Poemas en Francés





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Acerca de
Poemas en Francés es un blog que pretende acercar poemas de lengua francesa al castellano
Frases
"Por principio, toda traducción es buena. En cualquier caso, pasa con ellas lo que con las mujeres: de alguna manera son necesarias, aunque no todas son perfectas"

Augusto Monterroso

-La palabra mágica-

"Es imposible traducir la poesía. ¿Acaso se puede traducir la música?"

Voltaire

"La traducción destroza el espíritu del idioma"

Federico Garcí­a Lorca
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Paul Valéry -Même Féerie-
mercredi, mai 26, 2004
Même Féerie
Paul Valéry (1871-1945)

La lune mince verse une lueur sacrée,
Comme une jupe d'un tissu d'argent léger,
Sur les masses de marbre où marche et croit songer
Quelque vierge de perle une gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Sa main cueille et dispense une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux.

Délicieux désert, solitude pâmée,
Quand le remous de l'eau par la lune lamée
Compte éternellement ses échos de cristal,

Quel coeur pourrait souffir l'inexorable charme
De la nuit éclatante au firmament fatal,
Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme?


Encantamiento

Vierte la luna débil sus albores sagrados
como una basquiña ,de vaporoso argento
sobre moles de mármol que cruza el soñoliento
paso de alguna virgen en velos nacarados.

A los cisnes sedeños que abren los juncales
con su quilla de pluma donde la luz reposa
les deshoja su mano la más nevada rosa,
y en el agua los pétalos difunden espirales.

Soledad extasiada, dulcificante duna,
cuando el agua hervorosa bruñida por la luna
sus voces cristalinas sin término propaga,

-¿qué alma padeciera la magia inexorable
de la rútila noche con su cielo implacable
sin exhalar un grito puro como una daga?

Versión de Carlos López Narváez

Libellés :

posted by Alfil @ 9:02 PM   0 comments
Paul Valéry -Le bois amical-
Le bois amical
Paul Valéry (1871-1945)

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire... parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux incensés

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l'ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence


El bosque amigo

En las sendas pensamos cosas puras,
uno al lado del otro, fugitivos,
cogidos de la mano, y pensativos
en medio de las flores más oscuras.

Íbamos solos, como enamorados,
entre la verde noche del sendero,
compartiendo el fugaz fruto hechicero
del astro que aman los enajenados.

Después, muy lejos, en la sombra densa
de aquel íntimo bosque rumoroso,
morimos -solos!- sobre el césped blando.

Y arriba, en medio de la luz inmensa,
¡oh, amigo del silencio más hermoso,
nos encontramos otra vez, llorando!

Versión de Andrés Holguín

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posted by Alfil @ 9:01 PM   0 comments
Paul Valéry -Hélène-
Hélène
Paul Valéry (1871-1945)

Azur! C'est moi... Je viens des grottes de la mort
Entendre l'onde se rompre aux degrés sonores,
Et je revois les galères dans les aurores
Ressusciter de l'ombre au fil des rames d'or.

Mes solitaires mains appellent les monarques
Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs;
Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs
Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.

J'entends les conques profondes et les clairons
Militaires rythmer le vol des avirons;
Le chant clair des rameurs enchaîne le tumulte,

Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés
Dans leur sourire antique et que l'écume insulte,
Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés.


¡Helena!

Azul! Soy yo. Regreso de lúgubres canteras
a ver el mar lanzando sus escalas sonoras,
y al filo de los remos de oro, en las auroras,
zarpando de su rada nocturna las galeras.

Mis manos solitarias invocan los monarcas
-yo hundía entre su barba de sal mis dedos puros-.
Llorando he visto, al eco de sus himnos oscuros,
huír los golfos ante la popa de sus barcas.

Oigo las caracolas hondas, los helicones
marciales en las rítmicas alas de los timones;
claros cantos remeros encadenan rugidos.

Y en las heroicas proas, los dioses exaltados,
con sus plácidos rostros de la espuma azotados,
me tienden indulgentes sus brazos esculpidos.

Versión de Carlos López Narváez

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posted by Alfil @ 8:45 PM   0 comments
Paul Valéry -Les pas-
Les pas
Paul Valéry (1871-1945)

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus
!Dieux !... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas


Los pasos


Pasos nacidos de un silencio
tenue, sagradamente dados,
hacia el recinto de mis sueños
vienen tranquilos, apagados.

Rumores puros y divinos,
todos los dones que descubro
-¡oh blandos pasos reprimidos!-
llegan desde tus pies desnudos.

Si en el convite de tus labios
ecoge para su sosiego
mi pensamiento -huésped ávido-
el vivo manjar de tu beso.

Avanza con dulzura lenta,
con ternura de ritmos vagos:
como ha vivido de tu espera,
mi corazón marcha en tus pasos.

Libellés :

posted by Alfil @ 8:38 PM   0 comments
Paul Valéry -Le cimetière marin-
Le cimetière marin
Paul Valéry (1871-1945)

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!


El cementerio marino

Calmo techo surcado de palomas,
palpita entre los pinos y las tumbas;
mediodía puntual arma sus fuegos
¡El mar, el mar siempre recomenzado!
¡Qué regalo después de un pensamiento
ver moroso la calma de los dioses!

¡Qué obra pura consume de relámpagos
vario diamante de invisible espuma,
y cuánta paz parece concebirse!
Cuando sobre el abismo un sol reposa,
trabajos puros de una eterna causa,
el Tiempo riela y es Sueño la ciencia.

Tesoro estable, templo de Minerva,
quietud masiva y visible reserva;
agua parpadeante, Ojo que en ti guardas
tanto sueño bajo un velo de llamas,
¡silencio mío!... ¡Edificio en el alma,
mas lleno de mil tejas de oro. Techo!

Templo del Tiempo, que un suspiro cifra,
subo a ese punto puro y me acostumbro
de mi mirar marino todo envuelto;
tal a los dioses mi suprema ofrenda,
el destellar sereno va sembrando
soberano desdén sobre la altura.

Como en deleite el fruto se deslíe,
como en delicia truécase su ausencia
en una boca en que su forma muere,
mi futura humareda aquí yo sorbo,
y al alma consumida el cielo canta
la mudanza en rumor de las orillas.

¡Bello cielo real, mírame que cambio!
Después de tanto orgullo, y de tanto
extraño ocio, mas pleno de poderes,
a ese brillante espacio me abandono,
sobre casas de muertos va mi sombra
que a su frágil moverse me acostumbra.

A teas del solsticio expuesta el alma,
sosteniéndote estoy, ¡oh admirable
justicia de la luz de crudas armas!
Pura te tomo a tu lugar primero:
¡mírate!... Devolver la luz supone
taciturna mitad sumida en sombra.

Para mí solo, a mí solo, en mí mismo,
un corazón, en fuentes del poema,
entre el vacío y el suceso puro,
de mi íntima grandeza el eco aguardo,
cisterna amarga, oscura y resonante,
¡hueco en el alma, son siempre futuro!

Sabes, falso cautivo de follajes,
golfo devorador de enjutas rejas,
en mis cerrados ojos, deslumbrantes
secretos, ¿qué cuerpo hálame a su término
y qué frente lo gana a esta tierra ósea?
Una chispa allí pienso en mis ausentes.

Sacro, pleno de un fuego sin materia;
ofrecido a la luz terrestre trozo,
me place este lugar alto de teas,
hecho de oro, piedra, árboles oscuros,
mármol temblando sobre tantas sombras;
¡allí la mar leal duerme en mis tumbas!

¡Al idólatra aparta, perra espléndida!
Cuando con sonrisa de pastor, solo,
apaciento carneros misteriosos,
rebaño blanco de mis quietas tumbas,
¡las discretas palomas de allí aléjalas,
los vanos sueños y ángeles curiosos!

Llegado aquí pereza es el futuro,
rasca la sequedad nítido insecto;
todo ardido, deshecho, recibido
en quién sabe qué esencia rigurosa...
La vida es vasta estando ebrio de ausencia,
y dulce el amargor, claro el espíritu.

Los muertos se hallan bien en esta tierra
cuyo misterio seca y los abriga.
Encima el Mediodía reposando
se piensa y a sí mismo se concilia...
Testa cabal, diadema irreprochable,
yo soy en tu interior secreto cambio.

¡A tus temores, sólo yo domino!
Mis arrepentimientos y mis dudas,
son el efecto de tu gran diamante...
Pero en su noche grávida de mármoles,
en la raíz del árbol, vago pueblo
ha asumido tu causa lentamente.

En una densa ausencia se han disuelto,
roja arcilla absorbió la blanca especie,
¡la gracia de vivir pasó a las flores!
¿Dónde del muerto frases familiares,
el arte personal, el alma propia?
En la fuente del llanto larvas hilan.

Agudo gritos de exaltadas jóvenes,
ojos, dientes, humedecidos párpados,
el hechicero seno que se arriesga,
la sangre viva en labios que se rinden,
los dedos que defienden dones últimos,
¡va todo bajo tierra y entra al juego!

Y tú, gran alma, ¿un sueño acaso esperas
libre ya de colores del engaño
que al ojo camal fingen onda y oro?
¿Cuando seas vapor tendrás el canto?
¡Ve! ¡Todo huye! Mi presencia es porosa, ¡
la sagrada impaciencia también muere!

¡Magra inmortalidad negra y dorada,
consoladora de horroroso lauro
que matemal seno haces de la muerte,
el bello engaño y la piadosa argucia!
¡Quién no conoce, quién no los rechaza,
al hueco cráneo y a la risa eterna!

Deshabitadas testas, hondos padres,
que bajo el peso de tantas paladas,
sois la tierra y mezcláis nuestras pisadas,
el roedor gusano irrebatible
para vosotros no es que bajo tablas
dormís, ¡de vida vive y no me deja!

¿Amor quizás u odio de mí mismo?
¡Tan cerca tengo su secreto diente
que cualquier nombre puede convenirle!
¡Qué importa! ¡Mira, quiere, piensa, toca!
¡Agrádale mi carne, aun en mi lecho,
de este viviente vivo de ser suyo!

¡Zenón! ¡Cruel Zenón! ¡Zenón de Elea!
¡Me has traspasado con tu flecha alada
que vibra, vuela y no obstante no vuela!
¡Su son me engendra y mátame la flecha!
¡Ah! el sol... ¡Y qué sombra de tortuga
para el alma, veloz y quieto Aquiles!

¡No! ¡No!... ¡De pie! ¡En la era sucesiva!
¡Cuerpo mío, esta forma absorta quiebra!
¡Pecho mío, el naciente viento bebe!
Una frescura que la mar exhala,
ríndeme el alma... ¡Oh vigor salado!
¡Ganemos la onda en rebotar viviente!

¡Sí! Inmenso mar dotado de delirios,
piel de pantera, clámide horadada
por los mil y mil ídolos solares,
hidra absoluta, ebria de carne azul,
que te muerdes la cola destellante
en un tumulto símil al silencio.

¡Se alza el viento!... ¡Tratemos de vivir!
¡Cierra y abre mi libro el aire inmenso,
brota audaz la ola en polvo de las rocas!
¡Volad páginas todas deslumbradas!
¡Olas, romped con vuestra agua gozosa
calmo techo que foques merodean!

Versión de Javier Sologuren

Libellés :

posted by Alfil @ 8:35 PM   1 comments
Paul Valéry -Cantique de colonnes-
Cantique des colonnes
Paul Valéry (1871-1945)

(...)
Filles des nombres d’or,
Fortes des lois du ciel
Sur nous tombe et s’endort
Un dieu couleur de miel.

Il dort content, le Jour,
Que chaque jour offrons
Sur la table d’amour
Etale sur nos fronts.

Sous nos mêmes amours
Plus lourdes que le monde
Nous traversons les jours
Comme une pierre l’onde !

Nous marchons dans le temps
Et nos corps éclatants
Ont des pas ineffables
Qui marquent dans les fables…



Cántico de las columnas

(...)
Somos hijas de la proporción, de la armonía,
y somos fuertes por las leyes del cielo.
Sobre nosotras desciende y duerme
un dios color de miel:
feliz duerme aquí el Día…

Incorruptibles hermanas,
casi ardiendo, casi frescas,
para bailar elegimos
brisa y hojas secas
y los siglos de diez en diez
y los pueblos del pasado…

Caminamos en el tiempo
y nuestros cuerpos radiantes
avanzan a un paso que no se siente.

Libellés :

posted by Alfil @ 5:59 PM   0 comments
Paul Valéry -Le rameur-
Le rameur
Paul Valéry (1871-1945)


à André Lebey

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M'arrachent à regret aux riants environs;
Ame aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le coeur dur, l'oeil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d'onde,
Je veux à larges coups rompre l'illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l'accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n'ont
Tant souffert d'un rebelle essayant sa défense:
Mais, comme les soleils m'ont tiré de l'enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d'argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie;
Rien plus aveuglément n'use l'antique joie
Qu'un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l'eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu'ils écrasent d'ennui,
Mais dont l'os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L'âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m'enfonce au mépris de tant d'azur oiseux.


El remero

Entregado a un gran río, mi bogar incesante
Me arranca con dolor del entorno risueño:
Alma de manos graves, colmadas por los remos,
Debe el cielo ceder al son de lentas láminas.

Duro, lejos los ojos de las gracias que bato,
Dejando en torno a mí crecer círculos de onda,
Quiero con largos golpes romper el mundo ilustre
De follaje y de fuego que celebro en voz baja.

Arboles que atravieso, ancho reflejo ingenuo,
Agua pintada de hojas, y paz de lo cumplido,
Barca mía, desgárralos, somételos a un pliegue
Que del sosiego corra a abolir la memoria.

Nunca, encantos del día, nunca sufristeis tanto
Por causa de un rebelde que intenta defenderse:
Pero, como los soles me quitaron la infancia,
Navego hacia la fuente donde hasta un nombre cesa.

Toda la ninfa, en vano, persistente y enorme,
Prende con brazos puros mis miembros fatigados;
Romperé poco apoco mil hzadas de hielo
Y las barbas de plata de su fuerza desnuda.

Este ruido secreto del agua, extrañamente,
Pone a mis días de oro una venda de seda;
Nadie más ciegamente mella el antiguo gozo
Que un ruido de huida igual y de nula mudanza.

Bajo puentes de anillo, me lleva el agua honda,
Bóvedas llenas de aire, de murmullo y de noche,
Corren sobre una frente que fulminan de tedio,
Mas cuyo hueso altivo dura más que su puerta.

Es muy larga su noche. Bajo ellos cierra el alma
Sus soles sensitivos y sus rápidos párpados,
Cuando, a través del gesto que me viste de piedras,
Me sumerjo a pesar de tanto azul ocioso.

Versión de Andrés Sánchez Robayna

Libellés :

posted by Alfil @ 5:55 PM   0 comments
Paul Valéry -Poesie-
Poesie
Paul Valéry (1871-1945)

Par la surprise saisie,
Une bouche qui buvait
Au sein de la Poésie
En sépare son duvet:

- O ma mère Intelligence,
De qui la douceur coulait,
Quelle est cette négligence
Qui laisse tarir son lait!

A peine sur ta poitrine,
Accablé de blancs liens,
Me berçait l'onde marine
De ton cœur chargé de biens;

A peine, dans ton ciel sombre,
Abattu sur ta beauté,
Je sentais, à boire l'ombre,
M'envahir une clarté!

Dieu perdu dans son essence,
Et délicieusement
Docile à la connaissance
Du suprême apaisement,

Je touchais à la nuit pure,
Je ne savais plus mourir,
Car un fleuve sans coupure
Me semblait me parcourir...

Dis, par quelle crainte vaine,
Par quelle ombre de dépit,
Cette merveilleuse veine
A mes lèvres se rompit?

O rigueur, tu m'es un signe
Qu'à mon âme je déplus!
Le silence au vol de cygne
Entre nous ne règne plus !

Immortelle, ta paupière
Me refuse mes trésors,
Et la chair s'est faite pierre
Qui fut tendre sous mon Corps!

Des deux même tu me sèvres,
Par quel injuste retour?
Que seras-tu sans mes lèvres?
Que serai-je sans amour? -

Mais la Source suspendue
Lui répond sans dureté:
- Si fort vous m'avez mordue
Que mon cœur s'est arrêté !


Poesía

Con sorpresa y emoción,
una boca que bebía
del seno de la Poesía
dijo, apartando el plumón:

¡Oh mi madre Inteligencia
de quien el dulzor fluyó!
¿Cuál extraña negligencia
ahora tu seno secó?

Sobre tu pecho divino
apenas ponía mi sien,
sentía el mecer marino
de tu corazón de bien;

recién, en la obscura niebla
que bajó hasta tu beldad,
sentía, al beber tiniebla
llenarme de claridad.

Dios diluído en tu esencia,
Lleno de felicidad
y dócil a la conciencia
De la gran tranquilidad,

Alcancé la noche pura
y olvidéme del no ser,
pues, un río de ventura
por mí parecía correr...

¿Qué escrúpulo temeroso,
qué despecho te asaltó,
que tu fluir milagroso
en mis labios se cortó?

¡Oh rigor! Yo bien recelo
que tu alma se ofendió
el silencio, cisne en vuelo,
ya no reina entre tú y yo.

¡Oh Inmortal! Ya no me informa
de tesoros tu mirar
y se hizo piedra la forma
que yo sentí palpitar

Me han privado tus agravios
hasta del cielo el claror.
¿Qué serás tú sin mis labios?
¿Qué seré yo sin tu amor?

Pero la fuente ya inerte
Le respondió sin pasión:
-¡Ay, me has mordido muy fuerte!
No late mi corazón.

Versión de Edmundo Bianchi

Libellés :

posted by Alfil @ 5:47 PM   0 comments
Paul Verlaine -Balanide-
dimanche, mai 16, 2004
Balanide
Paul Verlaine (1844-1896)

I
C'est un plus petit cœur
Avec la pointe en l'air;
Symbole doux et fier
C'est un plus tendre cœur.

Il verse ah! que de pleurs
Corrosifs plus que feu
Prolongés mieux qu'adieu,
Blancs comme blanches fleurs!
(...)


II
Gland, point suprême de l'être
De mon maître,
De mon amant adoré
Qu'accueille avec joie et crainte,
Ton étreinte
Mon heureux cul, perforé

Tant et tant par ce gros membre
Qui se cambre,
Se gonfle et, tout glorieux
De ses hauts faits et prouesses,
Dans les fesses
Fonce en élans furieux.-

Nourricier de ma fressure,
Source sûre
Où ma bouche aussi suça,
Gland, ma grande friandise,
Quoi qu'en dise
Quelque fausse honte, or, çà,

Gland, mes délices, viens, dresse
Ta caresse
De chaud satin violet
Qui dans ma main se harnache
En panache
Soudain d'opale et de lait

Ce n'est que pour une douce
Sur le pouce
Que je t'invoque aujourd'hui
Mais quoi ton ardeur se fâche…
O moi lâche!
Va, tout à toi, tout à lui,

Ton caprice, règle unique
Je rapplique
Pour la bouche et pour le cu
Les voici tout prêts, en selle,
D'humeur telle
Qui te faut, maître invaincu.

Puis, gland, nectar et dictame
De mon âme,
Rentre en ton prépuce, lent
Comme un dieu dans son nuage,
Mon hommage
T'y suit, fidèle - et galant.


Balánida

I
Es un corazón pequeño,
la punta al aire:
símbolo orgulloso y dulce
del corazón más tierno.

Lágrimas derrama
corrosivas como brasas
en prolongados adioses
de flores blancas.
(...)

II
Glande, punto supremo
del ser
del amado.
Con temor, con alegría
reciba tu acometida
mi trasero perforado

por tu macizo instrumento
que se inflama victorioso
de sus hechos y proezas
y entre redondeces se hunde
con sus ímpetus alevosos.

Nodrizo de mis entrañas,
fuente segura
donde mi boca se abreva,
glande, mi golosina o bien
sin falsos pudores,

glande delicioso ven
revestido
de cálido satín violeta
que mi mano se enjaeza
con un súbito penacho
de ópalo y leche.

Es sólo para una paja
apresurada que hoy te invoco.
Pero, ¿qué pasa? ¿Tu ardor se impacienta?
¡Oh, flojo de mí!

A tu capricho, regla única
respondo
por la boca o por el culo,
ambos listos y ensillados
y a tu disposición
maestro invicto.

Después, néctar y pócima
de mi alma, ¡oh glande!,
vuelve a tu prepucio, lento
como un dios a su nube.
Mi homenaje te acompaña
fiel y galante.

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Paul Verlaine -Il bacio-
Il bacio
Paul Verlaine (1844-1896)

Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Des doux refrains qu'Amour chante en les cœurs ardents
Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses !

Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser !
Volupté nonpareille, ivresse inénarrable !
Salut ! l'homme, penché sur ta coupe adorable,
S'y grise d'un bonheur qu'il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Expire avec la moue en ton pli purpurin...
Qu'un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique.

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines :
Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
D'Une que je connais, Baiser, descends, et ris.


Il bacio

¡Beso! ¡malvarrosa del jardín de las caricias,
vivo acompañamiento en el teclado de los dientes,
dulces canciones que Amor entona en los corazones ardientes
con su voz de arcángel de languideces encantadoras!

¡Sonoro y gracioso Beso, divino Beso!
¡Voluptuosidad sin rival, embriaguez inenarrable!
¡Salud! El hombre inclinado sobre tu copa adorable,
se embriaga de una dicha que no sabe agotar.

Como el vino del Rhin, y como la música,
Tú consuelas y meces, y la pena
Expira con el gesto en tu pliegue purpurino...
Que otro más grande, Goethe o Will, te dirija un verso clásico.

Yo no puedo, mezquino trovador de París,
Ofrecerte más que este ramillete de infantiles estrofas:
Sé benigno y, como premio, sobre los labios amotinados
De Una que conozco, Beso, desciende y ríe.

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Paul Verlaine -Le faune-
Le faune
Paul Verlaine (1844-1896)

Un vieux faune de terre cuite
Rit au centre des boulingrins,
Présageant sans doute une suite
Mauvaise à ces instants sereins

Qui m'ont conduit et t'ont conduite,
Mélancoliques pèlerins,
Jusqu'à cette heure dont la fuite
Tournoie au son des tambourins.


El fauno

Un viejo fauno de terracota
Ríe en medio del parterre,
Presagiando sin duda una continuación
Mala a estos instantes serenos

que me han llevado y te han llevado
-melancólicos peregrinos-,
hasta esta hora que se fuga
girando al son de los tamboriles

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Paul Verlaine -Nuit du Walpurgis clásica-
Nuit du Walpurgis classique
Paul Verlaine (1844-1896)


C’est plutôt le sabbat du second Faust que l’autre.
Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement
Rhythmique.—Imaginez un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.

Des ronds-points; au milieu, des jets d’eau; des allées
Toutes droites; sylvains de marbre; dieux marins
De bronze; çà et là, des Vénus étalées;
Des quinconces, des boulingrins;

Des châtaigniers; des plants de fleurs formant la dune;
Ici, des rosiers nains qu’un goût docte effila;
Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune
D’un soir d’été sur tout cela.

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique
Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air
De chasse: tel, doux, lent, sourd et mélancolique,
L’air de chasse de Tannhauser.

Des chants voilés de cors lointains où la tendresse
Des sens étreint l’effroi de l’âme en des accords
Harmonieusement dissonnants dans l’ivresse;
Et voici qu’à l’appel des cors

S’entrelacent soudain des formes toutes blanches,
Diaphanes, et que le clair de lune fait
Opalines parmi l’ombre verte des branches,
—Un Watteau rêvé par Raffet!—

S’entrelacent parmi l’ombre verte des arbres
D’un geste alangui, plein d’un désespoir profond;
Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres
Très lentement dansent en rond.

—Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée
Du poète ivre, ou son regret, ou son remords,
Ces spectres agités en tourbe cadencée,
Ou bien tout simplement des morts?

Sont-ce donc ton remords, ô rèvasseur qu’invite
L’horreur, ou ton regret, ou ta pensée,—hein?—tous
Ces spectres qu’un vertige irrésistible agite,
Ou bien des morts qui seraient fous?—

N’importe! ils vont toujours, les fébriles fantômes,
Menant leur ronde vaste et morne et tressautant
Comme dans un rayon de soleil des atomes,
Et s’évaporent à l’instant

Humide et blême où l’aube éteint l’un après l’autre
Les cors, en sorte qu’il ne reste absolument
Plus rien—absolument—qu’un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.


Noche de Walpurgis clásica

Era más bien el sabbat del segundo Fausto,
Un rítmico sabbat, rítmico, extremadamente
Rítmico. Imaginaos un jardín de Lenôtre,
Correcto, ridículo y encantador.

Unas rotondas; en el centro, los surtidores; unas avenidas
Muy rectas, silvanos de mármol, dioses marinos
De bronce, aquí y allá, unas Venus expuestas;
Unos tres bolillos, unos arriates;

Castaños, plantíos de flores formando dunas;
Aquí, unos rosales enanos que un docto gusto alinea;
Más allá, unos tejos tallados en triángulos. La luna
De una noche de verano sobre todo esto.

Suena la medianoche y despierta en el fondo del parque áulico
Una aire melancólico, un sordo, lento y dulce aire
De caza, tan dulce, lento, sordo y melancólico
Como el aire de caza de Tannhauser

Cantos velados de lejanos cuernos de caza, donde la ternura
De los sentidos abraza el espanto del alma de los acordes
Armoniosamente disonantes de la embriaguez;
Y ya la llamada de las trompas

se entrelaza de repente a unas formas muy blancas,
diáfanas, y que el claro de luna las hace
opalinas entre la sombra verde de las ramas:
-¡Un Watteau soñado por Raffet!-

Se entrelazan entre las sombras verdes de los árboles
Con un gesto de decaído, lleno de profunda desesperación;
Luego, alrededor de los macizos, de los bronces y de los mármoles,
Muy lentamente bailan un corro.

Estos espectros agitados, ¿son pues el pensamiento
Del poeta ebrio o son su lamento, o su remordimiento,
Esos espectros agitados en turba cadencia,
O, simplemente, no son más que muertos?

¿Son tus remordimientos, oh desvarío que invita
al horror, son tu lamento o tu pensamiento, todos
esos espectros que un vértigo irresistible agita,
o son sólo muertos que estuvieron locos?

¡No importa van siempre, los febriles fantasmas,
llevando su ronda grande y triste, a trompicones,
como en un rayo de sol los átomos,
y evaporándose al instante.

Húmeda y pálida, el alba silencia una tras otra
Las trompas, de tal modo que no queda absolutamente
Nada –absolutamente – más que un jardín de Lenôtre,
Correcto, ridículo y encantador

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Paul Verlaine -Mille et tre-
Mille et tre
Paul Verlaine (1844-1896)

Mes amants n'appartiennent pas aux classes riches :
Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,
Leurs quinze, leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches
De force assez brutale et de procédés gros.

Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;
Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,
Mémoire, pieds, coeur, dos et l'oreille et le nez
Et la fressure, tout, gueule une ritournelle,

Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.
Un chahut, une ritournelle, fol et folle,
Et plutôt divins qu'infernals, plus infernals
Que divins, à m'y perdre, et j'y nage et j'y vole,

Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals
Mes deux Charles: l'un, jeune tigre aux yeux de chatte,
Sorte d'enfant de choeur grandissant en soudard ;
L'autre, fier gaillard, bel effronté que n'épate

Que ma pente vertigineuse vers son dard.
Odilon, un gamin, mais monté comme un homme,
Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils
Mieux encor, mais pas plus que de son reste en somme

Adorable drûment, mais ses pieds sans pareils !
Caresseurs, satin frais, délicates phalanges
Sous les plantes, autour des chevilles et sur
La cambrure veineuse et ces baisers étranges

Si doux, de quatre pieds ayant une âme, sûr !
Antoine, encor proverbial quant à la queue,
Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,
Taraudant tout mon coeur de sa prunelle bleue,

Et tout mon cul de son épouvantable épieu ;
Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes,
Poitrine blanche aux durs boutons sucés ainsi
Que le bon bout. Francois. souple comme des gerbes :

ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi !
Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle
(Il était bien joli quand ça nous arriva) ;
Jules, un peu putain avec sa beauté pâle ;
Henri, miraculeux conscrit qui, las ! s'en va ;

Et vous tous, à la file ou confondus, en bande
Ou seuls, vision si nette des jours passés,
Passions du présent, futur qui croît et bande,
Chéris sans nombre qui n'êtes jamais assez !


Mille et tre

Mis amantes no pertenecen a las clases ricas,
son obreros de barrio o peones de campo;
nada afectados, sus quince o sus veinte años
traslucen a menudo fuerza brutal y tosquedad.

Me gusta verlos en ropa de trabajo, delantal o camisa.
No huelen a rosas, pero florecen de salud
pura y simple. Torpes de movimientos, caminan sin embargo
de prisa, con juvenil y grave elasticidad.

Sus ojos francos y astutos crepitan de malicia
cordial, y frases ingenuamente pícaras,
a veces sazonadas de palabrotas, salen
de sus bocas dispuestas a los sólidos besos.

Sus sexos vigorosos y sus nalgas joviales
regocijan la noche y mi verga y mi culo,
a la tenue luz del alba sus cuerpos resucitan
mi cansado deseo, jamás vencido.

Muslos, alma, manos, todo mi ser entremezclado,
memoria, pies, corazón, espalda y las orejas,
y la nariz y las entrañas, todo me aturde y gira:
confusa algarabía entre sus brazos apasionados.

Un ritornelo, una algarabía, loco y loca,
más bien divino que infernal, más infernal
que divino para mi perdición, y allí nado y vuelo
en sus sudores y sus alientos como en un baile.

Mis dos Carlos; el uno, joven tigre de ojos de gata,
suerte de monaguillo que al crecer se embrutece.
El otro, galán recio con cara de enojado, me asusta
sólo cuando me precipita hacia su dardo.

Odilón, casi un niño y armado como un hombre,
sus pies aman los míos enamorados de sus dedos
mucho más, aunque no tanto del resto suyo
vivamente adorable... pero sus pies sin parangón,

frescura satinada, tiernas falanges, suavidad
acariciadora bajo las plantas, alrededor de los tobillos
y sobre la curvatura del empeine venoso, y esos besos
extraños y tan dulces: ¡cuatro pies y una sola alma, lo aseguro!

Armando, todavía proverbial por su pija,
él solo mi monarca triunfal, mi dios supremo
estremeciéndose el corazón con sus claras pupilas
y todo mi culo con su pavoroso barreno.

Pablo, un rubio atleta de pectorales poderosos,
pecho blanco y duras tetillas tan chupadas
como lo de abajo; Francisco, liviano cual gavilla,
piernas de bailarín y buen florín también.

Augusto, que se vuelve cada día más macho
(era bastante chico cuando empezó lo nuestro),
Julio, con su belleza pálida de puta,
Enrique que me cae perfecto y que pronto,
¡ay! se incorpora al ejército.

Vosotros todos, en fila o en bandada,
o solos, sois la diáfana imagen de mis días pasados,
pasiones del presente y futuro en plenitud erguido:
incontables amantes ¡nunca sois demasiados!

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posted by Alfil @ 10:47 AM   0 comments
Paul Verlaine -Monte sur moi...-
Monte sur moi...
Paul Verlaine (1844-1896)

Monte sur moi comme une femme
Que je baiserais en gamin
Là, c’est cela. T’es à ma main?
Tandis que mon vit t’entre, lame

Dans du beurre, du moins ainsi
Je puis te baiser sur la bouche,
Te faire une langue farouche
Et cochonne et si douce, aussi!

Je vois tes yeux auxquels je plonge
Les miens jusqu’au fond de ton coeur
D’où mon désir revient vainqueur
Dans une luxure de songe.

Je caresse le dos nerveux,
Les flancs ardents et frais, la nuque,
La double mignonne perruque
Des aisselles et les cheveux !

Ton cul à cheval sur mes cuisses
Les pénètre de son doux poids
Pendant que s’ébat mon lourdois
Aux fins que tu te réjouisses,

Et tu te réjouis, petit,
Car voici que ta belle gourde
Jalouse aussi d’avoir son rôle,
Vite, vite, gonfle, grandit,

Raidit... Ciel ! la goutte, la perle
Avant-courrière vient briller
Au méat rose : l’avaler,
Moi, je le dois, puisque déferle

Le mien de flux, or c’est mon lot
De faire tôt d’avoir aux lèvres
Ton gland chéri tout lourd de fièvres
Qu’il décharge en un royal flot.

Lait suprême, divin phosphore
Sentant bon la fleur d’amandier,
Où vient l’âpre soif mendier,
La soif de toi qui me dévore

Mais il va, riche et généreux,
Le don de ton adolescence,
Communiant de ton essence,
Tout mon être ivre d’être heureux.


Monta sobre mí...

Monta sobre mí como una mujer,
lo haremos a "la jineta".
Bien: ¿estás cómodo?... Así
mientras te penetro -daga

en la manteca- al menos
puedo besarte en la boca,
darte salvajes besos de lengua
sucios y a la vez tan dulces.

Veo tus ojos en los que sumerjo
los míos hasta el fondo de tu corazón:
allí renace mi deseo vencedor
en su lujuria de sueños.

Acaricio la espalda nerviosa,
los flancos ardientes y frescos,
la doble y graciosa peluquita
de los sobacos, y los cabellos.

Tu culo sobre mis muslos
lo penetran con su dulce peso
mientras mi potro se desboca
para que alcances el goce.

Y tú disfrutas, chiquito,
pues veo que tu picha entumecida,
celosa por jugar su papel
apurada, apurada se infla, crece,

se endurece. ¡Cielo!, la gota, la perla
anticipadora acaba de brillar
en el orificio rosa: tragarla,
debo hacerlo pues ya estalla

a la par de mi propio flujo. Es mi precio
poner cuanto antes tu glande
pesado y febril entre mis labios,
y que descargue allí su real marea.

Leche suprema, fosfórica y divina,
fragante flor de almendros
donde una ácida sed mendiga
esa otra sed de ti que me devora.

Rico y generoso, prodigas
el don de tu adolescencia,
y comulgando con tu esencia
mi ser se embriaga de felicidad.

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posted by Alfil @ 10:39 AM   0 comments
Paul Verlaine -Le foyer, la lueur étroite de la lampe...-
Le foyer, la lueur étroite de la lampe...

Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;
La rêverie avec le doigt contre la tempe
Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;
L'heure du thé fumant et des livres fermés ;
La douceur de sentir la fin de la soirée ;
La fatigue charmante et l'attente adorée ;
De l'ombre nuptiale et de la douce nuit,
Oh ! tout cela, mon rêve attendri le poursuit
Sans relâche, à travers toutes remises vaines,
Impatient mes mois, furieux des semaines !


El hogar y la lámpara de resplandor pequeño...

El hogar y la lámpara de resplandor pequeño;
la frente entre las manos en busca del ensueño;
y los ojos perdidos en los ojos amados;
la hora del té humeante y los libros cerrados;
el dulzor de sentir fenecer la velada,
la adorable fatiga y la espera adorada
de la sombra nupcial y el ensueño amoroso.
¡Oh! ¡Todo esto, mi ensueño lo ha perseguido ansioso,
sin descanso, a través de mil demoras vanas,
impaciente de meses, furioso de semanas!

Versión de Luis Garnier

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posted by Alfil @ 10:37 AM   0 comments
Paul Verlaine -Tu crois au marc de café...-
Tu crois au marc de café...
Paul Verlaine (1844-1896)

Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu'en tes grands yeux.

Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes.
Moi je ne crois qu'en tes mensonges.

Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.

Je ne crois qu'aux heures bleues
Et roses que tu m'épanches
Dans la volupté des nuits blanches !

Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je crois
Que je ne vis plus que pour toi.


Tú crees en el ron del café...

Tú crees en el ron del café,
en los presagios, y crees en el juego;
yo no creo más que en tus ojos azulados.

Tú crees en los cuentos de hadas,
en los díasnefastos y en los sueños;
yo creo solamente en tus bellas mentiras.

Tú crees en un vago y quimérico Dios,
o en un santo especial,
y, para curar males, en alguna oración.

Mas yo creo en las horas azules
y rosadasque tú a mí me procuras
y en voluptuosidades de hermosas noches blancas.

Y tan profunda es mi fe
y tanto eres para mí,
que yo no vivo más que para ti.

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posted by Alfil @ 9:43 AM   0 comments
Paul Verlaine -Résignation-
Résignation
Paul Verlaine (1844-1896)

Tout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor,
Somptuosité persane et papale
Héliogabale et Sardanapale !

Mon désir créait sous des toits en or,
Parmi les parfums, au son des musiques,
Des harems sans fin, paradis physiques !

Aujourd'hui, plus calme et non moins ardent,
Mais sachant la vie et qu'il faut qu'on plie,
J'ai dû refréner ma belle folie,
Sans me résigner par trop cependant.

Soit ! le grandiose échappe à ma dent,
Mais, fi de l'aimable et fi de la lie !
Et je hais toujours la femme jolie,
La rime assonante et l'ami prudent.


Resignación

¡Muy niño iba soñando en Ko-Hinnor,
Suntuosidad persa y papal,
Heliogábalo Y Sardanápalo!

¡Mi deseo creaba bajo los techos de oro,
entre los perfumes, al son de las músicas,
Uno harenes sin fin, paraísos físicos!

Hoy, más sosegado y no menos ardiente,
Pero conociendo la vida y la necesidad de doblegarse
He debido refrenar mi bella locura,
Sin resignarme demasiado, sin embargo,

¡Sea! lo grandioso escapa a mis dientes,
pero, ¡quita allá lo amable y quita las heces!
Siempre he odiado a la mujer bonita,
A la rima asonante y al amigo prudente.

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posted by Alfil @ 9:40 AM   0 comments
Paul Verlaine -Soleils couchants-
Soleils couchants
Paul Verlaine (1844-1896)

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.


Soles ponientes

Un alba debilitada
Derramada por los campos
La melancolía
De los soles ponientes.
La melancolía
Acuna con dulces cantos
Mi corazón que se olvida
De los soles ponientes.
Y los extraños sueños,
Como unos soles
Ponientes sobre las playas,
Fantasmas encarnados,
Desfilan sin tregua,
Desfilan, semejantes,
A los grandes soles,
Ponientes sobre las playas.

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posted by Alfil @ 9:37 AM   0 comments
Paul Verlaine -Même quand tu ne bandes pas-
Même quand tu ne bandes pas...
Paul Verlaine (1844-1896)

Même quand tu ne bandes pas,
Ta queue encor fait mes délices
Qui pend, blanc d'or entre tes cuisses,
Sur tes roustons, sombres appas.

- Couilles de mon amant, sœur fières
A la riche peau de chagrin
D'un brun et rose et purpurin,
Couilles farceuses et guerrières,

Et dont la gauche balle un peu,
Tout petit peu plus que l'autre
D'un air roublard et bon apôtre
A quelles donc fins, nom de Dieu?-

Elle est dodue, ta quéquette
Et velouté, du pubis
Au prépuce fermant le pis,
Aux trois quarts d'une rose crête.

Elle se renfle un brin au bout
Et dessine sous la peau douce
Le gland gros comme un demi-pouce
Montrant ses lèvres justes au bout

Après que je l'aurai baisée
En tout amour reconnaissant,
Laisse ma main la caressant,
La saisir d'une prise osée,

Pour soudain la décalotter,
En sorte que, violet tendre,
Le gland joyeux, sans plus attendre,
Splendidement vient éclater;

Et puis elle, en bonne bougresse
Accélère le mouvement
Et Jean-nu-tête en un moment
De se remettre à la redresse.

Tu bandes! c'est ce que voulaient
Ma bouche et mon cul!/con
Une simple douce, peut-être?
C'est ce que mes dix doigts voulaient.

Cependant le vit, mon idole,
Tend pour le rite et pour le cul
-Te, à mes mains, ma bouche et mon cul
Sa forme adorable d'idole.


Aunque no esté parada...

Aunque no esté parada
lo mismo me deleita tu pija
que cuelga -oro pálido- entre tus muslos
y sobre tus huevos, esplendores sombríos,

semejantes a fieles hermanos
de piel áspera, matizada
de marrón, rosado y purpurino:
tus mellizos burlones y aguerridos

de los cuales el izquierdo, algo suelto,
es más pequeño que el otro,
y adopta un aire simulador,
nunca sabré por qué motivo.

Es gorda tu picha y aterciopelada
del pubis al prepucio
que en su prisión encierra
la mayor parte de su cresta rosada.

Si se infla levemente, en su extremo
grueso como medio pulgar el glande se dibuja
bajo la delicada piel, y allí
muestra sus labios.

Una vez que la haya besado
con amoroso reconocimiento,
deja mi mano acariciarla,
sujetarla, y de pronto

con osada premura descabezarla
para que de ese modo -tierna violeta-
el lujoso glande, sin esperar ya más,
resplandezca magnífico;

y que luego, descontrolada,
la mano acelere el movimiento
hasta que al fin el "peladito"
se incorpore muy rígido.

Ya está erguido, eso anhelaba
¿mi culo o concha? Elige dueño mío.
¿Quizás una simple paja?
Eso era lo que mis dedos querían...

Sin embargo, la sacrosanta pija
dispone de mis manos, mi boca y mi culo
para el ritual y el culto
a su forma adorable de ídolo.

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posted by Alfil @ 9:31 AM   0 comments
Paul Verlaine -Autant certes la femme gagne...-
Autant certes la femme gagne...
Paul Verlaine (1844-1896)

Autant certes la femme gagne
A faire l'amour en chemise,
Autant alors cette compagne
Est-elle seulement de mise

A la condition expresse
D'un voile, court, délinéant
Cuisse et mollet, téton et fesse
Et leur truc un peu trop géant.

Ne s'écartant de sorte nette,
Qu'en faveur du con, seul divin,
Pour le coup et pour la minette,
Et tout le reste, en elle est vain

A bien considérer les choses,
Ce manque de proportions,
Ces effets trop blancs et trop roses…
Faudrait que nous en convinssions,

Autant le jeune homme profite
Dans l'intérêt de sa beauté,
Prêtre d'Eros ou néophyte
D'aimer en toute nudité.

Admirons cette chair splendide,
Comme intelligente, vibrant,
Intrépide et comme timide
Et, par un privilège grand

Sur toute chair, la féminine
Et la bestiale - vrai beau!-
Cette grâce qui fascine
D'être multiple sous la peau

Jeu de muscles et du squelette,
Pulpe ferme, souple tissu,
Elle interprète, elle complète
Tout sentiment soudain conçu.

Elle se bande en la colère,
Et raide et molle tour à tour,
Souci de se plaire et de plaire,
Se tend et détend dans l'amour.

Et quand la mort la frappera
Cette chair qui me fut un dieu,
Comme auguste, elle fixera
Ses éléments, en marbre bleu!


Por cierto la mujer gana

Por cierto la mujer gana
haciendo el amor semidesnuda,
y mucho más si el camisón
que lleva por único atuendo

tiene la expresa función
de un velo corto, insinuando
muslo y pantorrilla, teta y nalga
y la vulva, un tanto gigantesca.

Gana sin descubrirse del todo,
salvo la concha, lo único divino
para el coito o la mineta,
y lo demás en ella es vano.

Considerando así la cosa,
esa falta de proporciones,
esos blancos y rosas excesivos
podrían llegar a convencernos.

En cambio, un hombre joven,
sacerdote de Eros o neófito,
se ve favorecido en su belleza
cuando ama totalmente desnudo.

Admiremos esa carne espléndida
que se diría inteligente, vibrante,
intrépida y también tímida
y, por un gran privilegio

sobre toda carne –femenina
o bestial- la verdadera belleza,
la fascinante gracia
de ser múltiple bajo la piel,

juego de músculo y de huesos,
pulpa apretada, suave tejido,
ella interpreta y hasta completa
toda ocurrencia sentimental.

Colérica, se excita,
y alternativamente dura y blanda,
preocupada en gozar hacer gozar
se tensa y distiende en el amor.

Y cuando sea tocada por la muerte,
esa carne que yo endiosé
habrá de fijar augusta
sus elementos en mármol azul.

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posted by Alfil @ 9:24 AM   0 comments
Paul Verlaine -Puisque l'aube grandit...-
Puisque l'aube grandit...
Paul Verlaine (1844-1896)

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fuit longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien.

C'en est fait à présent des funestes pensées,
C'en est fait des mauvais rêves, ah! c'en est fait
Surtout de l'ironie et des lèvres pincées
Et des mots où l'esprit sans l'âme triomphait.

Arrière ausi les poings crispés et la colère
A propos des méchants et des sots rencontrés;
Arrière la rancune abominable! arrière
L'oubli qu'on cherche en des breuvages exécrés!

Car je veux, maintenat qu'un Être de lumière
A dans ma nuit profonde émis cette clarté
D'une amour à la fois immortelle et première,
De par la grâce, le sourire et la bonté,

Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin;

Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
Vers le but où le sort dirigera mes pas,
Sans violence, sans remords et sans envie:
Ce sera le devoir heureux aux gais combats.

Et comme, pour bercer les lenteurs de la route
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.


Ya que el alba crece...

Ya que el alba crece, ya que está aquí la aurora,
Puesto que, después de haberme rehuido tanto tiempo, la esperanza quiere bien
Volar de nuevo hacia mí que la llamo y la imploro,
Puesto que toda esta felicidad quiere de veras ser la mía,

Se hacen ahora funestos pensamientos,
Se hacen malos sueños, ay, y se hacen
Sobre todo ironía y labios afectados
Y unas palabras donde el espíritu sin alma triunfa.

Atrás también los puños crispados y la cólera
Contra los malvados y los tontos encontrados;
Atrás el rencor abominable, ¡Atrás
El olvido que se busca en unos brebajes execrados!

Porque yo quiero ahora que un Ser de luz
Ha emitido en mi noche profunda esta claridad
De un amor a la vez inmortal y primero,
Por gracia de la sonrisa y la belleza,

Quiero, guiado, por vos, bellos ojos de llamas dulces,
Por ti conducido, oh mano donde temblará mi mano,
Marchar recto, ya sea por senderos de musgos
O entre rocas y guijarros entorpeciendo el camino;

Sí, quiero marchar derecho y calmo en la Vida,
Hacia el objeto donde la suerte lleve mis pasos,
Sin violencia, sin remordimientos y sin envidia:
Éste será el deber feliz de los alegres combates.

Y como, para acunar las lentitudes del camino
Cantaré unos aires ingenuos, me digo
Que ella me escuchará sin desagrado, sin duda.
Verdaderamente, no quiero otro Paraíso.

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Paul Verlaine -Les indolentes-
Les indolents
Paul Verlaine (1844-1896)

Bah ! malgré les destins jaloux,
Mourons ensemble, voulez-vous ?
- La proposition est rare.

- Le rare est le bon. Donc mourons
Comme dans les Décamérons.
- Hi ! hi ! hi ! quel amant bizarre !

- Bizarre, je ne sais. Amant
Irréprochable, assurément.
Si vous voulez, mourons ensemble ?

- Monsieur, vous raillez mieux encor
Que vous n'aimez, et parlez d'or;
Mais taisons-nous, si bon vous semble !

