La grand-mère
Victor Hugo (1802 -1885)
Dors-tu ?... réveille-toi, mère de notre mère !
D'ordinaire en dormant ta bouche remuait ;
Car ton sommeil souvent ressemble à ta prière.
Mais, ce soir, on dirait la madone de pierre ;
Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.
Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume.
Quel mal avons-nous fait, pour ne plus nous chérir ?
Vois, la lampe pâlit, l'âtre scintille et fume ;
Si tu ne parles pas, le feu qui se consume,
Et la lampe, et nous deux, nous allons tous mourir !
Tu nous trouveras morts près de la lampe éteinte.
Alors, que diras-tu quand tu t'éveilleras ?
Tes enfants à leur tour seront sourds à ta plainte.
Pour nous rendre la vie, en invoquant ta sainte,
Il fraudra bien longtemps nous serrer dans tes bras !
Donne-nous donc tes mains dans nos mains réchauffées.
Chante-nous quelque chant de pauvre troubadour.
Dis-nous ces chevaliers qui, servis par les fées,
Pour bouquets à leur dame apportaient des trophées,
Et dont le cri de guerre était un nom d'amour.
Disnous quel divin signe est funeste aux fantômes ;
Quel ermite dans l'air vit Lucifer volant ;
Quel rubis étincelle au front du roi des Gnomes ;
Et si le noir démon craint plus, dans ses royaumes,
Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.
Ou, montre-nous ta Bible et les belles images,
Le ciel d'or, les saints bleus, les saintes à genoux,
L'enfant-Jésus, la crèche, et le boeuf, et les mages ;
Fais-nous lire du doigt, dans le milieu des pages,
Un peu de ce latin, qui parle à Dieu de nous.
Mère !... - Hélas ! par degrés s'affaisse la lumière,
L'ombre joyeuse danse autour du noir foyer,
Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière...
Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière ;
Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer ?
Dieu ! que tes bras sont froids ! rouvre les yeux... Naguère
Tu nous parlais d'un monde, où nous mènent nos pas,
Et de ciel, et de tombe, et de vie éphémère,
Tu parlais de la mort... dis-nous, ô notre mère !
Qu'est-ce donc que la mort ? - Tu ne nous réponds pas !
Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule.
La jeune aube parut sans réveiller l'aïeule.
La cloche frappa l'air de ses funèbres coups ;
Et, le soir, un passant, par la porte entrouverte
Vit, devant le saint livre et la couche déserte,
Les deux petits enfants qui priaient à genoux.
La abuela
¡Oh madre de nuestra madre!¿estás durmiendo? ¡Despierta!
Otras veces en tus sueños murmuras y balbuceas,
y parece que aun dormida hablas con alguien y rezas;
mas hoy estás tan inmóvil como la virgen de piedra,
y á tus labios silenciosos ni el aliento vida presta.
¿Por qué más sobre tu pecho hoy inclinas la cabeza?
Dínos, ¿qué daño te hicimos para que ya no nos quieras?
Mira: la pálida lámpara se extingue; el hogar humea;
y si no quieres hablarnos como solías, abuela,
lámpara, hogar y nosotros morirémos de tristeza.
¿Qué dirás, cuando despiertes de ese letargo, y nos veas
a nosotros dos ya muertos, muerto el fuego, la luz muerta?
También entonces tus hijos sordos serán á tus quejas.
Para que resucitemos al cielo harás mil promesas,
y bien habrás de abrazarnos para darnos vida nueva.
Tiéndenos tus manos frías que nuestras manos calientan;
y de antiguos trovadores cántanos coplas añejas.
Háblanos de los guerreros que servían fadas bellas,
y á sus damas les llevaban en vez de flores, banderas;
dínos el nombre amoroso que era su grito de guerra.
Dínos cómo se conjuran los fantasmas. ¡Ay, abuela!
cuéntanos aquella historia de un monje que vió en su celda
a Lucifer por los aires volar con alas siniestras;
dínos á quién el Demonio teme más, en su caverna,
a los mandobles de Orlando o a los salmos de la Iglesia.
Vén; enséñanos tu Biblia con sus láminas tan bellas,
los Santos de azul y de oro, y el cielo con tánta estrella,
y el Niño, el buey y los magos...; y esas latinas sentencias
que á Dios hablan de nosotros, descífranos letra a letra.
La luz oscila y se apaga, descienden las sombras densas;
quizás ya por la ventana malos espíritus entran...
Tú, que el miedo nos quitabas, hoy nuestro pavor aumentas.
¡Cielos! tu mano está fría! A veces, con ansia tierna,
nos hablabas de otro mundo do cada paso nos lleva,
de la gloria del sepulcro, de la vida pasajera,
y de la muerte... ¡la muerte! ¿Qué es la muerte? ¿No contestas?
Y oyéronse largo rato sus sollozos. Y risueña
rayó al fin la blanca aurora, y no despertó a la abuela.
Dió al aire lúgubres sones la campana de la aldea,
y un pastor vió aquella noche, por la mal cerrada puerta,
delante del santo libro, junto a la cama desierta,
dos niños arrodilladosque rezaban con voz trémula.
Versión de Teodoro Llorente
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