et puis elle travaille, Sérieuse, les pieds sur sa chaise de paille, Cousant, taillant, brodant quelques dessins choisis ; Et, tandis que, songeant à Dieu, simple et sans crainte, Cette vierge accomplit sa tâche auguste et sainte, Le silence rêveur à sa porte est assis.
Ainsi, Seigneur, vos mains couvrent cette demeure. Dans cet asile obscur, qu'aucun souci n'effleure, Rien qui ne soit sacré, rien qui ne soit charmant ! Cette âme, en vous priant pour ceux dont la nef sombre, Peut monter chaque soir vers vous sans faire d'ombre Dans la sérénité de votre firmament !
Nul danger ! nul écueil ! – Si ! l'aspic est dans l'herbe ! Hélas ! hélas ! le ver est dans le fruit superbe ! Pour troubler une vie il suffit d'un regard. Le mal peut se montrer même aux clartés d'un cierge. La curiosité qu'a l'esprit de la vierge Fait une plaie au coeur de la femme plus tard.
Plein de ces chants honteux, dégoût de la mémoire, Un vieux livre est là-haut sur une vieille armoire, Par quelque vil passant dans cette ombre oublié ; Roman du dernier siècle ! oeuvre d'ignominie ! Voltaire alors régnait, ce singe de génie Chez l'homme en mission par le diable envoyé.
VI Époque qui gardas, de vin, de sang rougie, Même en agonisant, l'allure de l'orgie ! Ô dix-huitième siècle, impie et châtié ! Société sans dieu, par qui Dieu fus frappée ! Qui, brisant sous la hache et le sceptre et l'épée, Jeune offensas l'amour, et vieille la pitié !
Table d'un long festin qu'un échafaud termine ! Monde, aveugle pour Christ, que Satan illumine ! Honte à tes écrivains devant les nations ! L'ombre de tes forfaits est dans leur renommée Comme d'une chaudière il sort une fumée, Leur sombre gloire sort des révolutions !
VII Frêle barque assoupie à quelques pas d'un gouffre ! Prends garde, enfant ! coeur tendre où rien encor ne souffre ! Ô pauvre fille d'Ève ! ô pauvre jeune esprit ! Voltaire, le serpent, le doute, l'ironie, Voltaire est dans un coin de ta chambre bénie ! Avec son oeil de flamme il t'espionne, et rit.
Oh ! tremble ! ce sophiste a sondé bien des fanges ! Oh ! tremble ! ce faux sage a perdu bien des anges ! Ce démon, noir milan, fond sur les coeurs pieux, Et les brise, et souvent, sous ses griffes cruelles, Plume à plume j'ai vu tomber ces blanches ailes Qui font qu'une âme vole et s'enfuit dans les cieux !
Il compte de ton sein les battements sans nombre. Le moindre mouvement de ton esprit dans l'ombre, S'il penche un peu vers lui, fait resplendir son oeil. Et, comme un loup rôdant, comme un tigre qui guette, Par moments, de Satan, visible au seul poète, La tête monstrueuse apparaît à ton seuil !
VIII Hélas ! si ta main chaste ouvrait ce livre infâme, Tu sentirais soudain Dieu mourir dans ton âme. Ce soir tu pencherais ton front triste et boudeur Pour voir passer au loin dans quelque verte allée Les chars étincelants à la roue étoilée, Et demain tu rirais de la sainte pudeur !
Ton lit, troublé la nuit de visions étranges, Ferait fuir le sommeil, le plus craintif des anges ! Tu ne dormirais plus, tu ne chanterais plus, Et ton esprit, tombé dans l'océan des rêves, Irait, déraciné comme l'herbe des grèves, Du plaisir à l'opprobre et du flux au reflux !
IX Oh ! la croix de ton père est là qui te regarde ! La croix du vieux soldat mort dans la vieille garde ! Laisse-toi conseiller par elle, ange tenté ! Laisse-toi conseiller, guider, sauver Peut-être Par ce lys fraternel penché sur ta fenêtre, Qui mêle son parfum à ta virginité !
Par toute ombre qui passe en baissant la paupière ! Par les vieux saints rangés sous le portail de pierre ! Par la blanche colombe aux rapides adieux ! Par l'orgue ardent dont l'hymne en longs sanglots se brise ! Laisse-toi conseiller par la pensive église ! Laisse-toi conseiller par le ciel radieux !
Laisse-toi conseiller par l'aiguille ouvrière, Présente à ton labeur, présente à ta prière, Qui dit tout bas : Travaille ! – Oh ! crois-la ! – Dieu, vois-tu, Fit naître du travail, que l'insensé repousse, Deux filles, la vertu, qui fait la gaîté douce, Et la gaîté, qui rend charmante la vertu !
Entends ces mille voix, d'amour accentuées, Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées, Qui montent vaguement des seuils silencieux, Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes, Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la fois : Sois pure sous les cieux !
Sois pure sous les cieux ! comme l'onde et l'aurore, Comme le joyeux nid, comme la tour sonore, Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur, Comme l'astre incliné, comme la fleur penchante, Comme tout ce qui rit, comme tout ce qui chante, Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur !
Sois calme. Le repos va du coeur au visage ; La tranquillité fait la majesté du sage. Sois joyeuse. La foi vit sans l'austérité ; Un des reflets du ciel, c'est le rire des femmes ; La joie est la chaleur que jette dans les âmes Cette clarté d'en haut qu'on nomme Vérité.
La joie est pour l'esprit une riche ceinture. La joie adoucit tout dans l'immense nature. Dieu sur les vieilles tours pose le nid charmant Et la broussaille en fleur qui luit dans l'herbe épaisse ; Car la ruine même autour de sa tristesse A besoin de jeunesse et de rayonnement !
Sois bonne. La bonté contient les autres choses. Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes Compose de bonté le penseur fraternel. La bonté, c'est le fond des natures augustes. D'une seule vertu Dieu fait le coeur des justes, Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.
Ainsi, tu resteras, comme un lys, comme un cygne, Blanche entre les fronts purs marqués d'un divin signe Et tu seras de ceux qui, sans peur, sans ennuis, Des saintes actions amassant la richesse, Rangent leur barque au port, leur vie à la sagesse Et, priant tous les soirs, dorment toutes les nuits !
La buhardilla
I Imponente, severa, misteriosa se alza la iglesia altiva: en sus muros desplégase la ojiva, como una flor abierta y de calada piedra inmensa rosa las hojas abre sobre la ancha puerta.
En la bóveda enorme de su nave sombría santos, ángeles, vírgenes, el cielo y el infierno disforme, se mueven y confunden cual sueño de agitada fantasía; pero no halaga tanto al alma mía la iglesia venerada con sus arcos, sus vidrios de colores, sus lámparas de tibios resplandores, su torre audaz, su espléndida fachada, como ese cuarto estrecho y encumbrado en donde suena música tan suave, cual si estuviera un ave cantando en el alero del tejado.
Bello es el templo santo; ¡pero encierra ese mísero aposento tan inefable encanto! Más grata es para mí la placentera brisa fugaz, que el huracán violento; más sublime que el cedro y la palmera, oculto y pobre nido; mi espíritu, perdido en la extensión del ponto turbulento, prefiere el alga sobre el mar flotante al escollo gigante, y al piélago extendido sin ribera la pobre golondrina pasajera.
II ¡Feliz albergue! Abierta entre verde follaje la ventana, ocúltase á la luz, medio cubierta por la verde persiana. Duerme el gato en su alféizar, y lozana resca azucena brota en un jarrón de porcelana rota, do poblados de abetos ó abedules, trazara el chino los que nunca agota su soñador pincel campos azules.
Y allá dentro, en la mísera morada, se ve pasar á veces la figura bellísima, encantada, de un ángel, de una sílfide, de un hada. Mirad, es ella, es ella: la hija del pueblo, la feliz doncella, la de los dulces cantos de ternura, de paz y de alegría; huérfana, pobre y sola en este asilo; mas su rostro inocente resplandece tan plácido y tranquilo, como si á Dios mirase frente á frente. Aun no ha manchado el cieno la corriente de su pura existencia; aun no amenaza el ave de rapiña al ruiseñor canoro; aun brilla con la luz de la inocencia el alma de la niña; aun guarda el polvo de oro el ala de la tierna mariposa; aun conserva su esencia el frágil cáliz de la flor hermosa.
Un mundo de alegría y de placeres es horizonte á la feliz ventana: la plaza, y los que pasan, y los niños con sus risas y juegos; las mujeres que á lentos pasos van despareciendo en la iglesia cercana; la confusa armonía del popular estruendo; la luz alegre del sereno día.
¡Niña feliz! Como alrededor de un templo, puro y modesto á su alredor es todo; todo á su corazón es dulce ejemplo. La abeja hace su miel; la flor ufana ríe al cielo sereno; sombra fresca al suelo da la torre gigantesca; y la estrella lejana, a la voz de su Dios siempre obediente, viene a encender, enfrente de la estrecha ventana, faro resplandeciente. Su cuello virginal no se descubre entre precioso encaje transparente: limpio pañuelo púdico lo encubre. Si las perlas no brillan en su frente, no la enturbia tampoco la mancilla; su mirada es alegre, dulce, amante; y do la luz de la mirada brilla, ¿qué valen los destellos del diamante?
III En un rincón del aposento estrecho se oculta el casto lecho; sobre la mesa un libro que consuela, por la Piedad escrito, la leyenda devota de los santos, donde Dios á los fieles se revela con místicos encantos. Y entre el ramo bendito y la divina Virgen, la elegida entre todas las mujeres, del gran Napoleón pobre retrato fijan á la pared cuatro alfileres.
¿Cómo el águila en jaula tan oscura? ¿Porque nó? En la penumbra misteriosa do la inocente niña en paz reposa, cual su azucena, pura, yo me complazco, oyendo allá en lo más profundo de la mente, el fragoroso estruendo que lejano resuena al rodar el cañón pesadamente hacia los campos de Austerlitz y Jena.