Si bien que ce soir-là Tircis
Et Dorimène, à deux assis
Non loin de deux sylvains hilares,

Eurent l'inexpiable tort
D'ajourner une exquise mort.
Hi! hi! hi! les amants bizarres !


Los indolentes

¡Bah! pese a los destinos celosos,
muramos juntos, ¿Quiere usted?
-La proposición es rara.

-Lo raro es lo bueno. Así, pues, muramos
como en los Decamerones.
-Ja, ja, ja. ¡qué extraño amante!

-Extraño, no lo sé. Amante
irreprochable, seguramente
¿No quiere usted que muramos juntos?

-Señor usted bromea mejor todavía
de lo que usted me ama, hablando en plata;
pero callémonos, si le parece bien.

Tan bien que esta tarde, Tircis
Y Dorimena, las dos sentadas
No lejos de los silvanos rientes,

cometieron el inexplicable error
de añadir una exquisita muerte.
¡Ja, Ja, Ja, los extraños amantes!

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Paul Verlaine -Effet de nuit-
Effet de nuit
Paul Verlaine (1844-1896)


La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D'une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l'air noir des gigues nonpareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d'épine épars, et quelques houx
Dressant l'horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d'un fond d'ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisanier
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de her
Luisent à contre-sens des lances de l'averse.


Efecto nocturno

La noche. La lluvia. Un cielo incoloro que desgarra
De flechas y de torres a plena luz la silueta
De una ciudad gótica apagada en la gris lejanía.
La llanura. Un patíbulo lleno de flacos ahorcados
Sacudidos por el pico ávido de las cornejas
Guiñotean en el aire danzas desiguales
Mientras que sus pies son pastos de los lobos.
Algunos matorrales espinos os dispersos y algunos acebos
Alzan el horror de su follaje a derecha, a izquierda
Sobre el tiznado barullo de un fondo de boceto.
Y luego, alrededor de tres lívidos prisioneros
Que andan descalzos, el grueso de los altivos guardianes,
Camina, erguida sus armas, como rejas de rastrillo,
Brillando a contra luz las lanzas del aguacero.

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Paul Verlaine -Voeu-
Voeu
Paul Verlaine (1844-1896)

Ah! les oaristys! les premières maîtresses!
L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs,
Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers,
La spontanéité craintive des caresses!

Sont-elles assez loin, toutes ces allégresses
Et toutes ces candeurs! Hélas! toutes devers
Le Printemps des regrets ont fui les noirs hivers
De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses!

Si que me voilà seul à présent, morne et seul,
Morne et désespéré, plus glacé qu'un aïeul,
Et tel qu'un orphelin pauvre sans soeur aînée.

O la femme à l'amour câlin et réchauffant,
Douce, pensive et brune, et jamais étonnée,
Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant!


Deseo

¡Ah, las bucólicas, las primeras queridas!
El oro de los cabellos, el azul de los ojos, la flor de las carnes,
Y luego, entre el olor de los cuerpos jóvenes y amados,
¡La temerosa espontaneidad de las caricias!

Se han ido lejos todas aquellas alegrías
Y todos aquellos candores. ¡Ay! Todos, hacia
La Primavera de los pesares, han huido los negros inviernos
De mis enojos, de mis ascos, de mis angustias.

Heme aquí solo ahora, mustio y solo,
Mustio y desesperado, más yerto que un antepasado,
Igual que un huérfano pobre sin su hermana mayor.

¡Oh la mujer de amor mimoso y cálido,
dulce, meditabunda y morena, jamás asombrada,
y que a veces os besa en la frente, como a un niño!

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posted by Alfil @ 9:04 AM   0 comments
Paul Verlaine -A une femme-
A une femme
Paul Verlaine (1844-1896)

A vous ces vers de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.

C'est qu'hélas! le hideux cauchemar qui me hante
N'a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu'il ensanglante!

Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d'Eden n'est qu'une églogue au prix du mien!

Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d'après-midi,
- Chère, - par un beau jour de septembre attiédi.


A una mujer

A usted, estos versos, por la consoladora gracia
De sus ojos grandes donde se ríe y llora un dulce sueño;
A su alma pura y buena, a usted
Estos versos desde el fondo de mi violenta miseria.

Y es que, ¡ay!, la horrible pesadilla que me visita
No me da tregua y, va, furiosa, loca, celosa,
Multiplicándose como un cortejo de lobos
Y se cuelga tras mi sino, que ensangrienta.

Oh, sufro, sufro espantosamente, de tal modo
Que el primer gemido del hombre
Arrojado del Edén es una égloga al lado del mío.

Y las penas que usted pueda tener son como
Las golondrinas que un cielo al mediodía,
Querida, en un bello día de septiembre tibio.

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posted by Alfil @ 9:02 AM   0 comments
Paul Verlaine -Luxures-
Luxures
Paul Verlaine (1844-1896)

à Léo Trézenik

Chair ! ô seul fruit mordu des vergers d'ici-bas,
Fruit amer et sucré qui jutes aux dents seules
Des affamés du seul amour, bouches ou gueules,
Et bon dessert des forts, et leurs joyeux repas,

Amour ! le seul émoi de ceux que n'émeut pas
L'horreur de vivre, Amour qui presses sous tes meules
Les scrupules des libertins et des bégueules
Pour le pain des damnés qu'élisent les sabbats,

Amour, tu m'apparais aussi comme un beau pâtre
Dont rêve la fileuse assise auprès de l'âtre
Les soirs d'hiver dans la chaleur d'un sarment clair,

Et la fileuse c'est la Chair, et l'heure tinte
Où le rêve étreindra la rêveuse, - heure sainte
Ou non ! qu'importe à votre extase, Amour et Chair ?


Lujurias


a Léo Trézenik

¡ Carne ! único fruto mordido de los vergeles de aquí abajo,
fruto amargo y dulzón que sólo das jugos a los dientes,
bocas o fauces de los hambrientos del único amor,
y buen postre de los fuertes en sus alegres comidas,

¡ Amor ! única emoción de aquellos a los que no rebela
el horror de vivir, amor que prensas con tu mortero
los escrúpulos de libertinos y de mojigatas
para el pan de los condenados que eligen los sabatts,

Amor, tu te me apareces también como el hermoso pastor
En que sueña la hilandera en tardes invernales
Sentada junto al fuego de un sarmiento claro,

Y la hilandera es la Carne, y suena la hora
En que el sueño abrazará a la soñadora - ¡hora santa
O no! - ¿qué importa a vuestros éxtasis, Amor y carne?

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posted by Alfil @ 8:59 AM   0 comments
Paul Verlaine -Ballade de la vie en rouge-
Ballade de la vie en rouge
Paul Verlaine (1844-1896)

L'un toujours vit la vie en rose,
Jeunesse qui n'en finit plus,
Seconde enfance moins morose,
Ni voeux, ni regrets superflus.
Ignorant tout flux et reflux,
Ce sage pour qui rien ne bouge
Règne instinctif: tel un phallus.
Mais moi je vois la vie en rouge.

L'autre ratiocine et glose
Sur des modes irrésolus,
Soupesant, pesant chaque chose
De mains gourdes aux lourds calus.
Lui faudrait du temps tant et plus
Pour se risquer hors de son bouge.
Le monde est gris à ce reclus.
Mais moi je vois la vie en rouge.

Lui, cet autre, alentour il ose
Jeter des regards bien voulus,
Mais, sur quoi que son oeil se pose,
Il s'exaspère où tu te plus,
Oeil des philanthropes joufflus;
Tout lui semble noir, vierge ou gouge,
Les hommes, vins bus, livres lus.
Mais moi je vois la vie en rouge.


Balada de la vida en rojo

El uno siempre vive la vida en rosa,
la juventud que no acaba nunca,
segunda infancia menos taciturna,
ni deseos ni lamentos superfluos.
Ignorante de todo flujo y reflujo,
este sabio para quien nada se mueve
reina instintivo: como un falo.
Pero yo, yo veo la vida en rojo.

El otro razona y glosa
en tonos irresolutos,
sopesando, pesando cada cosa
con manos entumecidas y pesados callos.
Le haría falta mucho tiempo de su tabuco.
El mundo es gris para este recluso.
Pero yo, yo veo la vida en rojo.

El, este otro, en derredor se atreve
A echar miradas llenas de deseos,
Pero donde su mirada se posa,
Él se exaspera donde tu te places,
Mirada de filántropos mofletudos;
Todo le parece negro, virgen o gubia,
Los hombres, vinos bebidos, libros leídos.
Pero yo, yo veo la vida en rojo.

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posted by Alfil @ 7:27 AM   0 comments
Paul Verlaine -Ballade de la mauvaise réputation-
Ballade de la mauvaise réputation
Paul Verlaine (1844-1896)

Il eut des temps quelques argents
Et régla ses camarades
D'un sexe ou deux, intelligents
Ou charmants, ou bien les deux grades,
Si que dans les esprits malades
Sa bonne réputation
Subit que de dégringolades!
Lucullus? Non. Trimalcion.

Sous ses lambris, c'étaient des chants
Et des paroles point trop fades.
Eros et Bacchos indulgents
Présidaient à ces sérénades
Qu'accompagnaient des embrassades.
Puis choeurs et conversation
Cessaient pour des fins peu maussades.
Lucullus? Non. Trimalcion.
L'aube pointait et ces méchants
La saluaient par cent aubades
Qui réveillaient au loin les gens
De bien, et par mille rasades.
Cependant de vagues brigades
- Zèle ou dénonciation -
Verbalisaient chez des alcades.
Lucullus? Non. Trimalcion.


Balada de la mala reputación

A veces tuvo algún dinero
e invitó a sus camaradas
de un sexo o de dos, inteligentes
o encantadores, o bien ambas cosas,
sin que en los espíritus enfermos
su buena reputación
sufriese más que tropezones.
¿ Lúculo ? No, ¡Trimalción !

Bajo sus artesonados, cantos
y palabras nada insípidas,
Eros y Baco, indulgentes,
Presidían aquellas serenatas
Acompañadas por abrazos.
Luego, coros y conversaciones
Cesaban para unos fines poco severos.
¿ Lúculo ? No, ¡Trimalción !
El alba despuntaba y aquellos malvados
la saludaban con cien alboradas
que despertaban, y con mil brindis,
de lejos a las gentes de bien.
Sin embargo, vagos brigadas
-¿ celo o denuncia ? -
verbalizaban en las alcaldías.
¿ Lúculo ? No, ¡Trimalción !

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posted by Alfil @ 7:24 AM   0 comments
Paul Verlaine -Grotesques-
Grotesques
Paul Verlaine (1844-1896)

Leurs jambes pour toutes montures,
Pour tous biens l'or de leurs regards,
Par le chemin des aventures
Ils vont haillonneux et hagards.

Le sage, indigné, les harangue ;
Le sot plaint ces fous hasardeux ;
Les enfants leur tirent la langue
Et les filles se moquent d'eux.

C'est qu'odieux et ridicules,
Et maléfiques en effet,
Ils ont l'air, sur les crépuscules,
D'un mauvais rêve que l'on fait ;

C'est que, sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés ;

C'est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure - fastidieux -
L'amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux !

- Donc, allez, vagabonds sans trêves,
Errez, funestes et maudits,
Le long des gouffres et des grèves,
Sous l'oeil fermé des paradis !

La nature à l'homme s'allie
Pour châtier comme il le faut
L'orgueilleuse mélancolie
Qui vous fait marcher le front haut,

Et, vengeant sur vous le blasphème
Des vastes espoirs véhéments,
Meurtrit votre front anathème
Au choc rude des éléments.

Les juins brûlent et les décembres
Gèlent votre chair jusqu'aux os,
Et la fièvre envahit vos membres,
Qui se déchirent aux roseaux.

Tout vous repousse et tout vous navre,
Et quand la mort viendra pour vous,
Maigre et froide, votre cadavre
Sera dédaigné par les loups !


Grotescos

Sus piernas por toda montura,
Por todo bien el oro de sus miradas,
Por el camino de las aventuras
Marchan harapientos y huraños.

El prudente, indignado, los arenga;
El tonto compadece a esos locos aventurados;
Los niños les sacan la lengua
Y las chicas se burlan de ellos.

Sin más que odiosos y ridículos,
Y maléficos, en efecto,
Y tienen el aire, en el crepúsculo,
De un mal sueño.

Y con sus agrias guitarras,
Crispando la mano de los liberados,
Canturrean unos aires extraños,
Nostálgicos y rebeldes.

Y es, en fin, que sus pupilas
Ríe y llora – fastidioso-
El amor de las cosas eternas,
¡Viejos muertos y antiguos dioses!

Id, pues, vagabundos sin tregua,
Errad, funestos y malditos,
A lo largo de los abismos y de las playas
Bajo el ojo cerrado de los paraísos.

La naturaleza del mundo se aísla
Para castigar como es preciso
La orgullosa melancolía
Que te hace marchar con la frente alta,

Y, vengando en ti la blasfemia
De inmensas esperanzas vehementes,
Hiere tu frente de anatema
El rudo golpe de los elementos

Los junios y los diciembres
Hielan tu carne hasta los huesos,
Y la fiebre invade tus miembros
Que se desgarran en los cañaverales.

¡Todo te rechaza y te aflige,
y cuando la muerte venga a ti,
flaco y frío, tu cadáver
Será desdeñado por los lobos!

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posted by Alfil @ 7:11 AM   0 comments
Paul Verlaine -Sagesse-
Sagesse
Paul Verlaine (1844-1896)

(...)
J'avais peiné comme Sisyphe
Et comme Hercule travaillé
Contre la chair qui se rebiffe.
J'avais lutté, j'avais baillé
Des coups à trancher des montagnes,
Et comme Achille ferraillé.
Farouche ami qui m'accompagnes,
Tu le sais, courage païen,
Si nous en fîmes des campagnes,
Si nous avons négligé rien
Dans cette guerre exténuante,
Si nous avons travaillé bien!
Le tout en vain: l'âpre géante
A mon effort de tout côté
Opposait sa ruse ambiante,
Et toujours un lâche abrité
Dans mes conseils qu'il environne
Livrait les clés de la cité.
Que ma chance fût male ou bonne,
Toujours un parti de mon coeur
Ouvrait sa porte à la Gorgone.
Toujours l'ennemi suborneur
Savait envelopper d'un piège
Même la victoire et l'honneur!
J'étais le vaincu qu'on assiège,
Prêt à vende son sang bien cher,
Quand, blanche en vêtements de neige,
Toute belle au front humble et fier,
Une Dame vint sur la nue,
Qui d'un signe fit fuir la Chair.
Dans une tempête inconnue
De rage et de cris inhumains,
Et déchirant sa gorge nue,
Le Monstre reprit ses chemins
Par les bois pleins d'amours affreuses,
Et la Dame, joignant les mains:
"Mon pauvre combattant qui creuses,
Dit-elle, ce dilemme en vain,
Trêve aux victoires malheureuses!
Il t'arrive un secours divin
Dont je suis sûre messagère
Pour ton salut, possible enfin!"
- "O ma Dame dont la voix chère
Encourage un blessé jaloux
De voir finir l'atroce guerre,
Vous qui parlez d'un ton si doux
En m'annonçant de bonnes choses,
Ma Dame, qui donc êtes-vous?"
- J'étais née avant toutes causes
Et je verrai la fin de tous
Les effets, étoiles et roses.
En même temps, bonne, sur vous,
Hommes faibles et pauvres femmes,
Je pleure, et je vous trouve fous!
Je pleure sur vos tristes âmes,
J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur
D'elles, et de leurs voeux infâmes!
O ceci n'est pas le bonheur,
Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime,
Veillez, crainte du Suborneur,
Veillez, crainte du Jour suprême!
Qui je suis? me demandais-tu.
Mon nom courbe les anges même;
Je suis le coeur de la vertu,
Je suis l'âme de la sagesse,
Mon nom brûle l'Enfer têtu;
Je suis la douceur qui redresse,
J'aime tous et n'accuse aucun,
Mon nom, seul, se nomme promesse,
Je suis l'unique hôte opportun,
Je parle au Roi le vrai langage
Du matin rose et du soir brun,
Je suis la Prière, et mon gage
C'est ton vice en déroute au loin;
Ma condition: "Toi, sois sage."
- "Oui, ma Dame, et soyez témoin!"


Sensatez

(...)
Me había esforzado como Sísifo
Y trabajado como Hércules
Contra la carne que se rebela
Había luchado, había asestado
Tajos como para cortar montañas
Y como Aquiles me había batido.
Huraño amigo que me acompañas.
Tú lo sabes, coraje pagano,
Que hicimos campañas.
Y nada descuidamos
En aquella guerra extenuante.
¡Trabajamos bien !
Pero todo en vano;
El áspero gigante
A todos sus esfuerzos
Oponía su aire artero.
Y siempre un cobarde emboscado,
Cercando mis consejos,
Entregaba las llaves de la ciudad.
Que mi suerte fuese mala o buena,
Siempre un impulso de mi corazón
Abría su puerta a la Gorgona,
¡ Siempre el enemigo sobornador
sabía envolver en una trampa
incluso la victoria y el honor !
Yo era el vencido al que se asedia,
Dispuesto a vender muy cara su sangre,
Cuando, blanca en sus vestidos de nieve,
Muy bella, la frente humilde y altiva,
Una Señora apareció sobre la nube,
Y de un signo hizo desaparecer la carne.
En una tempestad desconocida
De rabia y gritos inhumanos,
Desgarrándose su desnudo seno,
El Monstruo volvió a sus caminos
Por los bosques llenos de amores espantosos,
Y la señora, juntando las manos:
Mi pobre combatiente que profundizas
-dijo - este dilema vano,
tregua a las victorias desdichadas!
"Te llega un divino socorro,
del cual yo soy segura mensajera,
para tu salvación, posible al fin"
-Oh, mi Señora de voz amada,
anima a un herido, deseoso
de ver terminar la guerra atroz,
voz que habláis con un tono tan dulce
y me anunciáis buenas cosas,
mi Señora, ¿quién sois vos?
- Yo nací antes que todas las causas
y veré el fin de todos
los efectos, estrellas y rosas.
"Y al mismo tiempo, buena para vosotros,
hombres débiles y pobres mujeres,
¡ lloro y os encuentro locos !
"Lloro por vuestras tristes almas,
a las que amo, pero tengo miedo
de ellas y de sus infames deseos."
"Oh, esto no es la felicidad.
Velado, aunque alguien diga que os amo,
Velad, temed al sobornador,
Velad, ¡ temed al día supremo !
¿ Quien soy yo ? me preguntabas tu.
Mi nombre inclina a los propios ángeles,
Yo soy el corazón de la virtud,
Yo soy el alma de la sensatez,
Mi nombre quema al obstinado Infierno.,
Yo soy la dulzura que endereza,
Os amo a todos y no acuso a nadie,
Mi nombre, sólo se llama promesa,
Yo soy la única huésped oportuna,
Habló al rey el verdadero lenguaje
De la mañana rosada y del atardecer oscuro.
"Yo soy la plegaria y mi compromiso
es tu vicio ya lejos y derrotado.
Mi convicción: "Se juicioso"
-Si, mi Señora, y sed vos testigo.

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posted by Alfil @ 7:04 AM   0 comments
Paul Verlaine -Promenade sentimentale-
Promenade sentimentale
Paul Verlaine (1844-1896)

Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars entre les roseaux
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
Et des nénuphars, parmi les roseaux,
Des grands nénuphars sur les calmes eaux.


Paseo sentimental

El ocaso lanzaba sus rayos supremos
Y el viento mecía los nenúfares pálidos;
Los grandes nenúfares, entre las cañas,
Lucían tristemente sobre las aguas quietas.
Yo, erraba solo, paseando mi llaga
A lo largo del estanque, entre los sauces
Donde la vaga bruma evocaba un gran
Fantasma lechoso desesperándose
Y llorando con la voz de los ánades
Que se llaman batiendo sus alas
Entre los sauces donde yo erraba solo
Paseando mi llaga; y la espesa mortaja
De las tinieblas vino a ahogar los supremos
Rayos del ocaso en esas olas pálidas
De los nenúfares entre las cañas,
Los grandes nenúfares sobre las aguas quietas.

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posted by Alfil @ 7:02 AM   0 comments
Paul Verlaine -L'angoisse-
L'angoisse
Paul Verlaine (1844-1896)

Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales
Siciliennes, ni les pompes aurorales,
Ni la solennité dolente des couchants.

Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
Qu'étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même oeil les bons et les méchants.

Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L'Amour, je voudrais bien qu'on ne m'en parlât plus.

Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
Au brick perdu jouet du flux et du reflux,
Mon âme pour d'affreux naufrages appareille.


La angustia

Naturaleza, nada tuyo me conmueve, ni los campos
Nutricios, ni el eco bermejo de las pastorales
Sicilianas, ni las pomas auroreales,
Ni la solemnidad doliente de los ocasos.

Me río del Arte, me río del Hombre también, de los cantos,
De los versos, de los templos griegos y de las torres espirales,
Y con igual ojo veo a los buenos que a los malos.

No creo en Dios, abjuro y reniego
De todo pensamiento y en cuanto a la vieja ironía,
El Amor, quisiera que no me hablaran mas de él.

Cansado de vivir, teniendo miedo a morir, semejante
Al brick perdido, juguete del flujo y del reflujo,
Mi alma apareja para espantosos naufragios.

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posted by Alfil @ 7:00 AM   0 comments
Paul Verlaine -Chanson pour elles-
Chanson pour elles
Paul Verlaine (1844-1896)

Ils me disent que tu es blonde
Et que toute blonde est perfide,
Même il ajoutent "come l'onde",
Je me ris de leur discours vide !
Tes yeux sont le plus beux du monde
Et de ton sein je suis avide.

Ils me disent que tu es brune,
Qu'une brune a des yeux de braise
Et qu'un cœur qui cherche fortune
S'y brûle... O la bonne foutaise !
Ronde et fraîche comme la lune,
Vive ta gorge aux bouts de fraise !

Ils me disent de toi, Châtaine :
Elle est fade et rousse trop rose,
J'encague cette turlutaine,
Et de toi j'aime toute chose
De la chevelure, fontaine
D'ébène ou d'or (et dis, ô pose-
Les sur mon cœur) aux pieds de reine.


Canción por ellas

Que eres rubia, me dicen,
y toda rubia es traicionera
"como el oleaje", añaden.
¡Da risa su palabrería hueca!
Tus ojos son lo más bello del mundo
y estoy ávido de tu pecho.

Dicen que eres morena,
que una morena tiene brasas en la mirada
y si el corazón ambiciona fortuna,
si se quema... ¡Ah, qué superficiales!
¡Curvo y fresco como la luna,
se agita tu pecho hasta los botones de fresa!

Dicen de ti ¡Castaña!
:insípida y pelirroja, demasiado rosa.
Me olvido de la cantilena
y te amo plenamente:
desde la cabellera, fuente
de ébano o de oro, me digo (¡oh, y lo grabo
en mi corazón!), hasta tus regios pies.

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posted by Alfil @ 6:21 AM   0 comments
Paul Verlaine -Green-
Green
Paul Verlaine (1844-1896)

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée,
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.


Green

Te ofrezco entre racimos, verdes gajos y rosas,
mi corazón ingenuo que a tu bondad se humilla;
no quieran destrozarlo tus manos cariñosas,
tus ojos regocije mi dádiva sencilla.

en el jardín umbroso mi cuerpo fatigado
las auras matinales cubrieron de rocío;
como en la paz de un sueño se deslice a tu lado
el fugitivo instante que reposar ansío.

Cuando en mis sienes calme la divina tormenta,
reclinaré, jugando con tus bucles espesos,
sobre tu núbil seno mi frente soñolienta,
sonora con el ritmo de tus últimos besos.

Versión de Víctor M. Londoño

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Paul Verlaine -Femme et chatte-
Femme et chatte
Paul Verlaine (1844-1896)

Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait -la scélérate!-
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...

Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.


Mujer y gata

La sorprendí jugando con su gata,
y contemplar causóme maravilla
la mano blanca con la blanca pata,
de la tarde a la luz que apenas brilla.

¡Como supo esconder la mojigata,
del mitón tras la negra redecilla,
la punta de marfil que juega y mata,
con acerados tintes de cuchilla!

Melindrosa a la par por su compañera
ocultaba también la garra fiera;
y al rodar (abrazadas) por la alfombra,

un sonoro reír cruzó el ambiente
del salón... y brillaron de repente
¡cuatro puntos de fósforo en la sombra!

Versión de Guillermo Valencia

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Paul Verlaine -Lassitude-
Lassitude
Paul Verlaine (1844-1896)


De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit parfois, vois-tu, l'amante
Doit avoir l'abandon paisible de la sœur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux tes soupirs et ton regard berceur.
Va, l'étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d'or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l'olifant!...
Laisse-la trompeter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu'au jour, ô petite fougueuse!


Lasitud

Encantadora mía, ten dulzura, dulzura...
calma un poco, oh fogosa, tu fiebre pasional;
la amante, a veces, debe tener una hora pura
y amarnos con un suave cariño fraternal.

Sé lánguida, acaricia con tu mano mimosa;
yo prefiero al espasmo de la hora violenta
el suspiro y la ingenua mirada luminosa
y una boca que me sepa besar aunque me mienta.

Dices que se desborda tu loco corazón
y que grita en tu sangre la más loca pasión;
deja que clarinee la fiera voluptuosa.

En mi pecho reclina tu cabeza galana;
júrame dulces cosas que olvidarás mañana
Y hasta el alba lloremos, mi pequeña fogosa.

Versión de Emilio Carrere

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Paul Verlaine -Art poétique-
Art poétique
Paul Verlaine (1844-1896)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise:
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attièdi
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la couleur, rien que la nuance
!Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor!

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou!
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la rime assagie,
Si l'on n'y veille , elle ira jusqu'où?

Ô qui dira les torts de la Rime,
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime?

De la musique encore et toujours!
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym,
Et tout le reste est littérature.


Arte poética

Prefiere la música a toda otra cosa,
persigue la sílaba impar, imprecisa,
más ágil y más soluble en la brisa,
que –libre de lastre– ni pesa ni posa.

Que vuestra palabra tenga un indeciso
y equívoco paso, si lo decidís.
Nada más hermoso que la canción gris,
donde lo indeciso se une a lo preciso.

Detrás de los velos, las miradas bellas.
En el mediodía, una luz que oscila.
Un cielo de otoño templado perfila
un confuso azul de claras estrellas.

Matiz, claroscuro, veladura sola.
Nada de color. Sólo los matices.
El matiz compone parejas felices
entre sueño y sueño, entre flauta y viola.

Aleja de ti la punta asesina,
la gracia cruel y el rictus de hielo,
que harían llorar los ojos del cielo
con todo ese ajo de mala cocina.

Coge la retórica y amordázala.
Sujeta la rima, y dale sentido
a esa carambola de vano sonido,
que, si la dejamos, ¿hasta dónde irá?

¡Ah, la sinrazón de la pobre rima!
¿Qué párvulo sordo, qué negro mochales,
nos forjó esa joya de cuatro reales
que suena a oropel hueco con la lima?

La música siempre, y en tono menor.
Que tu verso sea fugaz y suave,
sutil y ligero, como vuelo de ave
que busca otros cielos y otro nuevo amor.

Que tu verso sea la buena ventura
esparcida al aire de la madrugada,
que huele a tomillo y a menta granada…
Todo lo demás es literatura.

Versión de Esteban Torre.

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Paul Verlaine -Nevermore-
Nevermore
Paul Verlaine (1844-1896)

Souvenir, souvenir, que me veux tu ? L' automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tourant vers moi son regard émouvant:
"Qel fut ton plus beau jour?' fit sa voix d'or vivant.

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.

Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées!
Et qu'il bruit avec un mumure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées!


Nevermore

Recuerdo, recuerdo, ¿que quieres de mí? El otoño
hacía volar el tordo a través del aire átono
y el sol lanzaba un rayo monótono
sobre el bosque amarillento donde restalla el cierzo.

Estábamos a solas e íbamos soñando,
de repente, volviendo hacia mí su mirada conmovedora:
«¿Cual fue tu día más bello?», dijo su voz de vívido oro,

su voz dulce y sonora, de lozano timbre angélico.
Una sonrisa discreta le dio la réplica
y besé su mano blanca devotamente.

¡Ah, qué perfumadas son las primeras flores
y qué sonido, qué murmullo encantador
el primer si que sale de los labios bienarmados!

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posted by Alfil @ 5:55 AM   0 comments
Paul Verlaine -Chanson d'automne-
Chanson d'automne
Paul Verlaine (1844-1896)

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.


Canción de otoño

Los sollozos más hondos
del violín del otoño
son igual
que una herida en el alma
de congojas extrañas
sin final.

Tembloroso recuerdo
esta huida del tiempo
que se fue.
Evocando el pasado
y los días lejanos
llorar.

Este viento se lleva
el ayer de tiniebla
que pasó,
una mala borrasca
que levanta hojarasca
como yo.

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posted by Alfil @ 5:46 AM   0 comments
Paul Verlaine -Sérénede-
Sérénede
Paul Verlaine (1844-1896)

Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Lethé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.

Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d'insomnie.

Et pour finir, je dirai le baiser
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur ŕ me martyriser,
-Mon Ange !- ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.


Serenata


Como la voz de un muerto que cantara
desde el fondo de su fosa,
amante, escucha subir hasta tu retiro
mi voz agria y falsa.

Abre tu alma y tu oído al son
de mi mandolina:
para ti he hecho, para ti, esta canción
cruel y zalamera.

Cantaré tus ojos de oro y de onix
puros de toda sombra,
cantaré el Leteo de tu seno, luego el
de tus cabellos oscuros.

Como la voz de un muerto que cantara
desde el fondo de su fosa,
amante, escucha subir hasta tu retiro
mi voz agria y falsa.

Después loare mucho, como conviene,
A esta carne bendita
Cuyo perfume opulento evoco
Las noches de insomnio.

Y para acabar cantaré el beso
de tu labio rojo
y tu dulzura al martirizarme,
¡Mi ángel, mi gubia!

Abre tu alma y tu oído al son
de mi mandolina:
para ti he hecho, para ti, esta canción
cruel y zalamera.

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posted by Alfil @ 3:33 AM   0 comments
Paul Verlaine -J'ai rêvé de toi cette nuit-
J'ai rêvé de toi cette nuit
Paul Verlaine (1844-1896)

J'ai rêvé de toi cette nuit:
Tu te pâmais en mille poses
Et roucoulais des tas de choses...

Et moi, comme on savoure un fruit
Je te baisais à bouche pleine
Un peu partout, mont, val ou plaine.

J'étais d'une élasticité
D'un resort vraiment admirable:
Tudieu, quelle haleine et quell râble!

Et toi, chère, de ton coté
Quel râble, quelle haleine, quelle
Elasticité de gazelle...

Au réveil, ce fut, dans tes bras,
Mais plus aigue et plus parfaite,
Exactement la même fête!


Soñé contigo esta noche

Soñé contigo esta noche:
Te desfallecías de mil maneras
Y murmurabas tantas cosas...

Y yo, así como se saborea una fruta
Te besaba con toda la boca
Un poco por todas partes, monte, valle, llanura.

Era de una elasticidad,
De un resorte verdaderamente admirable:
Dios... ¡Qué aliento y qué cintura!

Y tú, querida, por tu parte,
Qué cintura, qué aliento y
Qué elasticidad de gacela...

Al despertar fue, en tus brazos,
Pero más aguda y más perfecta,
¡Exactamente la misma fiesta!

Versión de Víctor M. Londoño

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posted by Alfil @ 3:29 AM   0 comments
Paul Verlaine -Ariettes oubliées-
Ariettes oubliées
Paul Verlaine (1844-1896)


Son joyeux, importun d'un clavecin sonore.
Pétrus Borel

Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile

Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être?
Que voudrais-tu de moi, doux chant badin?

Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin?


Aria de antaño

"Son joyeux, importum, d'un clavecin sonore"
Petrus Borel

Lucen vagamente las teclas del piano
a la luz del suave crepúsculo rosa,
y bajo los finos dedos de su mano

un aire de antaño canta y se querella
en la diminuta cámara suntuosa
en donde palpitan los perfumes de Ella.

Un plácido ensueño mi espíritu mece
mientras que el teclado sus notas desgrana;
¿por qué me acaricia, por qué me enternece

esa canción dulce, llorosa e incierta
que apaciblemente muere en la ventana
a las tibias auras del jardín abierta...?

Versión de Eduardo Castillo

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posted by Alfil @ 3:25 AM   0 comments
Paul Verlaine -Pensionnaires-
Pensionnaires
Paul Verlaine (1844-1896)

L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize;
Toutes deux dormaient dans la même chambre
C'était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.

Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise,
La fine chemise au frais parfum d'ambre,
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise,

Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises;

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises.
Et, rose, sourit avec innocence.


Pensionistas

Una tenía quince años, la otra dieciséis
Y ambas dormían en la misma pequeña habitación
Esto sucedió una sofocante noche de Septiembre
Quebrantables asuntos! Ojiazules y con mejillas de marfil

Para refrescar sus delicados cuerpos, se despojaron
De las exquisitas camisas perfumadas de ámbar
La más joven levantó sus manos inclinándose hacia atrás
Y su amiga, con sus manos en sus pechos, la besó.

Entonces bajó a sus rodillas, y, en un arrebato
Pegó a la pierna de la otra su mejilla, y su boca
Acarició el dorado oro entre las grises sombras

Y durante todo ese tiempo la mas joven contaba
Con sus queridos dedos los prometidos valses
Y sonrojándose, inocentemente sonreía.

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posted by Alfil @ 3:23 AM   0 comments
Paul Verlaine -Sur le balcon-
Sur le balcon
Paul Verlaine (1844-1896)

Toutes deux regardaient s'enfuir les hirondelles
L'une pâle aux cheveux de jais, et l'autre blonde
Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
Vaguement serpentaient, nuages, autour d'elles.

Et toutes deux, avec des langueurs d'asphodèles,
Tandis qu'au ciel montait la lune molle et ronde
Savouraient à long traits l'émotion profonde
Du soir et des cœurs fidèles

Telles leurs bras pressant, moites, leur tailles souples
Couple étrange qui prend pitié des autres couples
Telles sur le balcon rêvaient les jeunes femmes.

Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
Emphatique comme un trône de mélodrame
Et plein d'odeurs, le lit défait s'ouvrait dans l'ombre


En el balcón

En el balcón las amigas miraban ambas como huían las golondrinas
Una pálida sus cabellos negros como el azabache, la otra rubia
Y sonrosada, su vestido ligero, pálido de desgastado amarillo
Vagamente serpenteaban las nubes en el cielo

Y todos los días, ambas con languideces de asfódelos
Mientras que al cielo se le ensamblaba la luna suave y redonda
Saboreaban a grandes bocanadas la emoción profunda
De la tarde y la felicidad triste de los corazones fieles

Tales sus acuciantes brazos, húmedos, sus talles flexibles
Extraña pareja que arranca la piedad de otras parejas
De tal modo en el balcón soñaban las jóvenes mujeres

Tras ellas al fondo de la habitación rica y sombría
Enfática como un trono de melodramas
Y llena de perfumes la cama vencida se abría entre las sombras

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posted by Alfil @ 3:21 AM   0 comments
Paul Verlaine -Mon rêve familier-
Mon rêve familier
Paul Verlaine (1844-1896)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.


Mi sueño

Sueño a menudo el sueño sencillo y penetrante
de una mujer ignota que adoro y que me adora,
que, siendo igual, es siempre distinta a cada hora
y que las huellas sigue de mi existencia errante.

Se vuelve transparente mi corazón sangrante
para ella, que comprende lo que mi mente añora;
ella me enjuga el llanto del alma cuando llora
y lo perdona todo con su sonrisa amante.

¿Es morena ardorosa? ¿Frágil rubia? Lo ignoro.
¿Su nombre? Lo imagino por lo blando y sonoro,
el de virgen de aquellas que adorando murieron.

Como el de las estatuas es su mirar de suave
y tienen los acordes de su voz, lenta y grave,
un eco de las voces queridas que se fueron...

Versión de Nicolás Bayona Posada

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posted by Alfil @ 3:13 AM   0 comments
Paul Verlaine -Printemps-
Printemps
Paul Verlaine (1844-1896)

Tendre, la jeune femme rousse,
Que tant d'innocence émoustille,
Dit à la blonde jeune fille
Ces mots, tout bas, d'une voix douce:

"Sève qui monte et fleur qui pousse,
Ton enfance est une charmille:
Laisse errer mes doigts dans la mousse
Où le bouton de rose brille,

Laisse-moi, parmi l'herbe claire,
Boire les gouttes de rosée
Dont la fleur tendre est arrosée, -

Afin que le plaisir, ma chère,
Illumine ton front candide
Comme l'aube l'azur timide."


Primavera

Tiernamente la joven mujer de cabello rojizo
Conmovida ante tanta inocencia
Le dijo a la rubia muchacha
Estas palabras en suave voz

"Savia que se eleva; flores que se abren
tu juventud es una glorieta
permite a mis dedos vagar por la hierba
donde se estremece el capullo de la rosa

Déjame por entre el herbaje puro
Beber las gotas del rocío
Que humedece a la tierna rosa,..

De modo que el placer, mi cariño
Avive tu rostro
Como el amanecer el azul del cielo”

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posted by Alfil @ 3:07 AM   0 comments
Paul Verlaine -Il pleut dans mon coeur...-
Il pleut dans mon coeur...
Paul Verlaine (1844-1896)

Il pleut doucement sur la ville.
Arthur Rimbaud


Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil c'est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine !


Llora en mi corazón...

Llueve suavemente sobre la ciudad
Arthur Rimbaud

Llora en mi corazón
Como llueve sobre la ciudad
¿Qué es esta desazón
Que penetra mi corazón?

Ay, ruido dulce de la lluvia
Por la tierra y sobre los techos
Para un corazón que es abulia
Ay, el canto de la lluvia

Llora y no hay razón
En este corazón que siente asco
¡Qué! ¿Ninguna traición?
Este duelo se da sin razón

Y es así de todos el peor dolor
De no saber por qué
Sin amor y sin rencor
Mi corazón tiene tanto dolor

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posted by Alfil @ 3:00 AM   0 comments
Jules Verne -Paraphrase du psaume 129-
samedi, mai 15, 2004
Paraphrase du psaume 129
Jules Verne (1828-1905)

Oh! mon Dieu, c’est vers vous du profond de l’abyme
Que je m’écrie, et que je pleure !
Écoutez ; c’est la voix de la triste victime,
Vous, le Seigneur des Seigneurs !

Rendez-moi, s’il vous plaît, votre oreille attentive,
Entendez-moi dans tous les lieux,
La prière jamais ne fut intempestive
En montant au Seigneur des Cieux.

Ah! si vous mesurez votre sainte justice
À la grandeur de nos péchés,
Qui peut briser ses liens ? Si vous n’êtes propice
Par qui seront-ils détachés ?

Qui pourrait subsister devant, votre présence ?
Seigneur ! Seigneur ! écoutez-moi !
Si j’ai dans vos bontés placé mon espérance,
C’est à cause de votre loi.

Avec bien grands désirs je l’attends ; je confie
En vos paroles tout mon coeur ;
Vos promesses, mon Dieu, nous rendront à la vie !
Ô mon âme, attends le Seigneur !

Et que, depuis le soir jusqu’au Jour qui commence,
Israël inclinant ses pleurs
Lève ses tristes mains, porte son espérance
Vers Dieu qui calme les douleurs ;

Car le Seigneur est grand, et sa miséricorde.
Descendra pour nous racheter,
Et la grâce abondante qu’à nos coeurs il accorde,
Vers le ciel viendra nous hâter ;

Il soulage Israël de la profonde peine
Qui lui faisait verser ses pleurs.
Israël chantera, délivré de sa chaîne,
Un hymne au Seigneur des Seigneurs.


Paráfrasis del salmo 129

¡Oh! mi Dios, es hacia vos en lo profundo del abismo¡
Que exclamo y lloro!
Escuchad; es la voz de la triste víctima,
¡Vos, el Señor de los Señores!

Prestádme atención, por favor, con vuestra atenta oreja,
Escuchádme en todos los lugares,
La plegaria nunca fue intempestiva
Subiendo al Señor de los Cielos.

¡Ah! si mediríais vuestra santa justicia
A la magnitud de nuestros pecados,
¿Quién puede romper sus vínculos? Si no sois clemente
¿Por quién serán perdonados?

¿Quién podría subsistir ante vuestra presencia?
¡Señor! ¡Señor! ¡escuchádme!
Si he puesto en vuestras bondades mi esperanza,
Es a causa de vuestra Ley.

Con muchos grandes deseos os espero; confío
En vuestras palabras todo mi corazón;
Vuestras promesas, mi Dios, ¡nos regresarán a la vida!
¡Oh mi alma, espera al Señor!

Y que, desde que en la tarde hasta el Día que comienza,
Israel inclinando sus lagrimas
Levante sus tristes manos, lleva su esperanza
Hacia Dios que calma los dolores

Porque el Señor es grande, y su misericordia
Descenderá para comprarnos,
Y la abundante gracia que a nuestors corazones lleva,
Desde el cielo vendrá para apurarnos

Él libera a Israel de la profunda pena
Que le hizo verter sus lágrimas.
Israel cantará, liberado de su cadena,
Un himno al Señor de los Señores.

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 12:12 PM   0 comments
Jules Verne -Lorsque la douce nuit...-
Lorsque la douce nuit...
Jules Verne (1828-1905)

Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,
S'avance pas à pas, à la chute du jour,
S'avance dans le ciel, tendre, timide et lente,
Toute heureuse d'un fol amour ;

Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,
Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,
Eparpillent au loin leurs gerbes d'artifices,
Dans les espaces purs et blancs ;

Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,
Tout chaud de ce soleil qui vient de l'embraser,
A la terre, pour lui pleine d'amour et d'ombres,
S'unit dans un brûlant baiser ;

Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,
L'étoile de l'azur, sur le sol transparent,
Allume au sein de l'herbe une étoile timide,
Cette étoile du ver luisant ;

Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,
A ce tendre contact a refermé son sein,
Et garde en s'endormant la fraîcheur odorante
Qui doit parfumer le matin ;

Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,
Le cyprès de ce champ où finit la douleur,
Est là, plus triste et froid qu'un mystérieux psaume
Qui tombe sur un ton mineur ;

Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,
L'if, comme de grands bras agite ses rameaux,
Et tout mélancolique, en paroles muettes,
Cause bas avec les tombeaux ;

Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,
L'oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,
Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente
En attendant quelque soleil ;

Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,
Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,
Dans la nuit qui l'entoure en son humide haleine
Est ruisselante de pleurs ;

Quand toute la nature, et l'étoile de la pierre,
Et l'arbre du chemin, la croix du carrefour,
Se sont tous revêtus de l'ombre, du mystère,
Après les fatigues du jour ;

Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,
A plus de volupté que le soleil le jour,
Oh ! viens, je te dirai tout ce que j'ai dans l'âme,
Tout ce que j'ai de tendre amour.


Cuando la dulce noche

Cuando la dulce noche, como una dulce amante,
Avanza paso a paso, a la caída del día,
Avanza en el cielo, tierna, tímida y lenta,
Muy feliz de un loco amor

Cuando los mudos fuegos abandonan el clemente cielo,
Puntean en la noche, discretos, chispeantes,
Esparcen a lo lejos sus haces de artificio,
En los espacios puros y blancos

Cuando el cielo amoroso en el seno de las sombrías redes,
Todo caluroso de ese Sol que acaba de abrasarlo,
A la Tierra, para llenarlo de amor y de sombras
Se unen en un abrasador beso

Cuando se refleja como en un límpido lago,
La estrella del azul celeste, sobre el suelo transparente,
Brilla en el seno de la hierba una estrella tímida,
Esa estrella del gusano fulgurante

Cuando en las brisas de la tarde, la hoja temblorosa,
A ese tierno contacto ha cerrado su seno,
Y conserva durmiéndose la frescura olorosa
Que debe perfumar la mañana.

Cuando sobre el sombrío azul, como un triste fantasma,
El ciprés de ese campo donde termina el dolor,
Está allá, más triste y frío que un misterioso salmo
Que cae sobre un tono menor

Cuando inclinando su cabeza a los secretos quejidos
El tejo, como con grandes brazos agita sus ramas,
Y muy melancólico, en palabras mudas,
Charla bajo con las tumbas

Cuando en la cuna de Dios, sobre la durmiente rama,
El apacible y feliz pájaro encontró el sueño,
Cuando el hilo de la Virgen ha recuperado su tienda
Esperando algun Sol

Cuando la cruz desplegada en su forma incierta,
Sobre el camino del Cielo con sus dos brazos de dolores,
En la noche que la cerca en su humilde aliento
Está chorreante de lágrimas.

Cuando toda la naturaleza, y la estrella de la piedra,
Y el árbol del camino, la cruz de la encrucijada,
Se revisten de la sombra, del misterio,
Después de las fatigas del día.

Cuando todo nos habla de corazón, cuando la mujer temblorosa,
Tiene más de voluptuosidad que el Sol por el día,
¡Oh! ven, te diré todo eso que tengo en el alma,
Todo eso que tengo de tierno amor.

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 11:54 AM   0 comments
Jules Verne -Le génie-
Le génie
Jules Verne (1828-1905)


Comme un pur stalactite, oeuvre de la nature,
Le génie incompris apparaît à nos yeux.
Il est là, dans l'endroit où l'ont placé les Cieux,
Et d'eux seuls, il reçoit sa vie et sa structure.

Jamais la main de l'homme assez audacieuse
Ne le pourra créer, car son essence est pure,
Et le Dieu tout-puissant le fit à sa figure ;
Le mortel pauvre et laid, pourrait-il faire mieux ?

Il ne se taille pas, ce diamant byzarre,
Et de quelques couleurs dont l'azur le chamarre,
Qu'il reste tel qu'il est, que le fit l'éternel !

Si l'on veut corriger le brillant stalactite,
Ce n'est plus aussitôt qu'un caillou sans mérite,
Qui ne réfléchit plus les étoiles du ciel.


El genio

Como una pura estalactita, obra de la naturaleza,
El genio incomprendido aparece ante nuestros ojos
Esta allá, en el lugar donde se le pone en los Cielos,
Y de ellos solos, él recibe su vida y su estructura.

Nunca la mano del hombre más osado
La podrá crear, porque su escencia es pura,
Y el Dios todopoderoso lo hizo a su figura;
El mortal pobre y feo, ¿podría ser mejor?

No se fabrica, ese raro diamante,
Y de algunos colores del cual el azul lo engalana,
¡Que permanece tal cual es, que lo hizo lo eterno!

Si se quiere corregir la brillante estalactita,
Bien pronto no es más que una piedra sin mérito,
Que no reflejen más las estrellas del cielo.

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Jules Verne -Le silence dans une église-
Le silence dans une église
Jules Verne (1828-1905)

Au levant de la nef, penchant son humide urne,
La nuit laisse tomber l'ombre triste du soir ;
Chasse insensiblement l'humble clarté diurne ;
Et la voûte s'endort sur le pilier tout noir ;

Le silence entre seul sous l'arceau taciturne,
L'ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;
L'autel froid se revêt de sa robe nocturne ;
L'orgue s'éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !

Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;
Tout s'éveille, et le son élargit sa spirale,
L'orgue gémit, l'autel tressaille de ce bruit ;

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;
La voûte le redit, et s'agite dans l'ombre...
Puis tout s'éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !


El silencio en una iglesia

En uno de los lados de la nave, inclinando su húmeda urna,
La noche deja caer la sombra triste de la tarde;
Caza insensiblemente la modesta claridad diurna;
Y la boveda se duerme sobre el negro pilar.

El silencio penetra solo bajo el arco taciturno,
La ojiva en los pardos vitrales no se deja ver;
El frio altar se arropa con su vestido noctuno;
El órgano se apaga; ¡todo duerme en el sagrado dormitorio!

En el silencio, un paso resuena sobre el suelo;
Todo se despierta, y el sonido extiende su espiral,
El órgano gime, el altar tiembla bajo ese ruido.

El pilar lo repite en su cavidad sombría;
El arco lo retransmite, y se agita en la sombra...
¡Despues todo se desvanece, todo muere, y vuelve a caer la noche!

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Jules Verne -J'aime ces doux oiseaux...-
J'aime ces doux oiseaux...
Jules Verne (1828-1905)

J'aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l'air
Leur vie et leur amour, et plus prompts que l'éclair,
Qui s'envolent ensemble !
J'aime la fleur des champs, que l'on cueille au matin,
Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
Qui d'enivrement tremble !

J'aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
Qui s'éveillent dans l'âme !
J'aime l'ange gardien qui dirige mes pas,
Qui me presse la main, et me donne tout bas
Pour les maux un dictame !

J'aime du triste saule, au soir muet du jour,
La tête chaude encor, pleine d'ombre et d'amour,
Qui se penche et qui pense !
J'aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
Tomber en souriant cette amoureuse fleur
Qu'on nomme l'espérance !

J'aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
Une triste harmonie !
J'aime seule écouter le langage des cieux
Qui parlent à la terre, et l'emplissent de feux
De soleil et de vie.

J'aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
M'asseoir toute pensive !
J'aime à suivre parfois en des rêves dorés
Mon âme qui va perdre en des flots azurés
Sa pensée inactive !

J'aime l'effort secret du coeur, qui doucement
S'agite, la pensée au doux tressaillement,
Que l'on sent en soi-même !
Mieux que l'arbre, l'oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
Le saule tout en pleurs, l'espérance des Cieux...
J'aime celui qui m'aime.


Amo esos dulces pájaros

Amo esos dulces pájaros, que se pasean en el aire
Su vida y su amor, y más rápidos que el relampago¡
Que vuelan todos juntos!
Amo la flor de los campos, que se recoge en la mañana,
Y que en la tarde, en el baile, se posa sobre su seno
¡Que de embriaguez se estremece!

Amo los torbellinos de los bailes, de los placeres,
Las fiestas, el atavío, y los tiernos deseos¡
Que se despiertan en el alma!
Amo al angel guardián que dirige mis pasos,
Que me aprieta la mano, y me da en voz baja
¡Para las dolores un dictamen!

Amo al triste sauce, en la muda tarde del día,
La cabeza aún caliente, llena de sombra y de amor,
¡Que se inclina y que piensa!
Amo la mano de Dios, puesta sobre nuestro corazón
Dejar caer sonriendo esa amorosa flor
¡Que se nombra esperanza!

Amo la dulce orquesta, en lágrimas, lamentándose
Que vierte sobre mi alma un lánguido acento,
¡Una triste armonía!
Amo sólo escuchar el lenguaje de los Cielos
Que hablan a la Tierra, y la llenan de fuegos
De Sol y de vida.

Amo a las orillas del mar, contemplar el cielo azul
Que encierra en su seno el poder de Dios,
¡Sentarme pensativamente!
Amo seguir en ocasiones en los sueños dorados
Mi alma que va a perderse en las corrientes azules
¡Su pensamiento inactivo!

Amo el secreto esfuerzo del corazón, que dulcemente
Se agita, el pensamiento de dulce principio
¡Que se siente en sí mismo!
Mejor que el árbol, el pájaro, la flor que complace a los ojos,
El sauce envuelto en lágrimas

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 11:29 AM   0 comments
Jules Verne -Ô toi, que mon amour profond...-
Ô toi, que mon amour profond...
Jules Verne (1828-1905)

A Herminie.

Ô toi, que mon amour profond et sans mélange
Formé de ton image et de ton souvenir,
Avait su distinguer en l'auguste phalange
Des jeunes beautés dont nous faisons notre ange
Pour nous guider dans l'avenir,

Toi que tout rappelait à mon âme inquiète,
Et dont l'âme sans cesse assise auprès de moi,
Me dérobait du temps, qu'à présent je regrette,
Le cours lent à mes voeux, quand la bouche muette,
Je ne pouvais penser qu'à toi,

Qu'as-tu fait - loin de moi, tu fuis, et ton sourire
Vers moi se tourne encor, adorable et moqueur,
Tu sais ce que toujours, tout-puissant, il m'inspire,
Tu l'adresses, hélas ! il me paraît me dire :
Je te quitte de gaîté de coeur !

Tu me railles, méchante, ah ! de ta moquerie,
Si tu voyais combien l'aiguillon me fait mal,
Ce qu'à l'âme, il me met de douleur, de furie
!D'amour ! tu cesserais ta vile fourberie !...
Mais non ! - cela t'est bien égal !

C'est trop te demander - pars, fuis où bon te semble ;
Ailleurs, va-t'en verser la joie et le plaisir ;
Cherche un autre amant ; Dieu fasse qu'il me ressemble !...
Nous pouvions dans l'amour vivre longtemps ensemble...
Seul, dans l'ennui, je vais mourir !


Oh, tú, mi amor profundo


Oh tú, mi amor profundo y sin mezcla
Formado de tu imagen y tu recuerdo,
Había sabido distinguir en la augusta falange
De las jovenes bellezas que hicimos nuestro ángel
Para guiarnos en el futuro.

Tú que todo recuerda a mi alma inquieta,
Y cuya alma sin cesar se sienta cerca de mi,
Me roba el tiempo, que ahora lamento,
El lento curso a mis deseos, cuando con la boca muda,
Solo podía pensar en ti.

¿Qué has hecho lejos de mi? Huiste, y tu sonrisa
Hacia mi aún se vuelve, adorable y burlona,
Sabes eso que siempre, todopoderoso, me inspira,
¡Tu lo sabes, ay! Me parece decirme:
¡Te abandono a voluntad!

Tu me mofas, malvada, ah con tu broma,
Si tú vieras cuánto mal me hace eso,
¡Es que en el alma, siento dolor, furia!
¡De amor! ¡podrías terminar tu vil engaño!...
¡Pero no! ¡eso te importa poco!

Es mucho pedirte, vete, huye a donde bien te reciban
Además ve a verter la alegría y el placer
Busca otro amante ¡Dios quiera que se me parezca!...
Podríamos, en el amor, haber vivido durante mucho tiempo...
¡Solo, en el aburrimiento, voy a morir!

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 11:04 AM   0 comments
Jules Verne -Quand par le dur hiver...-
Quand par le dur hiver...
Jules Verne (1828-1905)

Quand par le dur hiver tristement ramenée
La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
Par nos nombreux fagots, rendez-moi l'âtre étroit !

Par le rêveur oisif, la douce après-dinée !
Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
Au bonheur ! - il ne veut devant sa cheminée
Qu'un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

Il tisonne son feu du bout de sa pincette;
La flamme s'élargit, comme une étoile jette
L'étincelle que l'oeil dans l'ombre fixe et suit;

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre;
L'illusion redouble; heureux ! il pense joindre
A la chaleur du jour le charme de la nuit !


Cuando por el duro invierno...

Cuando por el duro invierno que tristemente vuelve
La nieve con sus largos copos cae, blanqueando el techo
Deja el quejido del tiempo, la faz romadiza
Que por nuestros numerosos haces, me devuelve la estrecha chimenea

Para el ocioso soñador, la dulce sobremesa
Con los pies sobre los morrillos, sueña, cree
¡La felicidad! No quiere delante de su chimenea más
Que una butaca bien suave, ¡donde pueda burlarse del frío!

Atiza su fuego por medio de sus tenazas
La llama crece, como una estrella caída
La chispa que el ojo ve en la sombra se mantiene y sigue.

Le parece entonces ver que los astros de la noche se muestran
La ilusión se redobla; ¡está feliz! piensa unir¡
Al calor del día el encanto de la noche!

Versión de Ariel Pérez

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Jules Verne -Connaissez-vous mon Andalouse-
Connaissez-vous mon Andalouse
Jules Verne (1828-1905)

Connaissez-vous mon Andalouse,
Plus belle que les plus beaux jours,
Folle amante, plus folle épouse,
Dans ses amours, toute jalouse,
Toute lascive en ses amours !

Vrai dieu ! de ce que j'ai dans l'âme,
Eussé-je l'enfer sous mes pas,
Car un mot d'amour de ma dame
A seul allumé cette flamme,
Mon âme ne se plaindra pas !

C'est que ma belle amante est belle,
Lorsqu'elle se mire en mes yeux !
L'étoile ne luit pas tant qu'elle,
Et quand sa douce voix m'appelle,
Je crois qu'on m'appelle des Cieux !

C'est que sa taille souple et fine
Ondule en tendre mouvement,
Et parfois de si fière mine,
Que sa tête qui me fascine
Eblouit comme un diamant !

C'est que la belle créature
Déroule les flots ondoyants
D'une si noire chevelure
Qu'on la couvre, je vous jure,
De baisers tout impatients !

C'est que son oeil sous sa paupière
Lance un rayon voluptueux,
Qui fait bouillir en mon artère,
Tout ce que Vénus de Cythère
Dans son sein attise de feux !

C'est que sur ses lèvres de rose
Le sourire de nuit, de jour
Brille comme une fleur éclose
Et quand sur mon coeur il se pose,
Il le fait palpiter d'amour !

C'est que lorsqu'elle m'abandonne
Sa blanche main pour la baiser,
Que le ciel se déchaîne et tonne,
Que m'importe, - Dieu me pardonne,
Il ne peut autant m'embraser !

C'est que sa bouche bien-aimée
Laisse tomber comme une fleur
Douce haleine parfumée,
Et que son haleine embaumée
Rendrait aux roses leur couleur !

C'est que sa profonde pensée
Vient se peindre en son beau regard,
Et que son âme est caressée,
Comme la douce fiancée
Quand l'amant vient le soir bien tard

!Allons l'amour, les chants, l'ivresse !
Il faut jouir de la beauté !
Amie ! oh que je te caresse !
Que je te rende, ô ma maîtresse,
Palpitante de volupté !

Oh ! viens ! viens toute frémissante,
Qu'importe qu'il faille mourir,
Si je te vois toute expirante
Sous mes baisers, ma belle amante,
Si nous mourons dans le plaisir !


¿Conocéis a mi Andaluza?

¿Conocéis a mi Andaluza?
Más bella que los más bellos días,
Loca amante, más loca esposa,
En sus amores, toda celosa,
¡Toda lasciva en sus amores!

¡Verdadero Dios! de esto que tengo en el alma
Como si tuviese el infierno sobre mis pasos
Porque una palabra de amor de mi dama
Ha sólo avivado esta llama,
¡Mi alma no se quejará!

Mi bella amante es bella,
¡Cuando se mira en mis ojos!
La estrella no brilla tanto como ella,
¡Y cuando su dulce voz me llama,
Creo que me llaman desde los Cielos!

Su fino y flexible tamaño
Ondula en tierno movimiento,
Y en ocasiones tan maravillosa mina,
Su cabeza que me fascina
¡Brilla como un diamante!

La bella criatura
Desata las corrientes ondulantes
De una bien negra cabellera
Que la cubrimos, les juro,
¡De besos todos impacientes!

Su ojo bajo su párpado
Lanza un voluptuoso rayo,
Que hace hervir en mi arteria
Todo aquello que Venus de Citera
¡En su seno aviva de fuego!

Sobre sus labios de rosa
La sonrisa de noche, de día
Brilla como una flor que nace¡
Y cuando sobre mi corazón se posa
Lo hace palpitar de amor!

Cuando ella me da
Su blanca mano para que la bese,
Que el Cielo se desancadene y truene,
Que me importa, Dios me perdone,
¡Él no puede así besarme!

Su boca bienamada
Se deja caer como una flor
Dulce aliento perfumado,
Y que su balsámico aliento
¡Le devolvería a las rosas su color!

Su profundo pensamiento
Viene a pintarse en su bella apariencia,
Y es que su alma es acariciada,
Como la dulce novia¡
Cuando el amante llega bien tarde en la noche!

¡Viva entonces el amor, los cantos, la embriaguez!
¡Es necesario disfrutar de la belleza!
¡Amiga! ¡oh te acaricio!
¡Que te dejo, oh mi señora,
Palpitante de placer!

¡Oh! ¡ven! ven toda vibrante,
Que importa que haga falta morir,
Si te veo expirando
Bajo mis besos, mi bella amante.
¡Si morimos de placer!

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 10:39 AM   0 comments
Jules Verne -Tempête et calme-
Tempête et calme
Jules Verne (1828-1905)

L'ombre
Suit
Sombre
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.

Tranquille
L'air pur
Distille
L'azur ;
Le sage
Engage
Voyage
Bien sûr !

L'atmosphère
De la fleur
Régénère
La senteur,
S'incorpore,
Evapore
Pour l'aurore
Son odeur.

Parfois la brise
Des verts ormeaux
Passe et se brise
Aux doux rameaux ;
Au fond de l'âme
Qui le réclame
C'est un dictame
Pour tous les maux !

Un point se déclare
Loin de la maison,
Devient une barre ;
C'est une cloison ;
Longue, noire, prompte,
Plus rien ne la dompte,
Elle grandit, monte,
Couvre l'horizon.

L'obscurité s'avance
Et double sa noirceur ;
Sa funeste apparence
Prend et saisit le coeur !
Et tremblant il présage
Que ce sombre nuage
Renferme un gros orage
Dans son énorme horreur.

Au ciel, il n'est plus d'étoiles
Le nuage couvre tout
De ses glaciales voiles ;
Il est là, seul et debout.
Le vent le pousse, l'excite,
Son immensité s'irrite ;
A voir son flanc qui s'agite,
On comprend qu'il est à bout !

Il se replie et s'amoncelle,
Resserre ses vastes haillons ;
Contient à peine l'étincelle
Qui l'ouvre de ses aquilons ;
Le nuage enfin se dilate,
S'entrouvre, se déchire, éclate,
Comme d'une teinte écarlate
Les flots de ses noirs tourbillons.

L'éclair jaillit ; lumière éblouissante
Qui vous aveugle et vous brûle les yeux,
Ne s'éteint pas, la sifflante tourmente
Le fait briller, étinceler bien mieux ;
Il vole ; en sa course muette et vive
L'horrible vent le conduit et l'avive ;
L'éclair prompt, dans sa marche fugitive
Par ses zigzags unit la terre aux cieux.

La foudre part soudain ; elle tempête, tonne
Et l'air est tout rempli de ses longs roulements ;
Dans le fond des échos, l'immense bruit bourdonne,
Entoure, presse tout de ses cassants craquements.
Elle triple d'efforts ; l'éclair comme la bombe,
Se jette et rebondit sur le toit qui succombe,
Et lé tonnerre éclate, et se répète, et tombe,
Prolonge jusqu'aux cieux ses épouvantements.

Un peu plus loin, mais frémissant encore
Dans le ciel noir l'orage se poursuit,
Et de ses feux assombrit et colore
L'obscurité de la sifflante nuit.
Puis par instants des Aquilons la houle
S'apaise un peu, le tonnerre s'écoule,
Et puis se tait, et dans le lointain roule
Comme un écho son roulement qui fuit ;

L'éclair aussi devient plus rare
De loin en loin montre ses feux
Ce n'est plus l'affreuse bagarre
Où les vents combattaient entre eux ;
Portant ailleurs sa sombre tête,
L'horreur, l'éclat de la tempête
De plus en plus tarde, s'arrête,
Fuit enfin ses bruyants jeux.

Au ciel le dernier nuage
Est balayé par le vent ;
D'horizon ce grand orage
A changé bien promptement ;
On ne voit au loin dans l'ombre
Qu'une épaisseur large, sombre,
Qui s'enfuit, et noircit, ombre
Tout dans son déplacement.

La nature est tranquille,
A perdu sa frayeur ;
Elle est douce et docile
Et se refait le coeur ;
Si le tonnerre gronde
Et de sa voix profonde
Là-bas trouble le monde,
Ici l'on n'a plus peur.

Dans le ciel l'étoile
D'un éclat plus pur
Brille et se dévoile
Au sein de l'azur ;
La nuit dans la trêve,
Qui reprend et rêve,
Et qui se relève,
N'a plus rien d'obscur.

La fraîche haleine
Du doux zéphir
Qui se promène
Comme un soupir,
A la sourdine,
La feuille incline,
La pateline,
Et fait plaisir.

La nature
Est encor
Bien plus pure,
Et s'endort ;
Dans l'ivresse
La maîtresse,
Ainsi presse
Un lit d'or.

Toute aise,
La fleur
S'apaise ;
Son coeur
Tranquille
Distille
L'utile
Odeur.

Elle
Fuit,
Belle
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.


Tempestad y calma

La sombra
Sigue
Sombría
Noche;
Una
Luna
Clara
Destella.

Tranquilla
El aire puro
Destila
El azul celeste;
El sabio
Alquila
Viaje
¡Por supuesto!

La atmósfera
De la flor
Regenera
El olor,
Se incorpora,
Evapora
Para la aurora
Su olor.

En ocasiones la brisa
De los verdes olmos
Pasa y se estrella
En las dulces ramas
En el fondo del alma
Que la reclama
¡Es un remedio
Para todos los males!

Un punto se declara
Lejos de la casa
Se convierte en una vara;
Es una confusión;
Larga, negra, rápida
Nada más la doma
Ella se agranda, sube,
Cubre el horizonte.

La oscuridad avanza
Y dobla su negrura;
¡Su funesta apariencia
Toma y sobrecoge el corazon!
Y temblando presagia
Que esa oscura nube
Encierra una gran tormenta
En su enorme horror.

En el cielo, no hay más estrellas
La nube cubre todo
Con sus glaciales velas
Esta allí, solo y de pie.
El viento lo empuja, lo excita,
Su inmensaidad se irrita;
¡Al ver su flanco que se agita,
Se comprende que esta en el límite!

Se repliega y se agrupa,
Aprieta sus vastos harapos;
Apenas contiene los centelleos
Que le vienen de sus vientos norteños;
La nube en fin se dilata,
Se entreabre, se rasga, explota,
Como un matiz escarlata
Las corrientes de sus negros torbellinos

El relámpago resplandece; luz brillante
Que os ciega y os quema los ojos,
No se desvanece, la tormenta silbante
Lo hace brillar, encenderse mucho mejor;
Vuela; en su curso mudo y rápido
El horrible viento lo conduce y lo aviva;
El rápido relampago, en su fugitiva marchaP
or sus zigzags une la Tierra a los Cielos.

El rayo parte instantaneamente; tempestea, truena
Y el aire se llena de sus largo ruido;
En el fondo de los ecos, el inmenso ruido zumba,
Envuelve, presiona todos de sus resquebrajosos crujidos.
Triplica sus esfuerzos; el relámpago como la bomba,
Se lanza y rebota sobre el tejado que sucumbe,
Y el trueno estalla, y se repite, y cae,
Prolonga hasta los Cielos sus aterramientos.

Un poco más lejos, pero tembloroso todavía
En el negro cielo la tormenta continúa,
Y de sus fuegos ensombrece y colorea
La oscuridad de la silbante noche.
Entonces por instantes los vientos del norte la mueven
Se calma un poco, el trueno se esparce,
Y despues se acalla, y en la lejanía rueda
Como un eco solamente que fue

El relampago también es cada vez más raro
De vez en cuando muestra sus fuegos
No es más la cruenta lucha
Donde los vientos combatían entre ellos;
Llevando a otras partes su sombría cabeza,
El horror, el estampido de la tempestad
Un poco más tarde, se detiene,
Finalmente huyen sus bulliciosos juegos.

En el cielo la última nube
Es barrida por el viento;
En el horizonte esa gran tempestad
Ha cambiado muy rápidamente;
No se ve a lo lejos en la sombra
Más que una espesura larga, sombría,
Que se va, se tiñe de negro, oscuridad
Toda en su desplazamiento.

La naturaleza está tranquila,
Ha perdido su miedo;
Es dulce y dócil
Y se regocija el corazón;
Si el trueno ruge
Y con su profunda voz
Allá preocupa al mundo,
Aquí no se le teme más.

En el cielo la estrella
Con un luz más pura
Brilla y se devela
En el seno del azul celeste;
La noche en la tregua,
Que toma y sueña,
Y que se levanta,
No tiene más oscuridad.

El agradable aliento
Del dulce hálito
Que camina
Como un suspiro,
Silenciosamente,
La hoja inclina,
La zalamería,
Y provoca placer.

La naturaleza
Es aún
Mucho más pura,
Y se duerme;
En la embriaguez
La señora,
Asi junta
Una cama de oro.

Toda alegre,
La flor
Se calma;
Su corazón
Tranquilo
Destilla
El útil
Olor.

Ella
Huye,
Bella
Noche;
Una
Luna
Clara
Destella.

Versión de Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 9:53 AM   0 comments
Jules Verne -La cloche du soir-
La cloche du soir
Jules Verne (1828-1905)

La barque s'enfuyait sur l'onde fugitive ;
La nuit se prolongeant comme un paisible soir
A la lune du ciel pâle, méditative,
Prêtait un doux abri dans son vêtement noir ;

Dans le lointain brumeux une cloche plaintive
Soupire un son pieux au clocher du manoir ;
Le saint bruit vient passer à l'oreille attentive,
Comme une ombre que l'oeil croit parfois entrevoir ;

A la pieuse voix la nacelle docile
Sur l'onde qui frémit s'arrête, puis vacille,
Et sur le flot dormant, sans l'éveiller, s'endort ;

Le nautonnier ému d'une main rude et digne
Courbe son front ridé, dévotement se signe...
Et la barque reprend sa marche vers le port.


La campana de la tarde

La barca huía sobre la fugitiva ola
La noche se prolongaba como una apacible tarde
A la Luna de cielo pálido, meditativa
Prestaba un dulce abrigo en su vestido negro

En la lejana niebla una triste campana
Suspira un piadoso sonido al compás de los campanazos
El santo ruido viene a pasar por el atento oído,
Como una sombra que el ojo cree en ocasiones entrever.

A la piadosa voz la dócil barca que
Sobre la ola se estremece, se detiene, después vacila,
Y sobre el flujo durmiente, sin despertarlo, se calma.

El barquero poseedor de una mano ruda y digna
Curva su fruncida frente, la devoción se muestra...
Y la barca retoma su marcha hacia el puerto

Versión Ariel Pérez

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posted by Alfil @ 9:49 AM   0 comments
Jules Verne -Hésitation-
Hésitation
Jules Verne (1828-1905)


Celle que j'aime a de grands yeux
Sous de brunes prunelles;
Celle que j'aime sous les cieux
Est la belle des belles.
Elle dore, embellit mes jours,
Oh ! si j'étais à même,
Mon Dieu, je voudrais voir toujours
Celle que j'aime.

Celle que j'aime est douce à voir,
Il est doux de l'entendre;
Sa vue au coeur fixe l'espoir
Que sa voix fait comprendre.
Son amour sera-t-il pour moi,
Pour moi seul, pour moi-même ?
Si j'aime, c'est que je la vois
Celle que j'aime.