Y allí también, al lado del noble Emperador, de la victoria brilla la cruz, orgullo del soldado que en el sangriento suelo cayó de la batalla, y de su gloria parece que dirija un rayo puro desde el alto cielo, para que vele por su pobre hija.
IV ¡Cruz de Napoleón! ¡Joya guerrera! Corona de laureles de refulgentes rayos circundada! Cuando él llevaba sus soldados fieles al campo de la muerte y de la gloria, sobre aquella legión entusiasmada cual talismán de honor la suspendía, y la gran obra al terminar, el día feliz de la victoria, -"Venid, venid por ella,"-les decía. ¡Y les daba su cruz ! y el héroe estoico, el rudo veterano, contenía sus lágrimas en vano, mudo adorando al semidiós heroico; y parecía que al tocar su pecho con la encendida mano, a su contacto, esplendorosa y bella, del corazón brotaba aquella estrella.
V Cuando despierta el sol canta festiva, canta y después trabaja, sentada pensativa en su silla de paja; y mientras sin cuidado de su existencia cumple la ley santa y el alma á Dios levanta, el Silencio á su puerta está sentado.
Así, Señor, tu mano protectora cubre el asilo santo do la inocencia mora, do jamás el quebranto vino á turbar su placentera calma. Cuando esa virgen por nosotros ora, en alas de su puro pensamiento sube á los cielos su alma, sin manchar con su sombra el firmamento. Mas ¡ay ! está la pérfida serpiente en la sombra escondida! ¡Ocúltase la oruga entre las flores! Palabra indiferente puede turbar la vida: el mal brilla quizás á los fulgores del consagrado cirio, y la curiosidad, llama inocente que de la virgen en el pecho arde, torcedor puede ser, crudo martirio al corazón de la mujer más tarde.
De alegres cuentos y de chistes lleno, sobre aquel viejo armario está olvidado breve libro, impregnado de veneno; digna obra del pasado siglo fatal, del corruptor reinado de ese Voltaire ¡ay Dios! que lanzó al mundo, parodia vil del genio á su alma ajeno, el Tártaro profundo.
VI Siglo que hasta al morir, de sangre y vino manchado, en tu sarcástico semblante conservaste, insultando á tu destino, de la orgía la risa delirante: ¡oh sociedad sin Dios, por Dios hollada, que rompiendo á la par cetro y espada, joven ¡ay! el amor escarneciste, vieja, la compasión ¡Alegre mesa de festín bullicioso, que termina en patíbulo triste! ¡Mundo, á la pura luz del Cristo ciego, que Satán ilumina! ¡Maldición á tus sabios! Cual humo sucio mancha impura llama, sangre y horrores, crímenes y agravios serán pavesa eterna de tu fama.
VII ¡Frágil esquife que al abismo lleva la dormida corriente! ¡Corazón do el dolor aun no se ceba! ¡Pobre niña infeliz! ¡Pobre hija de Eva! ¡Voltaire ¡ay! la serpiente, la tentación, la duda, la ironía, se oculta en un rincón de tu aposento! Con mirada satánica te espía, ¡y ya ríe contento!
¡Oh, tiembla, tiembla! El seductor sofista de cuanto lodazal encierra el mundo revolcóse en el cieno; y después á los ángeles, inmundo, mancha con su veneno. El milano iracundo que astuto sobre ti su vuelo tiende, sobre el alma feliz se precipita, y su garra maldita el ala limpia y blanca que por volar al firmamento extiende, hiere, rompe y arranca. Siempre, siempre en acecho él cuenta los latidos de tu pecho, las ideas que cruzan por tu frente. Si en aturdido vuelo, hacia él se inclina pensamiento imprudente, siniestra luz sus ojos ilumina. Y á veces, como lobo siempre alerta, al umbral de la puerta de tu morada santa, al poeta fatal sólo visible, de Satanás horrible la espantosa cabeza se levanta.
VIII Ay! Si tu mano abriera indiferente ese libro maldito, de repente en tu fiel corazón Dios moriría. Y tu serena frente, anublada y sombría, en la mano apoyaras esta noche; y en funesta visión, allá, en lejana magnífica alameda, vieras volar la deslumbrante rueda del charolado coche, y mofarías del pudor mañana ! Tentadoras, tu lecho sin reposo cercarían fantásticas quimeras, y extendería el sueño temeroso para huír de tu lado alas ligeras. ¡No más horas de encanto placenteras!¡ no más dulces canciones! u espíritu, caído en el mar de las locas ilusiones, entre sus olas móviles perdido, omo las ovas de la playa, iría de oprobio vil á efímera alegría.
IX ¡De tu padre la cruz te está mirando! ¡La cruz honrosa del soldado viejo que en la Guardia Imperial murió lidiando! Angel tentado, pídele consejo. ¡Consejo pide á tu inocente hermana, la blanca flor que asoma humilde á tu ventana, y á tu virginidad mezcla su aroma! ¡Déjate aconsejar por la paloma que blando tiende el vuelo cadencioso; por los santos formados á la puerta del templo misterioso; por el órgano ardiente que despierta su ancha y lóbrega nave con sus himnos de amor, interrumpidos por lúgubres gemidos; por la callada iglesia oscura y grave; por los cielos de alegre luz vestidos! Déjate aconsejar por esa aguja que siempre en voz muy baja ¡trabaja,» está diciéndote, «trabaja!» Escúchala obediente; al Trabajo le dió el Omnipotente dos hijas, que se adoran con ternura: la Virtud casta y pura, que la dulce alegría santifica; la Alegría inocente que la Virtud austera dulcifica. Escúcha, escúcha el misterioso acento que resuena en el viento, que baja de la nube, que en sus trinos de amor repite el ave, que de la oscura tierra al cielo sube. La voz que todo sin cesar murmura, «¡sé pura, » está diciéndote, «sé pura!»
¡Sé pura cual la aurora, como el alegre nido, cual la torre sonora, como la espiga que el estío dora, como el astro encendido, cual la flor que se inclina vergonzosa, cual todo lo que ríe y lo que canta, cual todo lo que plácido reposa de Dios en la paz santa! Víve tú en esa paz, víve tranquila: del corazón la calma reverbera en la serena luz de la pupila. Víve alegre también: á la fe austera no son los dulces júbilos agravios; la inocente alegría es el calor que en nuestro pecho inflama la luz celeste que Verdad se llama. Siempre esté de alegría revestido tu espíritu sereno; todo el mundo de júbilo está lleno: el bullicioso nido, el pálido alhelí, las verdes hiedras puso Dios en la torre demolida: ¡hasta sus rotas piedras necesitan placer, amor y vida! ¡Sobre todo, sé buena! Es la bondad serena dón celeste y augusto que toda el alma llena. Con sola esa virtud y sentimiento hizo Dios el espíritu del justo, y con sólo un zafiro el firmamento. Así, cual azucena, como cisne de cándida blancura, entre las frentes consagradas, pura tu frente al cielo se alzará serena; y de aquellos serás que sin cuidados, recogiendo su mies en los sembradosa de las santas acciones, en puerto protector anclan su nave, y alzando a Dios en tiernas oraciones, a los pies de la cama, humilde ruego, duermen en paz toda la noche luego.
Victor Hugo -Écrit sur le tombeau d'un petit enfant au bord de la mer-
Écrit sur le tombeau d'un petit enfant au bord de la mer Victor Hugo (1802 -1885)
Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles ; Église où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles À l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;
Vents, flots, hymne orageux, choeur sans fin, voix sans nombre ; Bois qui faites songer le passant sérieux ; Fruits qui tombez de l'arbre impénétrable et sombre, Étoiles qui tombez du ciel mystérieux ;
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes ; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ; Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes ; Mer où la perle éclôt, terre où germe l'épi ;
Nature d'où tout sort, nature où tout retombe, Feuilles, nids, doux rameaux que l'air n'ose effleurer, Ne faites pas de bruit autour de cette tombe ; Laissez l'enfant dormir et la mère pleurer !
Sobre la tumba de un niño, a orillas del mar
Hiedra, césped, follaje, cañas, flores, iglesia donde á Dios contempla el alma, insectos que decís voces de amores al pastor que en la hierba yace en calma;
Viento, mar, tempestad, coro espantoso, bosque que inspira triste pensamiento; frutos que os desprendéis de árbol umbroso, estrellas que caéis del firmamento;
Aves de alegre canto, onda que gime, dragón oculto entre las piedras frías, llano que al mar tu aliento das sublime, tierra que mieses, mar que perlas crías;
Naturaleza, cuna y tumba, nido, hojas, ramas que el viento no desflora...: no inquietéis á este niño adormecido y la madre infeliz que sobre él llora.
Victor Hugo -France ! à l'heure où tu te prosternes-
France ! à l'heure où tu te prosternes... Victor Hugo (1802 -1885)
France ! à l'heure où tu te prosternes, Le pied d'un tyran sur ton front, La voix sortira des cavernes Les enchaînés tressailleront.
Le banni, debout sur la grève, Contemplant l'étoile et le flot, Comme ceux qu'on entend en rêve, Parlera dans l'ombre tout haut ;
Et ses paroles qui menacent, Ses paroles dont l'éclair luit, Seront comme des mains qui passent Tenant des glaives dans la nuit.
Elles feront frémir les marbres Et les monts que brunit le soir, Et les chevelures des arbres Frissonneront sous le ciel noir ;
Elles seront l'airain qui sonne, Le cri qui chasse les corbeaux, Le souffle inconnu dont frissonne Le brin d'herbe sur les tombeaux ;
Elles crieront : Honte aux infâmes, Aux oppresseurs, aux meurtriers ! Elles appelleront les âmes Comme on appelle des guerriers !
Sur les races qui se transforment, Sombre orage, elles planeront ; Et si ceux qui vivent s'endorment, Ceux qui sont morts s'éveilleront.
¡Francia! humillada ante el tirano yaces...
¡Francia! humillada ante el tirano yaces, mas no eterno será tu cautiverio. Esclava no serás mientras alienten corazones de libres en tu suelo.
El proscrito, de pie sobre la playa, contemplando las olas y los cielos, hablará en el silencio de la noche, e irá su voz á enardecer los pechos.
Y sus palabras, donde brilla el rayo, amarga queja y maldición un tiempo, serán para el verdugo de tu gloria manos que blanden vengador acero.
Ellas harán palidecer su frente, y harán temblar los mármoles, los templos, y las colinas que la tarde bruñe, y de las selvas el ramaje espeso.
Ellas serán el canto del combate, de la campana el funeral acento, soplo que agite el polvo de las tumbas, grito que aleje los hambrientos cuervos.
Y ellas dirán: « ¡A todos los tiranos y asesinos, baldón, baldón eterno!» Y llamarán á las dormidas almas cual se llama á la lid á los guerreros.
Y vagarán, cual tempestad sombría, de labio en labio desafiando al tiempo... ¡Y si cual muertos duermen los que viven, de sus sepulcros se alzarán los muertos!
Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans une blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait ; Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ; On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche ; Des goëlands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle ; L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et, rugissant tout bas, la regardait briller, Et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour emplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue, Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur Qui s'éveillait me dit : c'est l'étoile ma soeur. Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de l'étoile Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nations ! je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi ! Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles, Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit, Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière !
Stella
Junto a la playa sorprendióme el sueño... Me despertó la brisa voladora, y vi del cielo en el azul risueño resplandecer la estrella de la Aurora. Derramaba un fulgor tan halagüeño, era su luz tan clara y brilladora, que huyendo el aquilón, por ella herido, con la tormenta se alejó aturdido. El astro seductor la nube hería y, en ligero rocío al disolverla, verse una alma en la altura parecía al través trasparente de una perla. Aun cuando apenas despuntaba el día, la sombra era imponente...que á vencerla, cual sonrisa del cielo, en esa hora vino de lleno la rosada Aurora. La luz el alto mástil plateaba... era negro el bajel...blanca la vela... un grupo de gaviotas contemplaba, con la curiosidad de quien anhela algo inquirir, la estrella que brillaba reflejando en el mar su viva estela, y que, más que astro, un ave que nacía de una chispa celeste parecía. El océano, al pueblo parecido, ahogaba su rumor absorto en ella, temiendo disipar con su rugido la claridad de tan brillante estrella. Todo era amor: el pájaro en su nido cantaba con placer ; temblante y bella, la hierba en que mi cuerpo reposaba al beso de las auras despertaba... Al abrirse, una flor dijo orgullosa: -"¡Esa estrella es mi hermana!"-...Y entretanto que la Noche envolvía presurosa los anchos pliegues de su negro manto, una voz escuché cual melodiosa nota inefable del celeste canto, que de la estrella misma en que nacía clara y distintamente así decía: -"El primer astro soy...¡y aunque me esconda la sombra, vivo!... ¡Lo que en mí fulgura diga el Taigeto...el Sinaí responda! De oro y fuego soy piedra de la altura que la mano de Dios con una honda tira á la frente de la Noche oscura...; soy el germen de vida que renace cuando un mundo caduco ó muerto yace. " ¡Oh Naciones, yo soy la Poesía! Yo iluminé á Moisés, alumbré á Dante... El mar su enamorada idolatría, Océano-León, me da anhelante... ¡Puesto que llego, alzaos... Energía, Virtud y Fe! ... ¡Que el pensador levante su altiva frente é imite al centinela que, fiel á su consigna, aguarda y vela!" " ¡Párpados contemplad la luz divina! ¡pupilas, ved el fuego que redime! ¡tierra, el surco cavad en la ruina! oídos, escuchad: ya nadie gime! ¡De pie los que dormís!... ¡Quien me ilumina es Numen de lo grande y lo sublime, Angel de Libertad, Genio fecundo, Gigante de la Luz, vida del mundo!"-
Josué Victor Hugo (1802 -1885) Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée.
Quand Josué rêveur, la tête aux cieux dressée, Suivi des siens, marchait, et, prophète irrité, Sonnait de la trompette autour de la cité, Au premier tour qu'il fit, le roi se mit à rire; Au second tour, riant toujours, il lui fit dire: «Crois-tu donc renverser ma ville avec du vent?» A la troisième fois l'arche allait en avant, Puis les trompettes, puis toute l'armée en marche, Et les petits enfants venaient cracher sur l'arche, Et, soufflant dans leur trompe, imitaient le clairon; Au quatrième tour, bravant les fils d'Aaron, Entre les vieux créneaux tout brunis par la rouille, Les femmes s'asseyaient en filant leur quenouille, Et se moquaient, jetant des pierres aux hébreux; A la cinquième fois, sur ces murs ténébreux, Aveugles et boiteux vinrent, et leurs huées Raillaient le noir clairon sonnant sous les nuées A la sixième fois, sur sa tour de granit Si haute qu'au sommet l'aigle faisait son nid, Si dure que l'éclair l'eût en vain foudroyée, Le roi revint, riant à gorge déployée, Et cria: «Ces hébreux sont bons musiciens!» Autour du roi joyeux riaient tous les anciens Qui le soir sont assis au temple, et délibèrent.
A la septième fois, les murailles tombèrent.
Josué
¡Dad sin descanso vuestra voz al viento, clarines del humano pensamiento!
Cuando Josué, soñando y al cielo alzada la serena frente, de los suyos seguido marchaba al rededor del eminente muro de Jericó, jamás vencido, y-ardiendo en el furor de los profetas- con el tremendo son de las trompetas de la ciudad el término anunciaba, el Rey, que de una torre le miraba, vió con desprecio la primera vuelta, y á la risa dio suelta; a la segunda prosiguió riendo; y al jefe israelita dijo un heraldo en nombre del Monarca: - ¿Vas á aterrar con viento nuestras torres?»- A la tercera vez iba delante de los clarines y del pueblo el Arca, y los niños lanzaban desde arriba sobre el Arca saliva y la voz resonante de las bélicas trompas remedaban; a la cuarta, tranquilas y serenas y á los hijos de Aarón desafiando, en las pardas almenas vinieron á sentarse las mujeres, y ya en la rueca hilando, ya piedras arrojando, al hebreo colmaron de sonrojos; a la quinta, los ciegos y los cojos desde lo alto del siniestro muro con destemplado grito del clarín se mofaban, cuyo acento vagaba por el ancho firmamento; a la sexta, en su torre de granito tan sólida, que en vano la hubiera herido el rayo de los cielos, tan alta, que en cima el águila guardaba sus polluelos- apareció de nuevo el soberano, y al ver a los porfiados sitiadores, a grandes carcajadas se reía, y- "No son malos músicos"-decía. En torno al Rey estaban los doctores, venerables ancianos que en el templo se sientan por la tarde y deliberan, y seducidos por el real ejemplo, alegres y burlones se mostraron...
A la séptima vuelta los muros con fragor se derrumbaron.
La conscience humaine est morte ; dans l’orgie, Sur elle il s’accroupit ; ce cadavre lui plaît ; Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie, Il se retourne et donne à la morte un soufflet.
La prostitution du juge est la ressource. Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ; Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ; Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.
Ils disent : – César règne, et le Dieu des armées L’a fait son élu. Peuple, obéis, tu le dois ! - Pendant qu’ils vont chantant, tenant leurs mains fermées, On voit le sequin d’or qui passe entre leurs doigts.
Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince, Par le pape béni, monarque malandrin, Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince, Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;
Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires Le serment, la vertu, l’honneur religieux, Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ; Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;
Quand même grandirait l’abjection publique À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ; Quand même l’Angleterre et même l’Amérique Diraient à l’exilé : – Va-t’en ! nous avons peur !
Quand même nous serions comme la feuille morte ; Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ; Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte, Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste, Bannirait les bannis, chasserait les chassés ; Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste, Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche, Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau, Je vous embrasserai dans mon exil farouche, Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ; Bannis, la République est là qui nous unit. J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ; Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre, La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non ! Tandis que tes valets te montreront ton Louvre, Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées, Je croiserai les bras, indigné, mais serein. Sombre fidélité pour les choses tombées, Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !
Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste, Ô France ! France aimée et qu’on pleure toujours, Je ne reverrai pas ta terre douce et triste, Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente, France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout. Parmi les éprouvés je planterai ma tente : Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme, Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme, Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.
Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ; S’il en demeure dix, je serai le dixième ; Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là!
Ultima verba
La conciencia humana ha muerto... En su orgía el vencedor ni respeta los cadáveres, ni le inspiran compasión… Su pupila, en sangre tinta, los contempla sin horror; y su mano da á la muerte descarado bofetón.
En la masa corrompida su recurso busca el Juez, y el asceta causa escándalo al de honrado proceder. De su campo el alfarero treinta escudos sacar ve...; que si á Cristo vendió Judas, hoy lo vuelven á vender...
- "César reina,-dicen ellos, - Dios su prócer eligió: del Señor de los Ejércitos acatemos la intención."- Van cantando, y en sus manos las antorchas con fulgor sólo alumbran los cequíes que del fraude fruto son...
Mientras triunfan los malvados y á su Príncipe le dan con su incienso y con sus cánticos prez y brillo en su maldad; mientras este Carlomagno que ha cortado Satanás, en sus manos la ganzúa con el cetro lleve al par;
Mientras vivan del perjurio, y creencia, fe y honor á sus plantas giman víctimas sin derechos y sin voz; mientras manchen nuestras glorias, y venganzas y traición con su manto cubra el cielo, con sus rayos vea el sol;
Aunque crezca de las turbas la egoísta timidez, é Inglaterra y aun América me dijesen con desdén: - "Véte, véte, desterrado, aunque lástima nos dés, esta vez tenemos miedo, no hay refugio en esta vez"-
Aunque fuese hoja sin vida, aunque todos sin piedad al mirarme ante su puerta me negasen techo y pan; aunque fuera por el mundo desgarrado de pesar, cual harapo que los clavos despedazan sin piedad;
Aunque el árido desierto, donde al hombre culpa Dios, desterrara al que anda prófugo y al proscrito sin razón, al proscrito proscribiera, y el sepulcro en su furor expeliese los cadáveres que, en su polvo, polvo son;
No dudara ni un momento; y, callado, sin lanzar ni una queja de mi espíritu, resignado, pero audaz, desterrado, te abrazara, ¡oh mi Patria, mi ideal! ¡oh bandera bendecida, adorada Libertad!