Auprès d'elle, hélas ! je ressens
Une émotion douce;
Absente, vers elle en mes sens
Quelque chose me pousse.
Pour moi dans le fond de son coeur
S'il en était de même ?
Aurait-elle un regard trompeur,
Celle que j'aime ?

Celle que j'aime, hélas ! hélas !
A son tour m'aime-t-elle ?
Je ne sais; je ne lui dis pas
Que son oeil étincelle.
Est-ce pour moi qu'il brille ainsi ?
Félicité suprême ! ...
Ailleurs l'enflamme-t-elle aussi,
Celle que j'aime ?

Si trompant ma naïveté
Par son hypocrisie,
Elle se sert de sa beauté
Pour me briser ma vie !
Son coeur peut-il être si noir ?
Oh ! non; c'est un blasphème !
Un blasphème ! ...
il ne faut que voir
Celle que j'aime.

Non, non, amour, amour à nous
Car en te faisant femme,
Dieu, je lui rends grâce à genoux,
Te donna de mon âme.
Accours ! je m'attache à tes pas
Dans mon ardeur extrême ...
Peut-être, elle ne m'aime pas,
Celle que j'aime.


Vacilación

Esa que amo tiene grandes ojos
Bajo las castañas pupilas;
Esa que amo bajo los Cielos
Es bella entre las bellas.
Ella brilla, embellece mis días,
¡Oh! si estuviera allá,
Mi Dios, me gustaría verla siempre
Esa que amo.

Esa que amo, es muy dulce verla,
Es dulce escucharla;
Su mirada fija en el corazón la esperanza
Que su voz hace comprender.
¿Será para mi todo su amor,
Para mi solo, para mi mismo?
Si amo, es que la veo
Esa que amo.

Cerca de ella, ¡ay! siento
Una dulce emoción
Ausente, hacia ella en mis sentidos
Algo me empuja.
Para mi en el fondo de su corazón
Si fuese de la misma manera
¿Le daría una mirada extraviada?
Esa que amo

Esa que amo, ¡ay! ¡ay!
Cuando sea su turno, ¿me amará?
No lo sé; no le he dicho
Que su ojo brilla.
¿Es para mi que brilla así?
¡Félicidad suprema!...
Además, ¿lo enciende ella también?
Esa que amo

Si burlando mi inocencia
Por su hipocresía,
¡Se sirve de su belleza
Para quitarme mi vida!
¿Su corazón podrá ser asi de negro?
¡Oh! ¡no, esa es una blasfemia!
¡Un blasfemo!... no hace falta más que ver
Esa que amo.

No, no, amor, amor en nosotros
Porque al hacerte mujer,
Dios, le doy mi agradecimiento de rodillas,
Te di mi alma.¡Corre! me uno a tus pasos
En mi extremo ardor...
Quizás, no me ame,
Esa que amo.

Versión Ariel Pérez

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Boris Vian -L'evadé-
jeudi, mai 13, 2004
L'evadé
Boris Vian (1920-1959)

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l'odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d'acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l'eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il s'est relevé pour sauter

Pourvu qu'ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive
Le sang et l'eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme

Il avait eu le temps de vivre.


El fugitivo


Bajó corriendo la ladera de la colina
Sus pies hacían rodar las piedras
Arriba, entre los cuatro muros
La sirena cantaba sin alegría

Respiraba el olor de los árboles
Con su cuerpo como una fragua
La luz le acompañaba
Y hacía bailar su sombra

¡Ojalá! me dejen el tiempo
Saltaba entre las hierbas
Cogió dos hojas amarillas
Llenas de savia y de sol

Los cañones de acero azul escupían
Cortas llamas de fuego seco
¡Ojalá! me dejen tiempo
Llegó cerca del agua

Hundió su rostro en la corriente
Se reía con alegría; bebió
¡Ojalá! me dejen tiempo
Se levantó de nuevo para saltar

¡Ojalá! me dejen tiempo
Una abeja de cobre caliente
Lo fulminó sobre la otra orilla
La sangre y el agua se mezclaron

Había tenido el tiempo de ver
El tiempo de beber de este riachuelo
El tiempo de llevar a su boca
Dos hojas llenas de sol

El tiempo de reírse a la cara de los asesinos
El tiempo de alcanzar la otra orilla
El tiempo de correr hacia la mujer
Había tenido el tiempo de vivir.

Versión de Claire Deloupy

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Boris Vian -La vie, c'est comme une dent...-
La vie, c'est comme une dent...
Boris Vian (1920-1959)

La vie, c'est comme une dent
D'abord on y a pas pensé
On s'est contenté de mâcher
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu'on soit vraiment guéri
Il faut vous l'arracher, la vie.


La vida es como una muela...

La vida es como una muela:
Al principio ni se piensa en ella
Con masticar uno se contenta
La cosa pronto se pone fea
Te duele, y uno se aferra
Y uno la cuida y los malos días
Y para que uno sane del todo
Habrá que sacártela, la vida.

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posted by Alfil @ 6:34 AM   0 comments
Boris Vian -Le déserteur-
Le déserteur
Boris Vian (1920-1959)

Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir

Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens

C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers

Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:

« Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir »

S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarme
sQue je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer


El desertor

Le escribo esta canción
Señor Presidente
escuche atentamente
si es que tiene ocasión.

Me acaban de llegar
noticias militares
para ir a otros lugares
y a la gente matar.

Estimado Señor
yo no lo quiero hacer
ahora lo va usted a ver
tome una decisión.

No se lo tome a mal
que he de comunicarle
que he tirado su sable
y voy a desertar.

A poco que nací
la muerte he conocido
a mis seres queridos
los he visto sufrir.

Mi madre murió al fin
y oculta entre las sombras
se burla de las bombas
de usted y de mí

Perdí a mi mujer
estando prisionero
todo lo que más quiero
recuerdos del ayer.

Al amanecer
Voy a dar con la puerta
a esta época muerta
y ahí se quede usted.

Me iré a mendigar
por los pueblos de España
por Valles y montañas
gritando a los demás.

No obedezcáis
no vayáis a la guerra
quedaos en vuestra tierra
haced lo que queráis.

Si la sangre hay que dar
Señor Presidente
dadla por vuestra gente
sería una heroicidad.

Si me manda a buscar
adviértale a los guardias
que yo no llevo armas
que pueden disparar.

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posted by Alfil @ 6:27 AM   0 comments
Boris Vian -Les frères-
Les frères
Boris Vian (1920-1959)

Dans un chemin banal
du côté de la Somme
il y avait quatre homme
set pas de caporal

Le premier s’appelait Jules.

Il posait des gouttières et réparait les vitres
et dans sa vie privée, il était somnambule
Tous les lundis matin, il avait mal au crâne
Y a qu’à la fin d’la s’maine que l’on se porte bien
Ses cheveux étaient frisés
nez droit, yeux bleus
bouche ordinaire, et menton rond
taille : un mètre soixante-deux
signes particuliers : néant.
Un jour, il fit la connaissance
d’une fille très remarquable,
elle n’était pas comme les autres.
Vu qu’il penchait pour la décence
et qu’elle voulait rester convenable
ils firent de leur côté ce que l’on fait du nôtre,
ils eurent de ce fait deux enfants sans effort.

Le second s’appelait Victor.

Il vendait des cravates et des pierres à briquet
et dans sa vie privée, il souffrait de ses cors.
Tous les lundis matin, il buvait beaucoup d’eau
y a qu’à la fin d’la s’main que l’on se porte bien.
Son nez ? Un nez busqué
zyeux noirs, cheveux noirs
bouche ordinaire, menton rond
taille : un mètre cinquante-huit
signes particuliers : néant.
Un jour qu’il allait au travail
une fille au regard troublant
vint à passer sur son chemin.
Cela fit sortir de ses rails
le wagon de ses sentiments,
il leur vint donc l’idée de s’ coller le lend’main.
Tous les samedis soir, ils jouaient au billard.

Le troisième s’appelait Léon.

Il était chien dentiste et vivait de chicots
et dans sa vie privée, il avait des visions
Tous les lundis matin, il avait la bouche sèche,
y a qu’à la fin d’la s’main que l’on se porte bien.
Ses yeux avaient des reflets verts
cheveux châtain, nez en trompette
bouche ordinaire, menton rond,
taille : un mètre soixante-sept
signes particuliers : néant.
Un beau jour, il eut l’avantage
de s’aventurer par hasard
dans la chambre de sa servante
qui vivait au sixième étage.
Il y retourna tous les soirs
mais la douce Marie devint si fainéante
qu’il lui offrit son lit et lui paya une bonne.

L’ dernier s’ nommait Michel.

L’ dernier s’ nommait Michel, il était cuisinier
et dans sa vie privée, il avait la gravelle
Tous les lundis matin, sa mâchoire lui f’sait mal,
y a qu’à la fin d’la s’main que l’on se porte bien.
Ses cheveux étaient roux foncé
nez moyen, œils bruns
bouche ordinaire, menton rond
taille ? Un mètre quatre-vingts
signes particuliers : néant.
Un jour, il lui tomba la chance
de nouer quelques relations
avec la jolie Marinette
qui exerçait avec conscience
-de modiste- la profession.
C’est pour elle, un beau soir qu’il conçut la recette
de l’organdi en croûte à la sauce aux dentelles.

Comme ils étaient copains, ils s’habillaient pareil,
un pantalon crasseux, des bandes molletières,
une lourde capote en tissu pour chevaux
un fusil tout graisseux, d’ignobles godillots ;
Comme ils étaient copains ils ne se quittaient pas
ils mettaient tout ensemble et se partageaient tout :
nez busqué, nez moyen, nez droit, nez en trompette,
bouche ordinaire, menton rond.
Même, depuis un bout de temps,
comme ils étaient copains, ils s’habillaient pareil :
on ne f’sait pas d’jaloux : y avait pour chacun d’eux
un bon mètre de terre avec une petite croix.


Los hermanos

En un camino banal
De la Somme
Había cuatro hombres
Pero no había cabo.

El primero se llamaba Jules.

Ponía canaleras y arreglaba cristales
Y en su vida privada, era sonámbulo
Todos los lunes por la mañana, le dolía la cabeza
Y es que sólo nos portamos bien los fines de semana
Su cabello era rizado
Nariz recta, ojos azules
Boca corriente, mentón redondo
Estatura: un metro setenta y dos
Signos particulares: nada.
Un día, conoció
A una muchacha estupenda.
No era como las otras.
Dado que era propenso a la decencia
Y que ella quería ser decorosa
Hicieron por su parte lo que nosotros por la nuestra
Tuvieron así dos hijos sin esfuerzo.

El segundo se llamaba Víctor.

Vendía corbatas y piedras de mechero
Y en su vida privada sufría de los callos
Los lunes por la mañana bebía mucha agua
Y es que sólo nos portamos bien los fines de semana
¿Su nariz? Pequeña y aguileña
Ojos negros, cabello negro
Boca corriente, mentón redondo
Estatura: un metro cincuenta y ocho.
Signos particulares: nada.
Un día que iba al trabajo
Una muchacha de mirada turbadora
Fue a cruzarse en su camino
Eso hizo que descarrilara
El vagón de sus sentimientos.
Se unieron al día siguiente.
Todos los sábados por la noche, jugaban al billar.

El tercero se llamaba León.

Era perro dentista y vivía de arreglar muelas
Y, en su vida privada, tenía visiones.
Los lunes por la mañana, tenía la boca muy seca
Y es que sólo nos portamos bien los fines de semana.
Sus ojos tenían reflejos verdes
Cabello castaño, nariz respingona
Boca corriente, mentón redondo
Estatura: un metro sesenta y siete
Signos particulares: nada.
Un buen día, tuvo la ocurrencia
De aventurarse, por casualidad,
En la habitación de su sirvienta
Que vivía en el sexto.
Volvió todas las noches.
Ella se hizo tan vaga
Que él le ofreció su cama y le pagó una criada.

El último se llamaba Michel.

El último se llamaba Michel, era cocinero
Y, en su vida privada, tenía cálculos renales
Los lunes por la mañana, le dolía la mandíbula
Y es que sólo nos portamos bien los fines de semana.
Su cabello era pelirrojo oscuro
Nariz mediana, ojos marrones
Boca corriente, mentón redondo
Estatura: un metro ochenta.
Signos particulares: nada.
Un día, tuvo la suerte
De entablar relaciones
Con la bella Marinette
Que ejercía –con conciencia
De modista– la profesión
Para ella inventó la receta
De la corteza de organdí con salsa de puntillas.
Como eran amigos, se vestían igual
Un pantalón mugriento, infames zapatones
Un pesado capote de caballerías
Un fusil muy grasiento, medias polainas
Un casco ridículo, una cantimplora
Como eran amigos, no se separaban:
Iban en todo a medias y compartían todo:
Nariz aguileña, nariz mediana, nariz recta, nariz respingona,
Boca corriente, mentón redondo.
Incluso, al cabo de un tiempo,
como eran amigos, vestían igual;
No se tenían celos: había para ellos
Más de un metro de tierra con una pequeña cruz.

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posted by Alfil @ 6:13 AM   0 comments
Boris Vian -Le seuil de l'immortalité...-
Le seuil de l'immortalité...
Boris Vian (1920-1959)

Le seuil de l'immortalité
Est assez haut, en pierre, avec des plantes
On ne s'apercevait pas du tout qu'on le passait
Mais de l'autre côté
Des tripotées
D'oiseaux sans ailes ni sans eaux
Poussaient des cris d'échiran...


El umbral de la inmortalidad...

El umbral de la inmortalidad
Es bastante alto, de piedra, con plantas
Uno no se daba cuenta de que lo cruzaba
Pero al otro lado
montones
De pájaros sin alas y sin agua
Lanzaban gritos de esgarradores...

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posted by Alfil @ 6:08 AM   0 comments
Boris Vian -Premier amour-
Premier amour
Boris Vian (1920-1959)

à Jean Boullet

Quand un homme aime une femme
D'abord, il la prend sur ses genoux
Il a soin de relever la robe
Pour ne pas abîmer son pantalon
Car une étoffe sur une étoffe,
Ça use l'étoffe.
Ensuite, il vérifie avec sa langue
Si on lui a bien enlevé les amygdales
Sinon, en effet ce serait contagieux.
Et puis, comme il faut occuper ses mains,
Il cherche, aussi loin qu'il peut chercher
Il a vite fait de constater
La présence effective et réelle de la queue
D'une souris blanche tachée de sang
Et il tire, tendrement, sur la petite ficelle
Pour avaler le tampax.


Primer amor

a Jean Boullet

Cuando un hombre ama a una mujer
De entrada, la sienta en sus rodillas
Tomando cuidado de levantarle el vestido
Para no estropear sus pantalones
Porque tela sobre tela
Gasta la tela
Enseguida, verifica con la lengua
Si a ella la operaron de las amígdalas
Si no, sería contagioso
Después, como hay que ocupar las manos
Busca, tan lejos como pueda
Y rápido constata
La presencia efectiva y real de la cola
De una laucha blanca manchada de sangre
Y tira, tiernamente, del hilito
Para tragarse el tampax.

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posted by Alfil @ 6:02 AM   0 comments
Boris Vian -Des goûts et des couleurs-
Des Goûts et des couleurs
Boris Vian (1920-1959)

à Félix Labisse

Il y a des sexes courts
Et d'autres pendent aux genoux
Rayés de jaune et de violet
Comme l'ombre du soleil à travers la grille
Et les femmes, certaines sentent
Le Bouillon de lapin sauvage
C'est bon, avec du pain grillé.


Gustos y colores

a félix labisse

Hay sexos cortos
Y otros cuelgan hasta las rodillas
Rayados de amarillo y violeta
Como la sombra del sol a través
De la reja
Y las mujeres, algunas huelen
a caldo de conejo salvaje.
Con tostadas es rico.

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posted by Alfil @ 5:57 AM   0 comments
Boris Vian -Je suis snob-
Je suis snob
Boris Vian (1920-1959)

Je suis snob
Je suis snob
C'est vraiment le seul défaut que je gobe
Ça demande des mois de turbin
C'est une vie de galérien
Mais quand je sors avec Hildegarde
C'est toujours moi qu'on regarde
Je suis snob
Foutrement snob
Tous mes amis le sont
On est snobs et c'est bon

Chemises d'organdi
Chaussures de zébu
Cravate d'Italie
Et méchant complet vermoulu
Un rubis au doigt
De pied! pas çui-là
Les ongles tout noirs
Et un très joli petit mouchoir

Je vais au cinéma
Voir des films suédois
Et j'entre au bistro
Pour boire du whisky à gogo
J'ai pas mal au foie
Personne fait plus ça
J'ai un ulcère
C'est moins banal et plus cher

Je suis snob
Je suis snob
Je m'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je fais du cheval tous les matins
Car j'adore l'odeur du crottin
Je ne fréquente que des baronnes
Aux noms comme des trombones
Je suis snobExcessivement snob
Et quand je parle d'amour
C'est tout nu dans la cour

On se réunit
Avec les amis
Tous les vendredis
Pour faire des snobisme-parties
Il y a du coca
On déteste ça
Et du camembert
Qu'on mange à la petite cuiller

Mon appartement
Est vraiment charmant
Je me chauffe au diamant
On ne peut rien rêver de plus fumant
J'avais la télé
Mais ça m'ennuyait
Je l'ai retournée
De l'autre cote, c'est passionnant

Je suis snob
Je suis snob
Je suis ravagé par ce microbe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les petits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
Je suis snob
Encore plus snob que tout à l'heure
Et quand je serai mort
Je veux un suaire de chez Dior


Soy snob

Soy snob.
Soy snob.
Es mi defecto mejor
Me llevó meses de trabajo lograrlo.
Es una vida tan agitada,
pero ahora...
con el resultado estoy encantada.

Soy snob.
Terriblemente snob.
Todos mis amigos lo son,
porque ser snob es un amor.

Vestidos de Pucci.
Zapatos de cebú.
El soutien de Madrid.
En el dedo un rubí.
En el del pie, ¡eh!
Las uñas negras
para hacer juego con las medias

Voy al cine
sólo a ver vistas suecas.
Cuando voy al boliche.
Pido whisky a secas...
No sufro del hígado.
Ya no se usa.
Tengo una úlcera
que es más patética
y menos piruja

Soy snob.
Soy snob.
Tengo abono en el Colón
pero no voy.
Todas las mañanas
cabalgo por la costa
porque me fascina
el olor de la bosta.
Sólo visito a los nobles
con apellidos dobles.
Soy snob.
Soy snob.
Y cuando hago el amor
lo hago con guantes y en el comedor.

Tengo un guardarropas
expectacular.
Me accidento los martes
en mi Jaguar.
Porque en estas sutilezas
se distingue la snobleza.
Soy snob, tan snob,
que Nacha Guevara
a su nueva casa
ya me invitó.

Oh! Just one more time.
Soy snob, tan snob,
que cuando me muera
tendré una mortaja
de Christian Dior.

Versión de Alberto Favero

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posted by Alfil @ 5:40 AM   0 comments
Boris Vian -Ne vous mariez pas les filles-
Ne vous mariez pas les filles
Boris Vian (1920-1959)

Avez-vous vu un homme à poil
Sortir soudain d'la salle de bains
Dégoulinant par tous les poils
Et la moustache pleine de chagrin?
Avez-vous un homme bien laid
En train d'manger des spaghetti
Fourchette au poing, l'air abruti
D'la sauce tomate sur son gilet
Quand ils sont beaux, ils sont idiots
Quand ils sont vieux, ils sont affreux
Quand ils sont grands, ils sont feignants
Quand ils sont p'tits, ils sont méchants
Avez-vous un homme trop gros
Extraire ses jambes de son dodo
S'masser l'ventre et s'gratter les tifs
En r'gardant ses pieds l'air pensif?
Ne vous mariez pas, les filles, ne vous mariez pas
Faites plutôt du cinéma
Restez pucell' chez vot' papa
Dev'nez serveuse chez un bougnat
El'vez des singes, él'vez des chats
Levez la patte à l'opéra
Vendez des boît' de chocolat
Prenez le voile ou l'prenez pas
Dansez à poil pour les gagas
Soyez radeuse av'nue du Bois
Mais ne vous mariez pas, les filles
Ne vous mariez pas
Avez-vous vu un homme gêné
Rentrer trop tard pour le dîner
Du rouge à lèvres sur son col
Du flageolant sur la guibole
Avez-vous vu au cabaret
Un monsieur qui n'est plus très frais
Se frotter avec insistance
Sur un' petite fleur innocence
Quand ils sont bêtes, ils vous embêtent
Quand ils sont forts, ils font du sports
Quand ils sont riches, ils gard'nt l'artiche
Quand ils sont durs, ils vous torturent
Avez-vous vu à votre bras
Un maigrichon à fac' de rat
Friser ses trois poils de moustache
Et se redresser, l'air bravache.
Ne vous mariez, les filles, ne vous mariez pas
Mettez vos robes de gala
Allez danser à l'Olympia
Changez d'amat quat' fois par mois
Prenez la braise et gardez-la
Cachez la fraîche sous vos matelas
À cinquante ans, ça servira
À vous payer de beaux p'tits gars
Ah, la belle vie que ça sera
Si vous n'vous mariez pas, les filles
Si vous n'vous mariez pas.


No se casen, chicas

¿Han visto ustedes a un hombre desnudo
saliendo de pronto de la bañera,
chorreando agua por sus muslos peludos
y con el bigote lleno de tristeza?
¿Han visto ustedes a un tipo bien feo
comer tallarines, tenedor en mano,
mientras, como un retardado,
se tira la salsa sobre el chaleco?
¿Han visto ustedes a un gordo estirar
sus piernas lechosas, llenas de rollos,
mirarse los pies como una marmota,
mientras se frota la barriga y se rasca las...?
No se casen, chicas, no se casen,
mejor en la televisión trabajen.
Permanezcan vírgenes en casa de papá.
Háganse sirvientas en lo de un general.
Eduquen monos, eduquen loros.
Levanten la pata en el Colón.
Vendan bombones, tomen los hábitos
O no los tomen.
Hagan strip-tease para los gagás.
Levanten puntos en el hotel Alvear.
Pero no se casen, chicas, no se casen.
¿Han visto ustedes a un tipo mufado
llegando muy tarde a cenar
von manchas de rouge en el saco
y tambaleándose al caminar?
¿Han visto ustedes en un cabaret
a un señor que parece muy bien
frotarse insistentemente
sobre una chica inocente?
¿Han visto ustedes a un tipo esmirriado
llevar a una mujer al restorán?
Cómo se retuerce los tres pelos del bigote
Y, para hacerse el importante,
a los mozos tiene al trote.
No se casen, chicas, no se casen.
Vistanse de gala, al River acudan y bailen.
Cuatro veces por mes cambien de amante.
Agarren guita, mucha guita y guarden.
Escóndanla bajo el colchón;
a los cincuenta años tendrán un montón
para pagarse lindos muchachos
con nada en la cabeza y todo en los brazos.
¡Ah!, que buena vida será esa
si no se casan, chicas, si no se casan.

Versión de Alberto Favero

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posted by Alfil @ 5:30 AM   0 comments
Boris Vian -La mauvaise mémoire-
La mauvaise mémoire
Boris Vian (1920-1959)


La tête est un curieux organe
Curieusement organisé
Y a qu'à voir quand on vous trépane
Généralement, c'est malaisé
Voici l'histoire singulière
D'un certain Mathurin Lafleur
Dont le crâne assez ordinaire
N'était bizarre qu'à l'intérieur
Ce type souffrit dès sa jeunesse
D'un mal en vérité courant
D'une mémoire assez traîtresse
Pour causer des désagréments
Sitôt qu'il apprenait une chose
Dans sa famille ou au lycée
Mathurin, la mine morose
Instantanément l'oubliait
Mais...
(...)