¡Oh, mis nobles compañeros! con vosotros va también desterrada la República... ¡y estaremos donde esté! De lo que otros hacen mofa yo mi culto haré á mi vez, ¡y á lo que ellos más adoren yo más terco insultaré!
Yo seré la voz que diga: -¡Ignominia!- sin temblar, y la boca que ante el déspota grite impávida -¡Jamás!- Si su siervo muestra el Luvre al perjuro criminal, yo su cueva al nuevo César mostraré sin vacilar.
En presencia de lo indigno, de la falta de altivez, de la intriga de los pérfidos, yo los brazos cruzaré. ¡Oh firmeza de las cosas que se afianzan al caer: séd mi fuerza, mi energía, mi columna...mi sostén!
¡Sí! y en tanto que dominen el descaro y el temor, ¡Francia mía, de mis lágrimas! mi constante inspiración, yo mis plantas en tu tierra no pondré, mi Francia, no, dulce tumba de mis padres grato nido de mi amor!
De la playa que nos besa me separo!¡Borraré de mi vista mil imágenes... todo...menos el deber! Entre aquellos que más sufran yo mi tienda plantaré; seré paria por ser firme, y proscrito por ser fiel.
Al destierro me resigno, y no me hace vacilar el pensar si tendrá término ó si nunca concluirá... No me importa ver quedarse al que fuera debe estar, ni al que aquí su puesto tiene ver, en cambio, que se va...
Si no somos más que mil, yo seré de la Legión... ¿Somos ciento? ¡pues impávido reto al Sila de traidor! Si no quedan mas que diez, ¡pues el décimo yo soy! Si no queda más que uno, ¡ese uno seré yo!
J'avais douze ans ; elle en avait bien seize. Elle était grande, et, moi, j'étais petit. Pour lui parler le soir plus à mon aise, Moi, j'attendais que sa mère sortît ; Puis je venais m'asseoir près de sa chaise Pour lui parler le soir plus à mon aise.
Que de printemps passés avec leurs fleurs ! Que de feux morts, et que de tombes closes ! Se souvient-on qu'il fut jadis des coeurs ? Se souvient-on qu'il fut jadis des roses ? Elle m'aimait. Je l'aimais. Nous étions Deux purs enfants, deux parfums, deux rayons.
Dieu l'avait faite ange, fée et princesse. Comme elle était bien plus grande que moi, Je lui faisais des questions sans cesse Pour le plaisir de lui dire : Pourquoi ? Et par moments elle évitait, craintive, Mon oeil rêveur qui la rendait pensive.
Puis j'étalais mon savoir enfantin, Mes jeux, la balle et la toupie agile ; J'étais tout fier d'apprendre le latin ; Je lui montrais mon Phèdre et mon Virgile ; Je bravais tout; rien ne me faisait mal ; Je lui disais : Mon père est général.
Quoiqu'on soit femme, il faut parfois qu'on lise Dans le latin, qu'on épelle en rêvant ; Pour lui traduire un verset, à l'église, Je me penchais sur son livre souvent. Un ange ouvrait sur nous son aile blanche, Quand nous étions à vêpres le dimanche.
Elle disait de moi : C'est un enfant ! Je l'appelais mademoiselle Lise. Pour lui traduire un psaume, bien souvent, Je me penchais sur son livre à l'église ; Si bien qu'un jour, vous le vîtes, mon Dieu ! Sa joue en fleur toucha ma lèvre en feu.
Jeunes amours, si vite épanouies, Vous êtes l'aube et le matin du coeur. Charmez l'enfant, extases inouïes ! Et quand le soir vient avec la douleur, Charmez encor nos âmes éblouies, Jeunes amours, si vite épanouies!
Lise
Yo tenía doce años; dieciséis ella al menos. Alguien que era mayor cuando yo era pequeño. Al caer de la tarde, para hablarle a mis anchas, esperaba el momento en que se iba su madre; luego con una silla me acercaba a su silla, al caer de la tarde, para hablarle a mis anchas.
¡Cuánta flor la de aquellas primaveras marchitas, cuánta hoguera sin fuego, cuánta tumba cerrada! ¿Quién se acuerda de aquellos corazones de antaño? ¿Quién se acuerda de rosas florecidas ayer? Yo sé que ella me amaba. Yo la amaba también. Fuimos dos niños puros, dos perfumes, dos luces.
Ángel, hada y princesa la hizo Dios. Dado que era ya persona mayor, yo le hacía preguntas de manera incesante por el solo placer de decirle: ¿Por qué? Y recuerdo que a veces, temerosa, evitaba mi mirada pletórica de mis sueños, y entonces se quedaba abstraída.
Yo quería lucir mi saber infantil, la pelota, mis juegos y mis ágiles trompos; me sentía orgulloso de aprender mi latín; le enseñaba mi Fedro, mi Virgilio, la vida era un reto, imposible que algo me hiciera daño. Puesto que era mi padre general, presumía.
Las mujeres también necesitan leer en la iglesia en latín, deletreando y soñando; y yo le traducía algún que otro versículo, inclinándome así sobre su libro abierto. El domingo, en las vísperas, desplegar su ala blanca sobre nuestras cabezas yo veía a los ángeles.
De mí siempre decía: ¡Todavía es un niño! Yo solía llamarla mademoiselle Lise. Y a menudo en la iglesia, ante un salmo difícil, me inclinaba feliz sobre su libro abierto. Y hasta un día, ¡Dios mío, Tú lo viste!, mis labios hechos fuego rozaron sus mejillas en flor.
Juveniles amores, que duraron tan poco, sois el alba de nuestro corazón, hechizad a aquel niño que fuimos con un éxtasis único. Y al caer de la tarde, cuando llega el dolor, consolad nuestras almas, deslumbradas aún, juveniles amores, que duraron tan poco.
O combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines Dans ce morne horizon se sont évanouis! Combien ont disparus, dure et triste fortune! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Dans l'aveugle océan à jamais enfouis!
Combien de patrons morts avec leurs équipages! L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots!
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues! Vous roulez à travers les sombres étendues, heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh! Que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grêve, Ce qui ne sont pas revenus!
On s'entretient de vous parfois dans les veillées. Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées, Mêle encor quelques temps vos noms d'ombre couverts Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures, Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures, Tandis que vous dormez dans les goémons verts!
On demande:-Où sont-ils? Sont-ils roi dans quelque île? Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile? -Puis votre souvenir même est enseveli. Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli.
Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue? Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur, Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encor de vous en remuant la cendre De leur foyer et de leur coeur!
Et quand la tombe enfin a fermé leurs paupières, Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond, Pas même un saule vert qui s'éffeuille à l'automne, Pas même la chanson naïve et monotone Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont!
Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires? O flots! Que vous savez de lugubres histoires! Flots profonds redoutés des mères à genoux! Vous vous les racontez en montant les marées, Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!
Oceano Nox
¡Ay!, ¡cuántos capitanes y cuántos marineros que buscaron, alegres, distantes derroteros, se eclipsaron un día tras el confín lejano! Cuántos ¡ay!, se perdieron, dura y triste fortuna, en este mar sin fondo, entre sombras sin luna, y hoy duermen para siempre bajo el ciego oceano.
¡Cuántos pilotos muertos con sus tripulaciones! La hojas de sus vidas robaron los tifones y esparcio las un soplo en las ondas gigantes. Nadie sabrá su muerte en este abismo amargo. Al pasar, cada ola de un botín se hizo cargo: una cogió el esquife y otra los tripulantes.
Se ignora vuestra suerte, oh cabezas perdidas que rodáis por las negras regiones escondidas golpeando vuestras frentes contra escollos ignotos. ¡Cuántos padres vivían de un sueño solamente y en las playas murieron esperando al ausente que no regresó nunca de los mares remotos!
En las veladas hablan a veces de vosotros. Sentados en las anclas, unos fuman y otros enlazan vuestros nombres -ya de sombra cubierta- a risas, a canciones, a historias divertidas, o a los besos robados a vuestras prometidas, ¡mientras dormís vosotros entre las algas yertos!
Preguntan: «¿Dónde se hallan? ¿Triunfaron? ¿Son felices? ¿Nos dejaron por otros más fértiles países?» Después, vuestro recuerdo mismo queda perdido. Se traga el mar el cuerpo y el nombre la memoria. Sombras sobre las sombras acumula la historia y sobre el negro océano se extiende el negro olvido.
Pronto queda el recuerdo totalmente borrado. ¿No tiene uno su barca, no tiene otro su arado? Tan sólo vuestras viudas, en noches de ciclones, aún hablan de vosotros-ya de esperar cansadas- moviendo así las tristes cenizas apagadas de sus hogares muertos y de sus corazones.
Y cuando al fin la tumba los párpados les cierra, nada os recuerda, nada, ni una piedra en la tierra del cementerio aldeano donde el eco responde, ni un ciprés amarillo que el otoño marchita, ni la canción monótona que un mendigo musita bajo un puente ya en ruinas que su dolor esconde.
¿En dónde están los náufragos de las noches oscuras? ¡Sabéis vosotras, ¡olas! , siniestras aventuras, olas que en vano imploran las madres de rodillas! ¡Las contáis cuando avanza la marea ascendente y esto es lo que os da aquella voz amarga y doliente con que lloráis de noche golpeando en las orillas!
Si vous n'avez rien à me dire, Pourquoi venir auprès de moi ? Pourquoi me faire ce sourire Qui tournerait la tête au roi ? Si vous n'avez rien à me dire, Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n'avez rien à m'apprendre, Pourquoi me pressez-vous la main ? Sur le rêve angélique et tendre, Auquel vous songez en chemin, Si vous n'avez rien à m'apprendre, Pourquoi me pressez-vous la main ?
Si vous voulez que je m'en aille, Pourquoi passez-vous par ici ? Lorsque je vous vois, je tressaille : C'est ma joie et c'est mon souci. Si vous voulez que je m'en aille, Pourquoi passez-vous par ici ?
Canción
Si nada de mí queréis, ¿por qué os acercáis a mí? Y si así me enloquecéis, ¿por qué me miráis así? Si nada de mí queréis, ¿por qué os acercáis a mí?
Si nada intentáis decir, ¿por qué mi mano apretáis? Del hermoso porvenir, de la dicha en que soñáis, si nada intentáis decir, ¿por qué mi mano apretáis?
Si queréis que aquí no esté, ¿por qué pasáis por aquí? Sois mi afán y sois mi fe; tiemblo al veros ¡ay de mí! Si queréis que aquí no esté, ¿por qué pasáis por aquí?
L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte La plaine verse au loin un parfum enivrant; Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entrouverte, On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent.
Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure; Un vague demi-jour teint le dôme éternel; Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure, Semble toute la nuit errer au bas du ciel.
Noche de junio
Muere el día en verano. De sus flores cubierto, vierte el campo a lo lejos un perfume embriagante. Con los ojos cerrados y el oído entreabierto, dormimos en un sueño más claro y fascinante.
Es más grata la sombra y el lucero es más puro. Una luz imprecisa los espacios colora, y el alba dulce y pálida, esperando su hora, vaga toda la noche al pie del cielo oscuro.
Booz s'était couché de fatigue accablé ; Il avait tout le jour travaillé dans son aire ; Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.
Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ; Il était, quoique riche, à la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ; Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.
Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ; Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse : - Laissez tomber exprès des épis, disait-il.
Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Vêtu de probité candide et de lin blanc ; Et, toujours du côté des pauvres ruisselant, Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.
Booz était bon maître et fidèle parent ; Il était généreux, quoiqu'il fût économe ; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première, Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.
Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ; Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres, Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ; Et ceci se passait dans des temps très anciens.
Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ; La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait, Etait mouillée encore et molle du déluge.
Comme dormait Jacob, comme dormait Judith, Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ; Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.
Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ; Une race y montait comme une longue chaîne ; Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.
Et Booz murmurait avec la voix de l'âme : " Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ? Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt, Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.
" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi, O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ; Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre, Elle à demi vivante et moi mort à demi.
" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ? Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ? Quand on est jeune, on a des matins triomphants ; Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;
Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ; Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe, Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe, Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "
Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase, Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ; Le cèdre ne sent pas une rose à sa base, Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite, S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu, Espérant on ne sait quel rayon inconnu, Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu'une femme était là, Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle. Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ; Les anges y volaient sans doute obscurément, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
La respiration de Booz qui dormait Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse. On était dans le mois où la nature est douce, Les collines ayant des lys sur leur sommet.
Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ; Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ; Une immense bonté tombait du firmament ; C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ; Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été, Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
Booz dormido
Booz se había acostado, rendido de fatiga; Todo el día había trabajado sus tierras y luego preparado su lecho en el lugar de siempre; Booz dormía junto a los celemines llenos de trigo.
Ese anciano poseía campos de trigo y de cebada; Y, aunque rico, era justo; No había lodo en el agua de su molino; Ni infierno en el fuego de su fragua.
Su barba era plateada como arroyo de abril. Su gavilla no era avara ni tenía odio; Cuando veía pasar alguna pobre espigadora: "Dejar caer a propósito espigas" -decía.
Caminaba puro ese hombre, lejos de los senderos desviados, vestido de cándida probidad y lino blanco; Y, siempre sus sacos de grano, como fuentes públicas, del lado de los pobres se derramaban.
Booz era buen amo y fiel pariente; aunque ahorrador, era generoso; las mujeres le miraban más que a un joven, pues el joven es hermoso, pero el anciano es grande.
El anciano que vuelve hacia la fuente primera, entra en los días eternos y sale de los días cambiantes; se ve llama en los ojos de los jóvenes, pero en el ojo del anciano se ve luz.
Así pues Booz en la noche, dormía entre los suyos. Cerca de las hacinas que se hubiesen tomado por ruinas, los segadores acostados formaban grupos oscuros: Y esto ocurría en tiempos muy antiguos.
Las tribus de Israel tenían por jefe un juez; la tierra donde el hombre erraba bajo la tienda, inquieto por las huellas de los pies del gigante que veía, estaba mojada aún y blanda del diluvio.
Así como dormía Jacob, como dormía Judith, Booz con los ojos cerrados, yacía bajo la enramada; entonces, habiéndose entreabierto la puerta del cielo por encima de su cabeza, fue bajando un sueño.
Y ese sueño era tal que Booz vio un roble que, salido de su vientre, iba hasta el cielo azul; una raza trepaba como una larga cadena; Un rey cantaba abajo, arriba moría un dios.
Y Booz murmuraba con la voz del alma: "¿Cómo podría ser que eso viniese de mí? la cifra de mis años ha pasado los ochenta, y no tengo hijos y ya no tengo mujer.
Hace ya mucho que aquella con quien dormía, ¡Oh Señor! dejó mi lecho por el vuestro; Y estamos todavía tan mezclados el uno al otro, ella semi viva, semi muerto yo.
Nacería de mí una raza ¿cómo creerlo? ¿Cómo podría ser que tenga hijos? Cuando de joven se tienen mañanas triunfantes, el día sale de la noche como de una victoria;
Pero de viejo, uno tiembla como el árbol en invierno; viudo estoy, estoy solo, sobre mí cae la noche, e inclino ¡oh Dios mío! mi alma hacia la tumba, como un buey sediento inclina su cabeza hacia el agua".
Así hablaba Booz en el sueño y el éxtasis, volviendo hacia Dios sus ojos anegados por el sueño; el cedro no siente una rosa en su base, y él no sentía una mujer a sus pies.
Mientras dormía, Ruth, una Moabita, se había recostado a los pies de Booz, con el seno desnudo, esperando no se sabe qué rayo desconocido cuando viniera del despertar la súbita luz.
Booz no sabía que una mujer estaba ahí, y Ruth no sabía lo que Dios quería de ella.
Un fresco perfume salía de los ramos de asfodelas; los vientos de la noche flotaban sobre Galgalá. La sombra era nupcial, augusta y solemne; allí, tal vez, oscuramente, los ángeles volaban, a veces, se veía pasar en la noche, algo azul semejante a un ala.
La respiración de Booz durmiendo se mezclaba con el ruido sordo de los arroyos sobre el musgo. Era un mes en que la naturaleza es dulce, y hay lirios en la cima de las colinas.
Ruth soñaba y Booz dormía; la hierba era negra; Los cencerros del ganado palpitaban vagamente; Una inmensa bondad caía del firmamento; Era la hora tranquila en que los leones van a beber.
Todo reposaba en Ur y en Jerimadet; Los astros esmaltaban el cielo profundo y sombrío; El cuarto creciente fino y claro entre esas flores de la sombra brillaba en Occidente, y Ruth se preguntaba,
inmóvil, entreabriendo los ojos bajo sus velos, qué dios, qué segador del eterno verano, había dejado caer negligentemente al irse esa hoz de oro en los campos de estrellas.
Oh ! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage, Si jamais vous n'avez épié le passage, Le soir, d'un pas léger, d'un pas mélodieux, D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres, Et, comme un météore au sein des nuits funèbres, Vous laisse dans le coeur un sillon radieux ;
Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire Au poète amoureux qui chante et qui soupire, Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés, De posséder un coeur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux, de n'avoir pour étoiles, De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés ;
Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre, Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre, L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront, Pour voir votre beauté, comme un éclair qui brille, Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille, Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;
Si vous n'avez jamais senti la frénésie De voir la main qu'on veut par d'autres mains choisie, De voir le coeur aimé battre sur d'autres coeurs ; Si vous n'avez jamais vu d'un oeil de colère La valse impure, au vol lascif et circulaire, Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;
Si jamais vous n'avez descendu les collines, Le coeur tout débordant d'émotions divines ; Si jamais vous n'avez le soir, sous les tilleuls, Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre, Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre, Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;
Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ; Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre, JE T'AIME ! n'a rempli votre âme tout un jour ; Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes, Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait l'amour !
La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne, Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec la tour saxonne et l'église des Goths, Laisse sans les compter passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires, S'envolent des clochers par groupes inégaux ;
Si jamais vous n'avez, à l'heure où tout sommeille, Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille, Pleuré comme un enfant à force de souffrir, Crié cent fois son nom du soir jusqu'à l'aurore, Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore, Et maudit votre mère, et désiré mourir ;
Si jamais vous n'avez senti que d'une femme Le regard dans votre âme allumait une autre âme, Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue, Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue ; Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !
Quien no ama no vive
Quienquiera que fueres, óyeme: si con ávidas miradas nunca tú a la luz del véspero has seguido las pisadas, el andar suave y rítmico de una celeste visión;
O tal vez un velo cándido, cual meteoro esplendente, que pasa, y en sombras fúnebres ocúltase de repente, dejando de luz purísima un rastro en el corazón;
Si sólo porque en imágen este la reveló el poeta, la dicha conoces íntima, la felicidad secreta, del que árbitro se alza único de otro enamorado ser;
Del que más nocturnas lámparas no ve, ni otros soles claros, ni lleva en revuelto piélago más luz de estrellas ni faros que aquella que vierten mágica los ojos de una mujer;
Si el fin de sarao espléndido nunca tú aguardaste afuera, embozado, mudo, tétrico mientras en la altavidriera reflejos se cruzan pálidos del voluptuoso vaivén).
Para ver si como ráfaga luminosa a la salida, con un sonreír benévolo te vuelve esperanza y vida joven beldad de ojos lánguidos, orlada en flores la sien.