La mala memoria

La Cabeza es un órgano curioso,
curiosamente organizado.
Esta es la singular historia
de un tal Martín Flor,
cuyo cráneo sin pena ni gloria,
era extravagante sólo en su interior.
Ese tipo sufrió, desde la edad primera,
de un mal que es en verdad corriente,
una memoria traicionera
que no le trajo más que inconvenientes.
Siempre que le enseñaban algo,
fuera en su casa o en el aula,
Martín, con gesto huraño,
instantáneamente lo olvidaba.
Pero...
(...)

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posted by Alfil @ 5:20 AM   0 comments
Boris Vian -Quand j'aurais du vent dans mon crâne-
Quand j'aurais du vent dans mon crâne
Boris Vian (1920-1959)

Quand j'aurai du vent dans mon crâne
Quand j'aurai du vert sur mes osses
P'tet qu'on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse

Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu'auront bouffé les rats

Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m'asseyois

Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois

Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m'ont fait apprécier

Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier

Et puis je n'aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
A me prévoir sans vie

Les osses tout verts,
le crâne venteux
Ah comme j'ai mal
de devenir vieux.


Cuando tenga viento en el cráneo

Cuando tenga viento en mi cráneo
y gusanos sobre mis huesos
quizá les parezca que me río
pero no haré nada de eso.

Porque me faltará
mi elemento plástico,
plástico, plástico,
que las ratas se habrán llevado.

Mi par de pantorrillas,
mis codos, mis costillas,
mis dedos, mis nalgas,
sobre las que me sentaba.

Mis ojos cobrizos,
mis dientes postizos,
mi lengua rosada,
con la cual les hablaba.

Mi nariz adorable,
mis pies y mis orejas,
esas cosas admirables,
que me hicieron apreciar.

A duques y a duquesas,
a papas y a papistas,
a frailes y a tigresas,
doctores y artistas.

Y tampoco tendré
ese fósforo blando.
Cerebro que servía
a imaginarme muerta.

El cráneo con viento.
Verde la osamenta.
¡Ah! Qué mal me siento
al volverme vieja.

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posted by Alfil @ 5:10 AM   0 comments
Boris Vian -La java des bombes atomiques-
La java des bombes atomiques
Boris Vian (1920-1959)

Mon oncle un fameux bricoleur
Faisait en amateur
Des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris
C'était un vrai génie
Question travaux pratiques
Il s'enfermait tout' la journée
Au fond d'son atelier
Pour fair' des expériences
Et le soir il rentrait chez nous
Et nous mettait en trans'
En nous racontant tout

Pour fabriquer une bombe " A "
Mes enfants croyez-moi
C'est vraiment de la tarte
La question du détonateur
S'résout en un quart d'heur
'C'est de cell's qu'on écarte
En c'qui concerne la bombe " H "
C'est pas beaucoup plus vach'
Mais un' chos' me tourmente
C'est qu'cell's de ma fabrication
N'ont qu'un rayon d'action
De trois mètres cinquante
Y a quéqu'chos' qui cloch' là-d'dans
J'y retourne immédiat'ment

Il a bossé pendant des jours
Tâchant avec amour
D'améliorer l'modèle
Quand il déjeunait avec nous
Il avalait d'un coup
Sa soupe au vermicelle
On voyait à son air féroce
Qu'il tombait sur un os
Mais on n'osait rien dire
Et pis un soir pendant l'repas
V'là tonton qui soupir'
Et qui s'écrie comm' ça

A mesur' que je deviens vieux
Je m'en aperçois mieux
J'ai le cerveau qui flanche
Soyons sérieux disons le mot
C'est même plus un cerveau
C'est comm' de la sauce blanche
Voilà des mois et des années
Que j'essaye d'augmenter
La portée de ma bombeE
t je n'me suis pas rendu compt'
Que la seul' chos' qui compt'
C'est l'endroit où s'qu'ell' tombe
Y a quéqu'chose qui cloch' là-d'dans,
J'y retourne immédiat'ment

Sachant proche le résultat
Tous les grands chefs d'Etat
Lui ont rendu visite
Il les reçut et s'excusa
De ce que sa cagna
Etait aussi petite
Mais sitôt qu'ils sont tous entrés
Il les a enfermés
En disant soyez sages
Et, quand la bombe a explosé
De tous ces personnages
Il n'en est rien resté

Tonton devant ce résultat
Ne se dégonfla pas
Et joua les andouilles
Au Tribunal on l'a traîné
Et devant les jurés
Le voilà qui bafouille
Messieurs c'est un hasard affreux
Mais je jur' devant Dieu
En mon âme et conscience
Qu'en détruisant tous ces tordus
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France
On était dans l'embarras
Alors on l'condamna
Et puis on l'amnistia
Et l'pays reconnaissant
L'élu immédiat'ment
Chef du gouvernement


La java de las bombas atómicas

Mi tío era un ladronzuelo
que tenía el hobbie
de fabricar bombas.
Aunque era un tanto analfabeto
se las ingeniaba
y las hacía redondas.
Se encerraba todo el día
en su tallercito
a ver qué le salía.
Y a la noche cuando regresaba,
nientras se afeitaba,
así nos relataba:

Para decirles la verdad
hacer las bombas "A"
es un juego de niños.
Hacerlas explotar
se hace sin pensar,
me lleva apenas seis semanas.
En cuanto a las bombas "Napalm",
si he de decir verdad,
son las que me atormentan,
porque no alcanzan más
que un radio de acción
de cuatro metros con cincuenta.
Hay algo que no anda bien.
Volveré para el taller.

Dedicó toda su vida
y su sabiduría
a tal experimento.
Ni su madre, cuando puso
cohetes en su cama,
pudo distraerlo.
Hasta el día en que probaba
si un tornillo andaba
y le explotó en la cara
y, cubierto por las gasas,
tomando tisanas,
así se lamentaba:

A medida que envejezco
yo me avivo más
que mi cerebro falla.
Si he de decirles la verdad
yo que en lugar de sesos
tengo salsa blanca.
Tanto tiempo que he perdido
queriendo extender
el radio de mi bomba
sin haberme dado cuenta
que lo que interesa
es dónde se coloca.
Hay algo que no anda bien.
Volveré para el taller.

El día en que se enteraron
los Jefes de Estado
fueron de visita.
Y el tío se lamentaba
de que su inventiva
fuera tan chiquita.
Enseguida que entraron
él cerró la puerta
y les dijo "Cuidado!"
y cuando la bomba explotó
de esos personajes
ni sombra quedó.

Mi tío frente al resultado
y sin desanimarse
se hizo bien el burro.
Mas luego, frente al tribunal,
al ser interrogado,
se-se puso tartamudo:
"Señores, a decir verdad,
fue por casualidad
que yo metí la pata.
Mas juro ante dios
que amasijándolos
he servido a la Patria".

El Jurado lo entendió,
primero le condenó
y después le absolvió.
La población, en agradecimiento,
instantáneamente
le hizo un monumento.

Versión de Alain Goraguer

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Alfred de Vigny -La bouteille à la mer-
mardi, mai 11, 2004
La bouteille à la mer
Alfred de Vigny (1797–1863)

I
Courage, ô faible enfant de qui ma solitude
Reçoit ces chants plaintifs, sans nom, que vous jetez
Sous mes yeux ombragés du camail de l’étude,
Oubliez les enfants par la mort rrêtés;
Oubliez Chatterton, Gilbert et Malfilâtre;
De l’œuvre d’avenir saintement ildolâtre;,
Enfin, oubliez l’homme en vous-même.—Écoutez:

II
Quand un grave marin voit que le vent l’emporte
Et que les mâts brisés pendent tous sur le pont,
Que dans son grand duel la mer est la plus forte
Et que par des calculs l’esprit en vain répond;
Que le courant l’écrase et le roule en sa course,
Qu’il est sans gouvernail, et, partant, sans ressource,
Il se croise les bras dans un clame profond.

III
Il voit les masses d’eau, les toise et les mesure,
Les méprise en sachant qu’il en est écrasé,
Soumet son âme au poids de la matière impure
Et se sent mort ainsi que son vaisseau rasé.
—A de certains moments, l’âme est sans résistance;
Mais le penseur s’isole et n’attend d’assistance
Que de la forte foi dont il est embrasé.

IV
Dans les heures du soir, le jeune Capitaine
A fait ce qu’il a pu pour le salut des siens.
Nul vaisseau n’appararaît sur la vague lointaine,
La nuit tombe, et le brick court aux rocs indiens.
—Il se résigne, il prie; il se recueille, il pense
A celui qui soutient les pôles et balance
L’équateur hérissé des longs méridiens.

V
Son sacrifice est fait; mais il faut que la terre
Recueille du travail le pieux monument.
C’est le journal savant, le calcul solitaire,
Plus rare que la perle et que le diamant;
C’est la carte des flots faite dans la tempête,
La carte de l’écueil qui va briser sa tête:
Aux voyageurs futurs sublime testament.

VI
Il écrit: ‘Aujourd’hui, le courant nous entraîne,
Désemparés, perdus, sur la Terre-de-Feu.
Le courant porte à l’est. Notre morte est certaine:
Il faut cingler au nord pour bien passer ce lieu.
—Ci-joint est mon journal, portant quelques études
Des constellations des hautes latitudes.
Qu’il aborde, si c’est la volonté de Dieu!’

VII
Puis, immobile et froid, comme le cap des brumes
Qui sert de sentinelle au détroit Magellan,
Sombre comme ces rocs au front chargé d’écumes,
Ces pics noirs dont chacun porte un deuil castillan,
Il ouvre une bouteille et la choisit très forte,
Tandis que son vaisseau que le courant emporte
Tourne en un cercle étroit comme un vol de milan.

VIII
Il tient dans une main cette vieille compagne,
Ferme, de l’autre main, son flanc noir et terni.
Le cachet porte encor le blason de Champagne:
De la mousse de Reims son col vert est jauni.
D’un regard, le marin en soi-même rappelle
Quel jour il assembla l’équipage autour d’elle,
Pour porter un grand toste au pavillon béni.

IX
On avait mis en panne, et c’était grande fête;
Chaque homme sur son mât tenait le verre en main;
Chacun à son signal se découvrit la tête,
Et répondit d’en haut par un hourra soudain.
Le soleil souriant dorait les voiles blanches;
L’air ému répétait ces voix mâles et franches,
Ce noble appel de l’homme à son pays lointain.

X
Après le cri de tous, chacun rêve en silence.
Dans la mousse d’Aï luit l’éclair d’un bonheur;
Tout au fond de son verre il aperçoit la France.
La France est pour chacun ce qu’y laissa son cœur:
L’un y voit son vieux père assis au coin de l’âtre,
Comptant ses jours d’absence; à la table du pâtre,
Il voit sa chaise vide à côté de sa sœur.

XI
Un autre y voit Paris, où sa fille penchée
Marque avec les compas tous les souffles de l’air,
Ternit de pleurs la glace où l’aiguille est cachée,
Et cherche à ramener l’aimant avec le fer.
Un autre y voit Marseille. Une femme se lève,
Court au port et lui tend un mouchoir de la grève,
Et ne sent pas ses pieds enfoncés dans la mer.

XII
O superstition des amours ineffables,
Murmures de nos cœurs qui nous semblez des voix,
Calculs de la science, ô décevantes fables!
Pourquoi nous apparaître en un jour tant de fois?
Pourquoi vers l’horizon nous tendre ainsi des pièges?
Espérances roulant comme roulent les neiges;
Globes toujours pétris et fondus sous nos doigts!

XIII
Où sont-ils à présent? où sont ces trois cents braves?
Renversés par le vent dans les courants maudits,
Aux harpons indiens ils portent pour épaves
Leurs habits déchirés sur leurs corps refroidis,
Les savants officiers, la hache à la ceinture,
Ont péri les premiers en coupant la mâture:
Ainsi, de ces trois cents il n’en reste que dix!

XIV
Le capitaine encor jette un regard au pôle
Dont il vient d’explorer les détroits inconnus.
L’eau monte à ses genoux et frappe son épaule;
Il peut lever au ciel l’un de ses deux bras nus.
Son navire est coulé, sa vie est révolue:
Il lance la Bouteille à la mer, et salue
Les jours de l’avenir qui pour lui sont venus.

XV
Il sourit en songeant que ce fragile verre
Portera sa pensée et son nom jusqu’au port;
Que d’une île inconnue il agrandit la terre;
Qu’il marque un nouvel astre et le confie au sort:
Que Dieu peut bien permettre à des eaux insensées
De perdre des vaisseaux, mais non pas des pensées;
Et qu’avec un flacon il a vaincu la mort.

XVI
Tout est dit. A présent, que Dieu lui soit en aide!
Sur le brick englouti l’onde a pris son niveau.
Au large flot de l’est le flot de l’ouest succède,
Et la Bouteille y roule en son vaste berceau.
Seule dans l’Océan la frêle passagère
N’a pas pour se guider une brise légère;
Mais elle vient de l’arche et porte le rameau.

XVII
Les courants l’emportaient, les glaçons la retiennent
Et la couvrent des plis d’un épais manteau blanc.
Les noirs chevaux de mer la heurtent, puis reviennent
La flairer avec crainte, et passent en soufflant.
Elle attend que l’été, changeant ses destinées,
Vienne ouvrir le rempart des glaces obstinées,
Et vers la ligne ardente elle monte en roulant.

XVIII
Un jour, tout était calme et la mer Pacifique,
Par ses vagues d’azur, d’or et de diamant,
Renvoyait ses splendeurs au soleil du tropique.
Un navire y passait majestueusement;
Il a vu la Bouteille aux gens de mer sacrée:
Il couvre de signaux sa flamme diaprée,
Lance un canot en mer et s’arrête un moment.

XIX
Mais on entend au loin le canon des Corsaires;
Le Négrier va fuir s’il peut prendre le vent.
Alerte! et coulez bas ces sombres adversaires!
Noyez or et bourreaux du couchant au levant!
La frégate reprend ses canots et les jette
En son sein, comme fait la sarigue inquiète,
Et par voile et vapeur vole et roule en avant.

XX
Seule dans l’Océan, seule toujours!—Perdue
Comme un point invisible en un mouvant désert,
L’aventurière passe errant dans l’étendue,
Et voit tel cap secret qui n’est pas découvert.
Tremblante voyageuse à flotter condamnée,
Elle sent sur son col que depuis une année
L’algue et les goémons lui font un manteau vert.

XXI
Un soir enfin, les vents qui soufflent des Florides
L’entraînent vers la France et ses bords pluvieux.
Un pêcheur accroupi sous des rochers arides
Tire dans ses filets le flacon précieux.
Il court, cherche un savant et lui montre sa prise,
Et, sans l’oser ouvrir, demande qu’on lui dise
Quel est cet élixir noir et mystérieux.

XXII
Quel est cet élixir? Pêcheur, c’est la science,
C’est l’élixir divin que boivent les esprits,
Trésor de la pensée et de l’expérience;
Et si tes lourds filets, ô pêcheur, avaient pris
L’or qui toujours serpete aux veines du Mexique,
Les diamants de l’Inde et les perles d’Afrique,
Ton labeur de ce jour aurait eu moins de prix.

XXIII
Regarde.—Quelle joie ardente et sérieuse!
Une gloire de plus luit dans la nation.
Le canon tout-puissant et la cloche pieuse
Font sur les toits tremblants bondir l’émotion.
Aux héros du savoir plus qu’à ceux des batailles
On va faire aujourd’hui de grandes funérailles.
Lis ce mot sur les murs: ‘Commémoration!’

XXIV
Souvenir éternel! gloire à la découverte
Dans l’homme ou la nature, égaux en profondeur,
Dans le Juste et le Bien, source à peine entr’ouverte.
Dans l’Art inépuisable, abîme de splendeur!
Qu’importe oubli, morsure, injustice insensée,
Glaces et tourbillons de notre traversée?
Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur.

XXV
Cet arbre est le plus beau de la terre promise,
C’est votre phare à tous, Penseurs laborieux!
Voguez sans jamais craindre ou les flots ou la brise
Pour tout trésor scellé du cachet précieux.
L’or pur doit surnager, et sa gloire est certaine:
Dites en souriant comme ce capitaine:
‘Qu’il aborde, si c’est a volonté des dieux!’

XXVI
Le vrai Dieu, le Dieu fort, est le Dieu des idées.
Sur nos fronts sù le germe est jeté par le sort,
Répandons le Savoir en fécondes ondées;
Puis, recueillant le fruit tel que de l’âme il sort,
Tout empreint du parfum des saintes solitudes,
Jetons l’œuvre à la mer, la mer des multitudes:
—Dieu la prendra du doigt pour la conduire au port.


La botella en el mar

I
Ten valor, débil niño, tú que a mi soledad"
mandas cantos quejosos y sin nombre, que arrojas
ante mis resguardados ojos de hombre de estudio.
No recuerdes a aquellos que la muerte truncó:
Chatterton y Gilbert, Malfilátre; de la obra
del futuro no dejes de ser un santo idólatra,
las miserias del hombre que hay en ti olvida. Escucha.


II
Cuando un grave marino ve que el viento le lleva
con los mástiles rotos, cuando ve que en el duelo
que sostiene es el mar el más fuerte adversario,
y que en vano su ingenio sus recursos convoca;
que la fuerza del agua le sumerge y le arrastra,
que ha perdido el timón y con él todo rumbo,
se refugia en su calma y se cruza de brazos.

III
Ve los líquidos montes, con sus ojos los mide,
los desprecia sabiendo que le van a engullir,
toda su alma somete a la impura materia,
sabe que va a morir al igual que su barco.
Porque a veces el alma resistir ya no puede;
mas quien piensa se aísla y tan sólo la fe
de los fuertes le alienta y le presta socorro.

IV
Ya en la noche aquel joven capitán ha hecho todo
lo que estaba en su mano por salvar a los suyos.
Ni una vela aparece en las ondas lejanas,
todo es sombra y el brick va hacia las rocas indias.
Se resigna, ahora reza; y medita en Aquel
que sostiene los polos y que eriza con largos
meridianos la línea ceñidora del mundo.

V
Presto está al sacrificio; mas la tierra precisa
recoger del trabajo aquel fiel testimonio.
Es el diario estudioso de su afán solitario
que valdrá mucho más que el diamante y la perla;
es la carta marina que trazó en la tormenta,
y hay en ella el peñasco donde va a naufragar,
testamento sublime al futuro viajero.

VI
«Hoy», escribe, «nos lleva la corriente del mar
a la Tierra del Fuego, ya sin rumbo, perdidos.
Nos empuja hacia el este. Nuestra muerte es segura:
que se single hacia el norte evitando el escollo.
Acompaño mi diario que contiene un estudio
de las constelaciones de esta parte del cielo.
¡Que alguien pueda encontrarlo si así Dios lo dispone!

VII
Luego, inmóvil y frío, como el cabo brumoso,
centinela que guarda el estrecho del sur,
al igual que esas peñas revestidas de espuma,
negros picos con luto por algún español,
abre al fin la botella que parece más fuerte,
cuando el barco, arrastrado por la fuerza del agua,
gira en círculo igual que un milano que vuela.
Una mano sostiene a la fiel compañera,
cierra con la otra mano su negruzca abertura,
todavía el escudo de Champaña en el lacre;
hay espuma de Reims en su cuello verdoso.
Y al mirarla el marino rememora aquel día
cuando aquella botella reunió a todos sus hombres
para un brindis solemne a la enseña bendita

IX
Se quedaron al pairo celebrando una fiesta,
todos los tripulantes con un vaso en la mano;
cuando él dio la señal todos se descubrieron
prorrumpiendo en un hurra como una sola voz.
La sonrisa del sol blancas velas doraba;
repetían los aires aquel grito viril
noblemente invocando a la patria lejana.

X
Tras el hurra quedaron meditando en silencio.
En la espuma de Aï hay fulgores de dicha;
en el fondo del vaso todos ven a la Francia,
lo que en ella dejaron al partir con dolor:
uno a su padre anciano, junto al fuego, contando
por los días su ausencia; ve también en la mesa
un silla vacía junto a la de su hermana.

XI
Ve París quien contempla a su hija observando
la medida de todas las corrientes del aire,
y empañando con lágrimas el cristal de la aguja,
mientras trata de unir el imán con el hierro."
Otro allí ve Marsella. La mujer corre al puerto
y en la playa le tiende un pañuelo, insensible
a sus pies que el mar baña al subir la marea.

XII
¡Simulacros de amores inefables, murmullos
de las almas sonoras como si fueran voces,
oh el recurso a la ciencia, o engañosa ficción!
¿Por qué así os repetís tantas veces al día?
¿Por qué sois espejismos en el ciego horizonte?
¡Esperanzas de nieve que se amasan sin tregua
y se funden dejando nuestras manos vacías!

XIII
Los trescientos valientes, ¿dónde están? Derribados
por el viento en el seno de corrientes malditas,
presa de arpones indios, en sus cuerpos helados
sólo quedan jirones de su azul uniforme;
y antes que ellos murieron, su destral en el cinto,
oficiales muy doctos que cortaban los mástiles.
¡Y de aquellos trescientos sólo diez sobreviven!

XIV
Ahora vuelve sus ojos el capitán al polo
del que acaba de ver los ignotos estrechos.
Está hundido en el agua, que le llega a los hombros
y aún un brazo desnudo hacia el cielo levanta.
Su navío naufraga y su vida concluye:
lanza al mar la botella y al hacerlo saluda
al futuro que sabe que ahora empieza para él.

XV
Y sonríe al pensar que aquel vidrio tan frágil
llevará su mensaje y su nombre hasta el puerto;
que es como una isla nueva que así agranda la tierra;
que confía aquel astro descubierto a la suerte;
que Dios puede dejar que unas aguas absurdas
hundan barcos mas no pensamientos también;
y que con la botella ha vencido a la muerte.


XVI


Dicho está. ¡Que Dios quiere acudir en su ayuda!
Todo el brick anegado queda ya bajo el agua.
De un océano pasa a otro océano, flota
la botella mecida en su cuna vastísima.
Sola en medio del mar esa frágil viajera
sólo tiene por guía una brisa muy leve;
mas procede del arca, lleva un ramo de olivo.

XVII
Las corrientes la empujan, la detienen los hielos
y la cubren con pliegues de su manto blanquísimo;
y con ella tropiezan los caballos de mar,
la olfatean con susto, resoplando se alejan.
El verano, instrumento del destino cambiante,
rompe al fin la muralla de los hielos porfiados,
y flotando se acerca al ardiente Ecuador.

XVIII
Cierto día en que todo era calma en el mar,
cuyas olas de azul, de diamante y doradas
su esplendor devolvía a los soles del trópico
majestuoso un navío por allí hacía rumbo;
la botella es sagrada para el hombre de mar
y al instante su flámula se cubrió de señale!
se detiene y un bote es lanzado a las aguas.

XIX
Pero se oye a lo lejos el cañón del corsario;
el negrero va a huir con la ayuda del viento.
¡Zafarrancho! Abatid al siniestro enemigo.
¡Hundid oro y verdugos de poniente a levante!
La fragata sus botes recupera, los mete
en su seno cual ágil zarigüeya, y a impulsos
de la vela y vapor se apresura a singlar.

XX
¡Siempre sola en el mar, siempre sola, perdida
como un punto invisible en el móvil desierto!
La viajera errabunda sigue abriéndose paso
y ve vírgenes tierras aún ignotas a todos.
Temblorosa, parece condenada a flotar,
y descubre en su cuello que de un año a esta parte
ovas y algas le han hecho como un manto verdoso.