Si celoso tú y colérico no has visto una blanca mano usurpada, en fiesta pública, por la de galán profano, y el seno que adoras, próximo a otro pecho, palpitar;
Ni has devorado los ímpetus de reconcentrada ira, rodar viendo el valse impúdico que deshoja, mientras gira en vertiginoso círculo, flores y niñas al par;
Si con la luz del crepúsculo no has bajado las colinas, henchida sintiendo el ánima de emociones mil divinas, ni a lo largo de los álamos grato el pasear te fue;
Si en tanto que en la alta bóveda un astro y otro relumbra, dos corazones simpáticos no gozasteis la penumbra, hablando palabras místicas, baja la voz, tardo el pie;
Si nunca al roce magnético temblaste de ángel soñado; si nunca un TE AMO dulcísimo, tímidamente exhalado, quedó sonando en tu espíritu cual perenne vibración;
Si no has mirado con lástima al hombre sediento de oro, para el que en vano munífico brinda el amor su tesoro, y de regio cetro y púrpura no tuviste compasión;
Si en medio de noche lóbrega cuando todo duerme y calla, y ella goza sueño plácido, contigo mismo en batalla no te desataste en lágrimas con un despecho infantil;
Si enloquecido o sonámbulo no la has llamado mil veces, quizá mezclando frenético las blasfemias a las preces, también a la muerte, mísero, invocando veces mil;
Si una mirada benéfica no has sentido que desciende a tu seno, como súbito lampo que las sombras hiende y ver nos hace beatífica región de serena luz;
O tal vez el ceño gélido sufriendo de la que adoras, no desfalleciste exánime, misterios de amor ignoras; ni tú has probado sus éxtasis ni tú has llevado su cruz.
Ave, dea, moriturus te salutat Victor Hugo (1802 -1885)
à Judith Gautier.
La mort et la beauté sont deux choses profondes Qui contiennent tant d'ombre et d'azur qu'on dirait Deux sœurs également terribles et fécondes Ayant la même énigme et le même secret ;
O femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes, Brillez, je meurs! ayez l'éclat, l'amour, l'attrait, O perles que la mer mêle à ses grandes ondes, O lumineux oiseaux de la sombre forêt !
Judith, nos deux destins sont plus près l'un de l'autre Qu'on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre; Tout, le divin abîme apparaît dans vos yeux.
Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme; Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame, Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux.
Ave, dea, moriturus te salutat
a Judith Gautier
La belleza y la muerte son dos cosas profundas, con tal parte de sombra y de azul que diríanse dos hermanas terribles a la par que fecundas, con el mismo secreto, con idéntico enigma.
Oh, mujeres, oh voces, oh miradas, cabellos, trenzas rubias, brillad, yo me muero, tened luz, amor, sed las perlas que el mar mezcla a sus aguas, aves hechas de luz en los bosques sombríos.
Más cercanos, Judith, están nuestros destinos de lo que se supone al ver nuestros dos rostros; el abismo divino aparece en tus ojos,
y yo siento la sima estrellada en el alma; mas del cielo los dos sé que estamos muy cerca, tú porque eres hermosa, yo porque soy muy viejo.
O Virgile! ô poëte! ô mon maître divin! Viens, quittons cette ville au cri sinistre et vain Qui, géante, et jamais ne fermant la paupière, Presse un flot écumant entre ses flancs de pierre, Lutèce, si petite au temps de tes césars, Et qui jette aujourd'hui, cité pleine de chars, Sous le nom éclatant dont le monde la nomme, Plus de clarté qu'Athène et plus de bruit que Rome. Pour toi qui dans les bois fais, comme l'eau des cieux, Tomber de feuille en feuille un vers mystérieux, Pour toi, dont la pensée emplit ma rêverie, J'ai trouvé, dans une ombre où rit l'herbe fleurie, Entre Buc et Meudon, dans un profond oubli, — Et quand je dis Meudon, suppose Tivoli!— J'ai trouvé, mon poëte, une chaste vallée A des coteaux charmants nonchalamment mêlée, Retraite favorable à des amants cachés, Faite de flots dormants et de rameaux penchés, Où midi baigne en vain de ses rayons sans nombre La grotte et la forêt, frais asiles de l'ombre. Pour toi je l'ai cherchée, un matin, fier, joyeux, Avec l'amour au cœur et l'aube dans les yeux; Pour toi je l'ai cherchée, accompagné de celle Qui sait tous les secrets que mon âme recèle, Et qui, seule avec moi sous les bois chevelus, Serait ma Lycoris si j'étais ton Gallus. Car elle a dans le cœur cette fleur large et pure, L'amour mystérieux de l'antique nature. Elle aime comme nous, maître, ces douces voix, Ce bruit de nids joyeux qui sort des sombres bois, Et, le soir, tout au fond de la vallée étroite, Les coteaux renversés dans le lac qui miroite, Et, quand le couchant morne a perdu sa rougeur, Les marais irrités des pas du voyageur, Et l'humble chaume, et l'antre obstrué d'herbe verte, Et qui semble une bouche avec terreur ouverte, Les eaux, les prés, les monts, les refuges charmants, Et les grands horizons pleins de rayonnements. Maître! puisque voici la saison des pervenches, Si tu veux, chaque nuit, en écartant les branches, Sans éveiller d'échos à nos pas hasardeux, Nous irons tous les trois, c'est-à-dire tous deux, Dans ce vallon sauvage, et de la solitude, Rêveurs, nous surprendrons la secrète attitude. Dans la brune clairière où l'arbre au tronc noueux Prend le soir un profil humain et monstrueux, Nous laisserons fumer, à côté d'un cytise, Quelque feu qui s'éteint sans pâtre qui l'attise, Et, l'oreille tendue à leurs vagues chansons, Dans l'ombre, au clair de lune, à travers les buissons, Avides, nous pourrons voir à la dérobée Les satyres dansants qu'imite Alphésibée.
A Virgilio
¡Oh, Virgilio! ¡Oh, poeta, mi divino maestro! Ven, salgamos por fin de esta triste ciudad de clamores siniestros y tan vanos, gigante incapaz de cerrar ni un momento sus párpados, y que encauza la espuma de un gran mar en sus piedras, la pequeña Lutecia en la edad de los césares, y que hoy, llena de carros, tiene más resplandor, con el nombre brillante que hoy el mundo le da, que la Atenas de antaño, y más ruido que Roma.
Para ti que en los bosques, como el agua del cielo, haces que de hoja en hoja caiga un verso secreto, para ti, cuya hondura llena mi ensueño vago, he encontrado allí donde ríen hierbas y flores, entre Buc y Meudon, olvidada de todos —y si digo Meudon, tú imagínate Tívoli—, mi poeta, he encontrado un castísimo valle que se mezcla al azar con risueñas colinas, un asilo amistoso para ocultos amantes, hecho de aguas dormidas y ramaje encorvado, donde el sol baña en vano con sus rayos sin número esta gruta y el bosque, fresco amparo de sombra. Para ti lo he buscado, orgulloso y alegre, con amor en el pecho y en los ojos el alba; para ti lo he buscado en la dulce compaña de quien todo secreto de mí mismo conoce, y que, sola conmigo en la espesa floresta, si yo fuera tu Galo ella fuese mi Lícoris.
Porque en ella hay la flor grande y pura, el amor misterioso y sin tiempo de la naturaleza. Se complace, maestro, al igual que nosotros, en las voces suavísimas, el rumor de los nidos tan alegres que sale de los bosques oscuros,
en el lago espejeante al revés las colinas, y ya cuando el poniente ha perdido el color, los pantanos que turban las pisadas intrusas, y la humilde cabaña y la cueva que oculta el verdor de la hierba, y que a mí me parece una boca que se abre con terror para el grito, y las aguas, los prados, las montañas, las chozas y el inmenso horizonte inundado de brillos.
¡Oh, maestro! Ya estamos en la dulce estación de la hierba doncella, y así, pues, si consientes, cada noche, escuchando el rumor de la fronda sin que un eco despierte nuestros pies temerarios vagaremos los tres, mejor dicho, los dos, por lo agreste del valle, visionarios de aquella soledad, sorprendiendo su secreto semblante. Y en el fosco calvero donde el árbol nudoso es de noche un perfil entre el monstruo y el hombre, dejaremos humear una hoguera que vaya lentamente apagándose sin pastor que la avive, y tendiendo el oído a sus vagas canciones, en la sombra y al claro de la luna, a través de las brechas veremos a hurtadillas los sátiros danzarines que imita aquel tu Alfesibeo.
La lune était sereine et jouait sur les flots. – Les près verts enfin vides sont ouverts à la brise, L’Acadienne regarde, et la mer qui se brise, Là-bas, d’un flot noir se jette sur Saint-Malo.
De ses yeux bleus limpides s’échappe une larme. Elle écoute… Et résonnent d’étranges échos. Est-ce le vent d’ouest qui souffle sur les eaux, Remuant tous les arbres, qui crée tout ce vacarme ?
Sont-ce des merles noirs qui plongent tour à tour Et volent dans les champs les fruits de notre terre ? Est-ce une mouette, qui de ses battements sourds, Guette de belles proies et effleure la mer ?
Qui trouble ainsi les flots près de l’île Saint-Jean ? Ni le grand merle noir, perdu dans les nuages, Ni la mouette aux aguets, ni le vent balayant Le pays d’Acadie de son souffle sauvage.
Ce sont des cris stridents, portés par tous les vents, Des Bourg, Bourgeois, Boudrot, Terriau, Aucoin, Trahan, Qui, de force, s’éloignent vers d’autres littoraux… - La lune était sereine et jouait sur les flots.
Claro de luna
Per amica silentia lunae. Virgilio
Era clara la luna y jugaba en el agua. La ventana ya libre está abierta a la brisa, la sultana se asoma y a lo lejos el mar al romper borda en plata los islotes negruzcos.
De sus dedos se escapa la vibrante guitarra. Oye un ruido apagado que despierta los ecos. ¿Una nave turquesa que procede de Cos, con sus tártaros remos por el griego archipiélago?
¿O son cuervos marinos descendiendo hasta el agua, que resbala en sus alas al volar como perlas? ¿Es un djinn que en los aires silba con voz aguda y que al mar precipita las más altas almenas?
¿Quién así turba el agua cerca del gran serrallo? Ni es el cuervo marino, ni las olas mecidas, ni las piedras del muro, ni el batir cadencioso de una nave que avanza por el mar con sus remos.
Son tan sólo unos sacos, dentro se oyen sollozos. Si sondearan el mar, dentro de ellos veríase como formas humanas que se agitan convulsas. Era clara la luna y jugaba en el agua.
Gastibelza (l'homme à la carabine) Victor Hugo (1802 -1885)
Gastibelza, l'homme à la carabine, Chantait ainsi: "Quelqu'un a-t-il connu doña Sabine ? Quelqu'un d'ici ? Chantez, dansez, villageois ! la nuit gagne Le mont Falu. Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Quelqu'un de vous a-t-il connu Sabine, Ma señora ? Sa mère était la vieille maugrabine D'Antequera, Qui chaque nuit criait dans la tour Magne Comme un hibou... Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Vraiment, la reine eût près d'elle été laide Quand, vers le soir, Elle passait sur le pont de Tolède En corset noir. Un chapelet du temps de Charlemagne Ornait son cou. Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Le roi disait, en la voyant si belle, A son neveu: "Pour un baiser, pour un sourire d'elle, Pour un cheveu, Infant don Ruy, je donnerai l'Espagne Et le Pérou ! Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Je ne sais pas si j'aimais cette dame, Mais je sais bien Que, pour avoir un regard de son âme, Moi, pauvre chien, J'aurai gaîment passé dix ans au bagne Sous les verrous Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre De ce canton, Je croyais voir la belle Cléopâtre, Qui, nous dit-on, Menait César, empereur d'Allemagne, Par le licou Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou.
Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe Sabine, un jour, A tout vendu, sa beauté de colombe, Tout son amour, Pour l'anneau d'or du comte de Saldagne, Pour un bijou ; Le vent qui vient à travers la montagne M'a rendu fou.
Gastibelza (el hombre de la carabina) Gastibelza, el hombre de la carabina Cantaba así: “¿Conoció alguien a Doña Sabina alguien de aquí? Cantad, danzad, villanos! la noche alcanza El monte Falu El viento que viene a través de la montaña me volverá loco.
¿Alguien de vosotros ha conocido a Sabina, mi señora? Su madre era la vieja mora de Antequera, que cada noche gritaba en la Torre Magne como un búho l viento que viene a través de la montaña me volverá loco.
Verdaderamente, la reina hubiese sido, cerca de ella, fea cuando, al caer la tarde, ella paseaba sobre el puente de Toledo, con un corsé negro. Un rosario del tiempo de Carlomagno adornaba su cuello El viento que viene a través de la montaña me volverá loco.
El rey decía, al verla tan bella, a su sobrino: “Por un beso, por una sonrisa de ella, por un cabello, Infante don Ruiz, ¡yo daría España y el Perú! El viento que viene a través de la montaña me volverá loco”.
Yo no sé si yo quería a esta mujer, pero sé bien que, por tener una mirada de su alma, yo, pobre perro, yo hubiese pasado alegremente diez años en presidio bajo los cerrojos el viento que viene a través de la montaña me volverá loco.
Cuando yo veía a esta niña, yo, el pastor de esta comarca, yo creía ver a la bella Cleopatra que, según nos dicen, llevaba a Cesar, emperador de Alemania, por las bridas el viento que viene a través de la montaña me volverá loco.
Danzad, cantad, villanos, la noche cae Sabina, un día, lo vendió todo, su belleza de paloma, todo su amor, por el anillo de oro del conde de Saldaña, por una joya... el viento que viene a través de la montaña me ha vuelto loco.
Venez, vous dont l’œil étincelle, Pour entendre une histoire encor, Approchez : je vous dirai celle De doña Padilla del Flor. Elle était d’Alanje, où s’entassent Les collines et les halliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
Il est des filles à Grenade, Il en est à Séville aussi, Qui, pour la moindre sérénade, À l’amour demandent merci ; Il en est que d’abord embrassent, Le soir, de hardis cavaliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
Ce n’est pas sur ce ton frivole Qu’il faut parler de Padilla, Car jamais prunelle espagnole D’un feu plus chaste ne brilla ; Elle fuyait ceux qui pourchassent Les filles sous les peupliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
(...)
Elle prit le voile à Tolède, Au grand soupir des gens du lieu, Comme si, quand on n’est pas laide, On avait droit d’épouser Dieu. Peu s’en fallut que ne pleurassent Les soudards et les écoliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
(...)
Or, la belle à peine cloîtrée, Amour en son cœur s’installa. Un fier brigand de la contrée Vint alors et dit : Me voilà ! Quelquefois les brigands surpassent En audace les chevaliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
Il était laid : les traits austères, La main plus rude que le gant ; Mais l’amour a bien des mystères, Et la nonne aima le brigand. On voit des biches qui remplacent Leurs beaux cerfs par des sangliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
(...)
La nonne osa, dit la chronique, Au brigand par l’enfer conduit, Aux pieds de sainte Véronique Donner un rendez-vous la nuit, À l’heure où les corbeaux croassent, Volant dans l’ombre par milliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
(...)
Or quand, dans la nef descendue, La nonne appela le bandit, Au lieu de la voix attendue, C’est la foudre qui répondit. Dieu voulu que ses coups frappassent Les amants par Satan liés. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
(...)
Cette histoire de la novice, Saint Ildefonse, abbé, voulut Qu’afin de préserver du vice Les vierges qui font leur salut, Les prieures la racontassent Dans tous les couvents réguliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers !
La leyenda de la monja Ustedes, cuyo ojo destella, escuchen a este narrador contar la historia de una bella Doña Padilla de la Flor. Era de alanje, en que se enlazan la colina y el matorral... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
Hay muchas niñas en Granada y en Sevilla, que al oír una serenata inspirada al amor van a perseguir. Las hay que por la noche abrazan algún caballero cordial... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
Pero no es de esa forma van aque de Padilla hablaré yo, pues nunca otra doncella hispana de un fuego más casto brilló. Escapaba de los que cazan niñas en el viejo almendral... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
(...)
Cuando en Toledo entró al convento la gente tuvo pena atroz, como si fuese atrevimiento ser bella y casarse con dios. Casi lloraron en sus casas el soldado y el colegial... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
(...)
La bella, apenas enclaustrada, sintió en su pecho la pasión al cruzar la torva mirada de un tunante de la región. De esos que a veces sobrepasan en audacia a un señor feudal... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
El era feo, el gesto serio, más que el guante, la mano cruel, pero el amor es un misterio y la monja se prendó de él. Ciervas hay que al ciervo reemplazan por algún jabalí brutal... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
(...)
La monja -nos cuenta el relato- guiada por el infierno fue, le dio una cita al mentecato de santa verónica al pie, a esa hora en que amenazan cuervos con graznido espectral... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
(...)
A la nave recién llegada, la monja al bandido llamó y en vez de la voz esperada un relámpago respondió. Dios hizo que se hicieran brasas los amantes que uniera el mal. Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
(...)
Esta historia de la novicia, san Ildefonso, abad, mandó por preservar de lo que envicia a las vírgenes que dios llamó, que en los conventos y las plazas sea contada hasta el final... Muchachos, hay bueyes que pasan guarden su rojo delantal!
Victor Hugo -Les contemplations- 1.2 Le poëte s'en va dans les champs...-
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 1.2 Le poëte s'en va dans les champs...
Le poëte s'en va dans les champs ; il admire, Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ; Et, le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs, Celles qui des rubis font pâlir les couleurs, Celles qui des paons même éclipseraient les queues, Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues, Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets, De petits airs penchés ou de grands airs coquets, Et, familièrement, car cela sied aux belles : « Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! » disent-elles. Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix, Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois, Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables, Les saules tout ridés, les chênes vénérables, L'orme au branchage noir, de mousse appesanti, Comme les ulémas quand paraît le muphti, Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre, Contemplent de son front la sereine lueur, Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !
Las contemplaciones 1.2. Sale al campo el poeta...
Sale al campo el poeta; allí admira y adora escuchando la lira que en su pecho resuena; cuando ven que se acerca, hete aquí que las flores, las que pálido dejan el color del rubí, más vistosas incluso que los pavos reales, o, doradas o azules, las minúsculas flores, le reciben moviendo en el aire sus tallos, se ensimisman, coquetas, sin dejar de mirarlo, y, beldades al fin, dando cierta confianza. —Mira, dicen, ahí viene quien suspira por vernos. Y entre luces y sombras, y entre voces confusas, esos árboles altos habitantes del bosque, cual profundos ancianos, arces, tejos y tilos, sauces llenos de arrugas, venerables encinas, olmos negros con musgo que se pega a su cuerpo, como ulemas sumisos al pasar el muftí, le saludan rendidos inclinando hasta el suelo sus cabezas de fronda y sus barbas de hiedra contemplando su frente de fulgores serenos y susurran: ¡Es él! ¡Es aquel soñador!
Victor Hugo -Les contemplations- 1.24 Heureux l'homme...-
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 1.24 Heureux l'homme...
Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin, Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin, Se réveille, l'esprit rempli de rêverie, Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie ! À mesure qu'il lit, le jour vient lentement Et se fait dans son âme ainsi qu'au firmament. Il voit distinctement, à cette clarté blême, Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même ; Tout dort dans la maison ; il est seul, il le croit ; Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt, Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre, Les anges souriants se penchent sur son livre.
Las contemplaciones 1.24 Feliz es quien...
Feliz es quien se ocupa del eterno destino y, viajero que parte con las luces del alba, se despierta, aún el alma pululante de sueños y ya desde la aurora reza y lee. Nace el día lentamente, a medida que adelanta en las páginas, y amanece en el cielo y en su mente a la vez. Claramente distingue en aquella luz pálida lo que existe en su alcoba, lo que existe en sí mismo; todo duerme en la casa , él supone estar solo y no obstante , sellando con un dedo sus labios, a su espalda, y al tiempo que él se embriaga con éxtasis sobre el libro se inclinan sonrientes los ángeles.
Victor Hugo -Les contemplations- 2.7 Nous allions au verger cueillir des bigarreaux...-
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885)
2.7 Nous allions au verger cueillir des bigarreaux...
Nous allions au verger cueillir des bigarreaux. Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros, Elle montait dans l'arbre et courbait une branche; Les feuilles frissonnaient au vent; sa gorge blanche, O Virgile, ondoyait dans l'ombre et le soleil; Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil, Semblable au feu qu'on voit dans le buisson qui flambe. Je montais derrière elle; elle montrait sa jambe, Et disait: «Taisez-vous!» à mes regards ardents; Et chantait. Par moments, entre ses belles dents, Pareille, aux chansons près, à Diane farouche, Penchée, elle m'offrait la cerise à sa bouche; Et ma bouche riait, et venait s'y poser, Et laissait la cerise et prenait le baiser.
Las contemplaciones
2.7 Por cerezas garrafales íbamos juntos al huerto...
Por cerezas garrafales íbamos juntos al huerto.
Con sus brazos de alabastro escalaba los cerezos, y montábase en las ramas, que se doblaban al peso.
Yo subía detrás de ella y mis ojos indiscretos su blanca pierna seguían, y ella cantando y riendo, les decía con sus ojos a los míos: ¡Estaos quietos!
Luego hacia mí se inclinaba, en los dientes ya trayendo suspendida una cereza; y yo mi boca de fuego sobre su boca posaba; y ella, siempre sonriendo, me dejaba la cereza y se llevaba mi beso.
Victor Hugo -Les contemplations- 2.21 Il lui disait...
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 2.21 Il lui disait...
Il lui disait : Vois-tu, si tous deux nous pouvions, L'âme pleine de foi, le cœur plein de rayons, Ivres de douce extase et de mélancolie, Rompre les mille nœuds dont la ville nous lie ; Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou, Nous fuirions ; nous irions quelque part, n'importe où, Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses, Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses, Une maison petite avec des fleurs, un peu De solitude, un peu de silence, un ciel bleu, La chanson d'un oiseau qui sur le toit se pose, De l'ombre ; — et quel besoin avons-nous d'autre chose ?
Las contemplaciones 2.21 El decía a su amada...
Él decía a su amada: Si pudiéramos ir los dos juntos, el alma rebosante de fe, con fulgores extraños en el fiel corazón, ebrios de éxtasis dulces y de melancolía, hasta hacer que se rompan los mil nudos con que ata la ciudad nuestra vida; si nos fuera posible salir de este París triste y loco, huiríamos; no se adónde, a cualquier ignorado lugar, lejos de vanos ruidos, de los odios y envidias, a buscar un rincón donde crece la hierba, donde hay árboles y hay una casa chiquita con sus flores y un poco de silencio, y también soledad, y en la altura cielo azul y la música de algún pájaro que se ha posado en las tejas, y un alivio de sombra... ¿Crees que acaso podemos tener necesidad de otra cosa en el mundo?
Victor Hugo -Les contemplations- 4.5 El avait pris ce pli...
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 4.5 El avait pris ce pli... Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin; Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère; Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ; Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée, Et mainte page blanche entre ses mains froissée Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts, Et c'était un esprit avant d'être une femme. Son regard reflétait la clarté de son âme. Elle me consultait sur tout à tous moments. Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants Passés à raisonner langue, histoire et grammaire, Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère Tout près, quelques amis causant au coin du feu ! J'appelais cette vie être content de peu ! Et dire qu'elle est morte! Hélas! que Dieu m'assiste ! Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ; J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.
Las contemplaciones 4.5. Adquirió la costumbre...
Adquirió la costumbre cuando aún era muy niña de entrar cada mañana un ratito en mi cuarto; la esperaba lo mismo que a la luz de la aurora; ella entraba y decía: Buenos días, papá; y cogía mi pluma y hojeaba mi sombra en sus ojos. se sentaba en mi cama, revolvía papeles, se reía; de pronto decidía marcharse como haciéndome ver que era un ave de paso. Reanudaba yo entonces, algo menos cansado, mi tarea, y a veces, cuando estaba escribiendo, entre mis manuscritos encontraba algún raro arabesco bien suyo, y a menudo arrugadas muchas páginas blancas donde, no sé por qué, versos míos nacían de una música dulce. Dios, las flores, los astros y los prados amaba, era más un espíritu que una simple mujer. En sus ojos había claridades de su alma, me pedía consejo sobre todas las cosas. ¡Cuántas noches de invierno deliciosas, radiantes conversando de historia, de gramática y lengua, apiñados los cuatro junto a mí, muy cercana de mis hijos su madre, y a la vera del fuego un corrillo de amigos! ¡Yo llamaba a esta vida contentarse con poco! ¡Y pensar que ella ha muerto! ¡Ay de mí, Dios me asista! Yo no pude tener alegría jamás viendo en ella tristeza; taciturno quedaba en mitad de los bailes de haber visto al salir una sombra en sus ojos.
Victor Hugo -Les contemplations- 4.13 Veni, vidi, vixi-
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 4.13 Veni, vidi, vixi
J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs Je marche, sans trouver de bras qui me secourent, Puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent, Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;
Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête, J'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ; Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour, Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;
Puisque l'espoir serein dans mon âme est vaincu ; Puisqu'en cette saison des parfums et des roses, Ô ma fille ! j'aspire à l'ombre où tu reposes, Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu.
Je n'ai pas refusé ma tâche sur la terre. Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici. J'ai vécu souriant, toujours plus adouci, Debout, mais incliné du côté du mystère.
J'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai servi, j'ai veillé, Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine. Je me suis étonné d'être un objet de haine, Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.
Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile, Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains, Morne, épuisé, raillé par les forçats humains, J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.
Maintenant, mon regard ne s'ouvre qu'à demi ; Je ne me tourne plus même quand on me nomme ; Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi.
Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit. Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m'en aille et que je disparaisse !
Las contemplaciones 4.13 Veni, vidi, vixi
Demasiado he vivido, ya que en medio de lutos ando sin encontrar el apoyo de un brazo, ya que apenas sonrío cuando estoy entre niños, ya que ver unas flores ni siquiera me alegra.
Ya que cuando en abril Dios convida a su fiesta, taciturno presencio tan espléndido amor; porque ya soy un hombre que rehuye la luz y que siente de todo la tristeza secreta.
Ya que ha sido vencida la esperanza en mí mismo; ya que en esta estación de perfumes y rosas ¡oh, hija mía!, suspiro por tu oscuro reposo. Muerto está el corazón, demasiado he vivido.
No he querido negarme al quehacer en la tierra. ¿Surco propio? Aquí está. ¿Mi gavilla? Ésta es. Sonriendo he vivido, cada vez más humano, siempre en pie, más mirando hacia donde hay misterio.
Hice cuanto podía: he servido, he velado, se han reído a menudo de mi pena y esfuerzo. Me asombraba saber que era objeto del odio tras de mucho sufrir, tras de mucho trabajo.
En la cárcel terrena donde no hay ala abierta. sin quejarme, sangrando y caído por tierra, triste, exhausto, el escarnio de los otros forzados yo llevé mi eslabón de la eterna cadena.
Pero ahora tan sólo entreabro los ojos, ni me vuelvo siquiera cuando me oigo nombrar; el hastío y el pasmo me dominan, como alguien que abandona su lecho sin haberse dormido.
En mi amarga pereza no me digno increpar a la boca envidiosa que conmigo se ensaña. ¡Oh, Señor! Que las puertas de la noche se me abran, para que al fin me vaya, para que me oscurezca.
Victor Hugo -Les contemplations- 4.14 Demain, dès l'aube...
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885)
4.14 Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Las contemplaciones 4.14 Con el alba, mañana... Con el alba, mañana, cuando el campo blanquee, voy a irme. Sé bien que me estás esperando. Andaré por los bosques, cruzaré las montañas. Porque lejos de ti ya no puedo seguir.
Andaré con los ojos fijos en lo que piense, sin ver nada de fuera, sin oír ningún ruido, solitario, encorvado, con las manos cruzadas, triste, anónimo, el día será igual que la noche.
No veré ni los oros de la tarde que cae, ni a lo lejos las velas dirigiéndome a Harfleur, y al llegar dejaré en tu tumba unas ramas del acebo más verde y de brezos en flor.
Les contemplations Victor Hugo (1802 -1885) 5.9 Le mendiant Un pauvre homme passait dans le givre et le vent. Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile. Les ânes revenaient du marché de la ville, Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. C'était le vieux qui vit dans une niche au bas De la montée, et rêve, attendant, solitaire, Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu. je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu. Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. » Et je lui fis donner une jatte de lait. Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait, Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre. « Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre , Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu. Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu, Étalé largement sur la chaude fournaise, Piqué de mille trous par la lueur de braise, Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé. Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières, Je songeais que cet homme était plein de prières, Et je regardais, sourd à ce que nous disions, Sa bure où je voyais des constellations.
Las contemplaciones 5.9 El mendigo
Era un pobre que andaba en la escarcha y el viento. Golpeé mi cristal; se detuvo delante de mi puerta, que abrí con un gesto cortés. Regresaban los asnos del mercado del pueblo, con labriegos sentados en las toscas albardas. Era el viejo que vive en aquella casucha que está al pie de la cuesta, y que sueña esperando, solitario, una luz de ese cielo tan triste, de la tierra unos céntimos, el que tiende sus manos hacia el hombre y las junta conversando con Dios. Le grité: Puede entrar y caliéntese un poco. Quise saber su nombre. Él tan sólo me dijo: Yo me llamo el mendigo. Le cogí de la mano: Adelante, buen hombre. Y ordené que trajeran una jarra de leche. El anciano temblaba por el frío; me hablaba, mientras yo, pensativo, aunque hablándole, no conseguía escucharle. Viene todo empapado, dije, tienda su ropa aquí junto al hogar. Se arrimó más al fuego. Vi su abrigo comido por polillas, que antaño fuera azul, desplegado al calor de las llamas, con mil puntos brillantes agujeros de luz que mostraba el fulgor, ante la chimenea como un cielo nocturno salpicado de estrellas. Y entretanto secaba sus andrajos, chorreantes de la lluvia y del agua de las hondas barrancas, le veía como alguien que rebosa oraciones y miraba, insensible a lo que ambos decíamos, su sayal, refulgente de mil constelaciones.
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