XXI
Una noche por fin vientos de las Floridas
hacia Francia la empujan, y en sus costas lluviosas
al pie de peñas áridas hay un buen pescador
que en sus redes recoge la valiosa botella.
Busca a un sabio corriendo y le muestra el tesoro
que no se atreve a abrir y pregunta cuál es
aquel negro elixir que contiene el misterio.


XXII


¿Qué elixir es aquél? Pescador, es la ciencia.
Es divino elixir que el espíritu bebe,
pensamiento, experiencias que son todo un tesoro.
Pescador, si en la malla de tus redes cogieras
todo el oro serpeante por las venas de México,
los diamantes de la India y las perlas del África,
tu trabajo aquel día fuese menos valioso.

XXIII
¡Oh, contempla qué júbilo tan ardiente y tan grave!
Ahora brilla en la patria otro nombre glorioso.
El cañón poderoso y la pía campana
su emoción comunican por el aire que tiembla.
Funerales solemnes hoy habrá por los héroes
del más arduo saber, no por gestas guerreras,
las paredes lo dicen: «Un recuerdo en su honor.»

XXIV
¡Oh, recuerdo perenne! Gloria al que ha descubierto
algo humano o del mundo, los dos grandes misterios,
lo que es justo y el Bien, fuentes mal conocidas,
o el espléndido abismo insondable del Arte.
Poco importa el olvido, la injusticia insensata,
remolinos y hielos de la gran travesía.
Sobre la última losa crece el árbol glorioso.

XXV
Otro no hay en la tierra prometida más bello,
es el faro de todos, pensadores tenaces.
Navegad sin temer ni las olas ni el viento
bien sellado el tesoro con el lacre precioso.
Pues tal oro no se hunde y su gloria es segura;
decid, pues, sonriendo, como aquel capitán:
¡Que alguien pueda encontrarlo si los dioses lo quie­ren! »

XXVI
Yo sé bien que el Dios fuerte es el Dios de la idea.
Si la suerte arrojó en la frente su germen,
el Saber extendamos en fecunda oleada;
recojamos el fruto tal cual sale del alma,
perfumado de santas soledades, y entonces
arrojemos nuestra obra a los mares del mundo:
Dios hará que algún día llegue a puerto seguro.

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Alfred de Vigny -La colère de Samson-
La colère de Samson
Alfred de Vigny (1797-1863)

Le désert est muet, la tente est solitaire.
Quel Pasteur courageux la dressa sur la terre
Du sable et des lions? - La nuit n'a as calmé
La fournaise du jour dont l'air est enflammé.
Un vent léger s'élève à l'horizon et ride
Les flots de la poussière ainsi qu'un lac limpide.
Le lin blanc de la tente est bercé mollement ;
L'oeuf d'autruche allumé veille paisiblement,
Des voyageurs voilés intérieure étoile,
Et jette longuement deux ombres sur la toile.

L'une est grande et superbe, et l'autre est à ses pieds :
C'est Dalila, l'esclave, et ses bras sont liés
Aux genoux réunis du maître jeune et grave
Dont la force divine obéit à l'esclave.
Comme un doux léopard elle est souple, et répand
Ses cheveux dénoués aux pieds de son amant.
Ses grands yeux, entr'ouverts comme s'ouvre l'amande,
Sont brûlants du plaisir que son regard demande,
Et jettent, par éclats, leurs mobiles lueurs.
Ses bras fins tout mouillés de tièdes sueurs,
Ses pieds voluptueux qui sont croisés sous elle,
Ses flancs plus élancés que ceux de la gazelle,
Pressés de bracelets, d'anneaux, de boucles d'or,
Sont bruns ; et, comme il sied aux filles de Hatsor,
Ses deux seins, tout chargés d'amulettes anciennes,
Sont chastement pressés d'étoffes syriennes.

Les genoux de Samson fortement sont unis
Comme les deux genoux du colosse Anubis.
Elle s'endort sans force et riante et bercée
Par la puissante main sous sa tête placée.
Lui, murmure ce chant funèbre et douloureux
Prononcé dans la gorge avec des mots hébreux.
Elle ne comprend pas la parole étrangère,
Mais le chant verse un somme en sa tête légère.

" Une lutte éternelle en tout temps, en tout lieu
Se livre sur la terre, en présence de Dieu,
Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme.
Car la Femme est un être impur de corps et d'âme.

L'Homme a toujours besoin de caresse et d'amour,
Sa mère l'en abreuve alors qu'il vient au jour,
Et ce bras le premier l'engourdit, le balance
Et lui donne un désir d'amour et d'indolence.
Troublé dans l'action, troublé dans le dessein,
Il rêvera partout à la chaleur du sein,
Aux chansons de la nuit, aux baisers de l'aurore,
A la lèvre de feu que sa lèvre dévore,
Aux cheveux dénoués qui roulent sur son front,
Et les regrets du lit, en marchant, le suivront.
Il ira dans la ville, et là les vierges folles
Le prendront dans leurs lacs aux premières paroles.
Plus fort il sera né, mieux il sera vaincu,
Car plus le fleuve est grand et plus il est ému.
Quand le combat que Dieu fit pour la créature
Et contre son semblable et contre la Nature
Force l'Homme à chercher un sein où reposer,
Quand ses yeux sont en pleurs, il lui faut un baiser.
Mais il n'a pas encor fini toute sa tâche. -
Vient un autre combat plus secret, traître et lâche ;
Sous son bras, sous son coeur se livre celui-là,
Et, plus ou moins, la Femme est toujours Dalila.

Elle rit et triomphe ; en sa froideur savante,
Au milieu de ses soeurs elle attend et se vante
De ne rien éprouver des atteintes du feu.
A sa plus belle amie elle en a fait l'aveu :
" Elle se fait aimer sans aimer elle-même.
" Un Maître lui fait peur. C'est le plaisir qu'elle aime,
" L'Homme est rude et le prend sans savoir le donner.
" Un sacrifice illustre et fait pour étonner
" Rehausse mieux que l'or, aux yeux de ses pareilles,
" La beauté qui produit tant d'étranges merveilles
" Et d'un sang précieux sait arroser ses pas. "

- Donc ce que j'ai voulu, Seigneur, n'existe pas. -
Celle à qui va l'amour et de qui vient la vie,
Celle-là, par Orgueil, se fait notre ennemie.
La Femme est à présent pire que dans ces temps
Où voyant les Humains Dieu dit : Je me repens !
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté.

Eternel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme
N'avait pour aliment que l'amour d'une femme,
Puisant dans l'amour seul plus de sainte vigueur
Que mes cheveux divins n'en donnaient à mon coeur.
- Jugez-nous. - La voilà sur mes pieds endormie.
- Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie,
Et trois fois a versé des pleurs fallacieux
Qui n'ont pu me cacher a rage de ses yeux ;
Honteuse qu'elle était plus encor qu'étonnée
De se voir découverte ensemble et pardonnée.
Car la bonté de l'Homme est forte, et sa douceur
Ecrase, en l'absolvant, l'être faible et menteur.

Mais enfin je suis las. - J'ai l'aine si pesante,
Que mon corps gigantesque et ma tête puissante
Qui soutiennent le poids des colonnes d'airain
Ne la peuvent porter avec tout son chagrin.

Toujours voir serpenter la vipère dorée
Qui se traîne en sa fange et s'y croit ignorée ;
Toujours ce compagnon dont le coeur n'est pas sûr,
La Femme, enfant malade et douze fois impur !
- Toujours mettre sa force à garder sa colère
Dans son coeur offensé, comme en un sanctuaire
D'où le feu s'échappant irait tout dévorer,
Interdire à ses yeux de voir ou de pleurer,
C'est trop ! - Dieu s'il le veut peut balayer ma cendre,
J'ai donné mon secret ; Dalila va le vendre.
- Qu'ils seront beaux, les pieds de celui qui viendra
Pour m'annoncer la mort ! - Ce qui sera, sera ! "

Il dit et s'endormit près d'elle jusqu'à l'heure
Où les guerriers, tremblant d'être dans sa demeure,
Payant au poids de l'or chacun de ses cheveux,
Attachèrent ses mains et brûlèrent ses yeux,
Le traînèrent sanglant et chargé d'une chaîne
Que douze grands taureaux ne tiraient qu'avec peine,
La placèrent debout, silencieusement,
Devant Dagon leur Dieu qui gémit sourdement
Et deux fois, en tournant, recula sur sa base
Et fit pâlir deux fois ses prêtres en extase ;
Allumèrent l'encens ; dressèrent un festin
Dont le bruit s'entendait du mont le plus lointain,
Et près de la génisse aux pieds du Dieu tuée
Placèrent Dalila, pâle prostituée,
Couronnée, adorée et reine du repas,
Mais tremblante et disant :
Il ne me verra pas!

Terre et Ciel ! avez-vous tressailli d'allégresse
Lorsque vous avez vu la menteuse maîtresse
Suivie d'un oeil hagard les yeux tachés de sang
Qui cherchaient le soleil d'un regard impuissant ?

Et quand enfin Samson secouant les colonnes
Qui faisaient le soutien des immenses Pylônes
Ecrasant d'un seul coup sous les débris mortels
Ses trois mille ennemis, leurs Dieux et leurs autels ? -

Terre et Ciel ! punissez par de telles justices
La trahison ourdie en es amours factices
Et la délation du secret de nos coeurs
Arraché dans nos bras par des baisers menteurs !


La cólera de Sansón

Está mudo el desierto, solitaria la tienda.
¿Qué animoso pastor la plantó en un lugar
de arenales y fieras? No ha calmado la noche
esa hoguera del día que inflamaba los aires.
Se levanta una brisa muy ligera que arruga
grandes mares de polvo como un límpido lago.
El blanquísimo lino de la tienda se agita.
Un candil encendido está en vela alumbrando
como estrella interior a los dos viajeros
y proyecta sus sombras alargadas y trémulas.

Una es grande y soberbia, la otra yace a sus pies:
es Dalila, la esclava, abrazando sumisa
las rodillas de aquel amo joven y grave
cuya fuerza divina a la esclava obedece.
Como un manso leopardo es elástica, vierte
destrenzado el cabello a los pies de su amante.
Entreabiertos los ojos como se abre la almendra,
son cual brasas que piden el placer al mirar,
despidiendo fulgores de luz móvil e inquieta.
Son morenos sus brazos que un sudor tibio cubre,
y sus pies voluptuosos que se cruzan ocultos,
sus caderas, más finas que las de una gacela,
brazaletes la adornan, broches de oro y ajorcas,
y según se acostumbra en Jasor y su reino,
sus dos pechos cargados de amuletos antiguos
castamente se esconden bajo telas de Siria.

Sanson junta con fuerza sus rodillas, igual
que hace Anubis, coloso de rodillas de piedra.
Ella al fin se adormece, muy risueña y mecida
por la mano gigante que le sirve de almohada.
Él un fúnebre canto doloroso murmura,
su garganta se llena de palabras hebreas.
La mujer no comprende esos sones extraños
que son como un hechizo que la sume en el sueño.
«Un eterno combate en la tierra se libra
en presencia de Dios: la bondad, que es el Hombre
y el ardid, la Mujer, puesto que es la Mujer
una impura criatura por su cuerpo y por su alma.

Siempre amor y caricias necesitan los hombres,
al nacer les prodiga las caricias su madre,
y los brazos maternos aletargan, les dan
un deseo perenne de indolencia y de amor.
Mientras obra o medita algo en sí le perturba,
siempre sueña que un pecho o un regazo le acogen,
que le mecen canciones por la noche, que un beso
le despierta en la aurora, que unos labios de fuego
hacen que ardan sus labios, .que unos sueltos cabellos
voluptuosos resbalan cual caricia en su frente,
y el recuerdo de un lecho por doquier va a seguirle.
Cuando va a la ciudad, unas vírgenes necias"
sin más que unas palabras le harán suyo en sus redes.
Cuanto más fuerte sea, su caída es más fácil,
pues si el río es mayor más se agitan sus aguas.
Cuando el Hombre combate la batalla que Dios
le hace siempre librar contra el mundo y su prójimo,
y después busca un pecho que le sirva de apoyo,
cuando lloran sus ojos, lo que busca es un beso.
Pero entonces aún su tarea no acaba,
pues hay otro combate más secreto y más ruin;
dentro de él y en sus brazos otra lucha le espera;
la Mujer será siempre más o menos Dalila.

«Ríe y triunfa; en su artera frialdad, cuando está
de mujeres rodeada, en la espera se jacta
de que nunca aquel fuego hace presa en su cuerpo.
Y a su amiga más fiel algún día confiesa
que ha de hacerse amar mucho sin amar ella misma;
tiene miedo a los amos. Lo que quiere es placer:
son tan toscos los hombres que aunque saben sentirlo
darlo ya no lo saben. Sacrificio asombroso
que más que oro realza a los ojos de todas
la belleza que da maravillas por fruto
y que riega sus pasos con la sangre más noble.
-¡Oh, Señor! ¡Luego es cierto que lo que tanto quise
no ha existido jamás, y que el ser elegido
a quien va nuestro amor, de quien viene la vida,
por orgullo termina por ser nuestro enemigo!
La Mujer es ahora aún peor que en los tiempos
en que al ver a los hombres dijo Dios: "¡Me arre­piento!"

Retirándose a un reino espantoso tendrán
las mujeres Gomorra y los hombres Sodoma.
Y mirándose así, desde lejos, coléricos,
morirán los dos sexos cada cual por su lado.

»¡Dios eterno, Dios fuerte! Tú que sabes que mi alma
se nutría tan sólo de un amor de mujer,
y que más fortaleza santa daba este amor
que el cabello divino fuerza daba a mi pecho,
juzga Tú, aquí la tienes ya dormida a mis pies.
Por tres veces vendió mi secreto y mi vida,
y ha vertido tres veces ese llanto falaz
tras del cual adivino el furor de sus ojos;
con vergüenza aún mayor que su propia sorpresa,
descubierta por mí y a la vez perdonada;
porque nada más fuerte que la bondad del Hombre,
que anonada absolviendo al ser débil que miente.

»Ahora el tedio me vence. Siento un peso en el alma
que mi cuerpo gigante y mi fuerte cabeza
que sostienen el peso de columnas de bronce
ya no pueden llevar por congoja insufrible.
Ver serpear junto a mí esa víbora de oro
que se arrastra en su fango y que cree estar oculta.
¡Compañera que tiene corazón traicionero,
oh, Mujer, niña enferma doce veces impura!
Tener siempre que estar encerrando la cólera
en un pecho ofendido, como en un santuario,
un lugar entre llamas que, si se abren las puertas,
puede todo arrasar; prohibir a los ojos
el que vean o lloren. ¿No es acaso excesivo?
Sopla, Dios, si lo quieres, en mi pobre ceniza.
Mi secreto ya es suyo, ella va a traicionarme.
Son hermosos los pies del que venga hasta aquí
a anunciarme la muerte. ¡Sea lo que ha de ser! »

Así dijo y quedó a su lado dormido,
hasta que, temblorosos, los guerreros ocultos,
que pagaron a peso de oro cada cabello,
fueron a atar sus manos y quemaron sus ojos,
le arrastraron cargado de una inmensa cadena
de la cual doce toros con esfuerzo tiraban,
le pusieron de pie, y en silencio quedó
ante aquel dios, Dagón, que gimió sordamente,
y dos veces, girando, se hizo atrás en su base
y llenó de terror a sus adoradores,
encendieron incienso y hubo luego un festín
cuyos ecos se oyeron en lejanas montañas;
la ternera ofrendaron a su dios, y muy cerca
se sentaba Dalila, meretriz palidísima,
coronada, adorada, del banquete la reina,
mas también temblorosa, y entre tanto alboroto repitiéndose:
«Ahora nunca más me verá.»

¡Tierra y cielo! ¿Es que habéis retemblado de gozo
viendo a aquella mujer traicionera que sigue
con mirada extraviada las dos manchas de sangre
que buscaban el sol con afán impotente?
Finalmente Sansón sacudió las columnas
que aguantaban el peso de unos arcos inmensos,
y de golpe aplastó bajo ruinas mortales
a tres mil enemigos, con su dios y su altar.

¡Tierra y cielo! Tal es la justicia que venga
las traiciones urdidas en amores ficticios,
el secreto del alma que se vende arrancado
entre brazos y besos que son sólo traición.

Libellés :

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Alfred de Vigny -La maison du berger -I-
La maison du berger (I)
Alfred de Vigny (1797-1863)

A Eva

Si ton coeur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé ;
Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;

Si ton corps frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend,

Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin
Du haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.

La Nature t'attend dans un silence austère ;
L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,
Et le soupir d'adieu du soleil à la terre
Balance les beaux lys comme des encensoirs.
La forêt a voilé ses colonnes profondes,
La montagne se cache, et sur les pâles ondes
Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

Le crépuscule ami s'endort dans la vallée,
Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon,
Sous les timides joncs de la source isolée
Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon,
Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison.

Il est sur ma montagne une épaisse bruyère
Où les pas du chasseur ont peine à se plonger,
Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,
Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger.
Viens y cacher l'amour et ta divine faute ;
Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,
J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.

Elle va doucement avec ses quatre roues,
Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux
La couleur du corail et celle de tes joues
Teignent le char nocturne et ses muets essieux.
Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre,
Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre,
Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.

Je verrai, si tu veux, les pays de la neige,
Ceux où l'astre amoureux dévore et resplendit,
Ceux que heurtent les vents, ceux que la mer assiège,
Ceux où le pôle obscur sous sa glace est maudit
.Nous suivrons du hasard la course vagabonde.
Que m'importe le jour ? que m'importe le monde ?
Je dirai qu'ils sont beaux quand tes yeux l'auront dit.

Que Dieu guide à son but la vapeur foudroyante
Sur le fer des chemins qui traversent les monts,
Qu'un Ange soit debout sur sa forge bruyante,
Quand elle va sous terre ou fait trembler les ponts
Et, de ses dents de feu, dévorant ses chaudières,
Transperce les cités et saute les rivières,
Plus vite que le cerf dans l'ardeur de ses bonds

Oui, si l'Ange aux yeux bleus ne veille sur sa route,
Et le glaive à la main ne plane et la défend,
S'il n'a compté les coups du levier, s'il n'écoute
Chaque tour de la roue en son cours triomphant,
S'il n'a l'oeil sur les eaux et la main sur la braise
Pour jeter en éclats la magique fournaise,
Il suffira toujours du caillou d'un enfant.

Sur le taureau de fer qui fume, souffle et beugle,
L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor
Quels orages en lui porte ce rude aveugle,
Et le gai voyageur lui livre son trésor,
Son vieux père et ses fils, il les jette en otage
Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage,
Qui les rejette en cendre aux pieds du Dieu de l'or.

Mais il faut triompher du temps et de l'espace,
Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.
L'or pleut sous les chardons de la vapeur qui passe,
Le moment et le but sont l'univers pour nous.
Tous se sont dit : " Allons ! " Mais aucun n'est le maître
Du dragon mugissant qu'un savant a fait naître ;
Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.
Eh bien ! que tout circule et que les grandes cause
Sur des ailes de feu lancent les actions,
Pourvu qu'ouverts toujours aux généreuses choses,
Les chemins du vendeur servent les passions.
Béni soit le Commerce au hardi caducée,
Si l'Amour que tourmente une sombre pensée
Peut franchir en un jour deux grandes nations.

Mais, à moins qu'un ami menacé dans sa vie
Ne jette, en appelant, le cri du désespoir,
Ou qu'avec son clairon la France nous convie
Aux fêtes du combat, aux luttes du savoir ;
A moins qu'au lit de mort une mère éplorée
Ne veuille encor poser sur sa race adorée
Ces yeux tristes et doux qu'on ne doit plus revoir,

Evitons ces chemins. - Leur voyage est sans grâces,
Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
Que la flèche lancée à travers les espaces
Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.

On n'entendra jamais piaffer sur une route
Le pied vif du cheval sur les pavés en feu ;
Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
Le rire du passant, les retards de l'essieu,
Les détours imprévus des pentes variées,
Un ami rencontré, les heures oubliées
L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.

La distance et le temps sont vaincus. La science
Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
Le Monde est rétréci par notre expérience
Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
Immobile au seul rang que le départ assigne,
Plongé dans un calcul silencieux et froid.
Jamais la Rêverie amoureuse et paisible
N'y verra sans horreur son pied blanc attaché ;
Car il faut que ses yeux sur chaque objet visible
Versent un long regard, comme un fleuve épanché ;
Qu'elle interroge tout avec inquiétude,
Et, des secrets divins se faisant une étude,
Marche, s'arrête et marche avec le col penché.


La casa del pastor (I)

A Eva

I
Si está tu corazón por la vida abrumado,
debatiéndose, a rastras como un águila herida,
como el mío llevando en sus alas inútiles
todo un mundo fatal, humillante y helado;
si al latir se desangra por su llaga inmortal,
si el amor ya no ve como estrella más fiel
que antes le iluminaba el borrado horizonte;


Si está tu alma lo mismo que la mía en cadenas,
harta de su grillete y de su amargo pan,
abandona tu remo en la oscura galera
e inclinándote llora sobre el agua del mar
cual si en él encontrases un camino ignorado,
y estremécete al ver en tus hombros desnudos
esa marca infamante que escribieron con hierro...

Echa a andar con buen ánimo, deja atrás las ciudades;
y en la senda que el polvo no mancille tus pies;
desde altivas ideas ve ciudades serviles
como peñas fatales que esclavizan al hombre.
La campiña y los bosques son enormes refugios
libres como los mares que islas negras abrazan.
Anda a campo través una flor en la mano.

La Natura te espera entre austeros silencios;
ve la hierba elevando esa bruma del véspero,
y el suspiro de adiós que da el sol a la tierra
mece todos los lirios incensando los campos.
Mira el bosque que esconde sus columnas profundas,
la montaña se oculta y sobre aguas muy pálidas
han colgado los sauces sus castísimos palios.

El crepúsculo amigo en el valle se duerme
entre hierbas doradas o color de esmeralda,
sobre tímidos juncos de la fuente apartada,
bajo el bosque entre sueños que a lo lejos vacila,
titubea al huir en racimos silvestres,
echa su capa gris a la orilla del río
y entreabre la cárcel de las flores nocturnas.

Hay en mi alta montaña un espeso brezal
por el cual el que caza casi no puede andar,
su cabeza altanera nos domina a los hombres
y en la noche custodia al pastor y al extraño.
Ven y oculta el amor y tu culpa divina;
si se agita la hierba o no está muy crecida
voy a darte esta casa del pastor para ti.

Poco a poco camina sobre sus cuatro ruedas,
su tejado es igual que tu frente y tus ojos;
el color del coral, tu color de mejillas
tiñe el carro nocturno y sus ejes sin voz.
Perfumados umbrales y una alcoba en penumbra,
y allá habrá bajo sombras y entre flores un lecho
silencioso que acoja tu cabeza y la mía.

Si tú quieres, veré el país de la nieve,
los que el astro amoroso` deslumbrante consume,
los que azotan los vientos, los que asedia la mar,
los del hielo, malditos por los polos oscuros,"
seguiremos los pasos del azar errabundo.

¿Qué me importa la luz? ¿Qué me importa la gente?
Yo diré que son bellos si tus ojos lo dicen.

Que Dios guíe a su meta al vapor fulminante H
por caminos de hierro que atraviesan los montes.
Que haya un ángel erguido en su forja ruidosa
cuando va bajo tierra o estremece los puentes,
y con dientes de fuego que devoran calderas
igual cruza ciudades que los ríos se salta,
más veloz que los ciervos en sus brincos más ágiles.

Que por él vele un ángel con los ojos azules,
que su espada proteja su andadura metálica.
Si él no cuenta los golpes de palanca escuchando
cada vuelta de rueda en su curso triunfal,
si no cuida del agua y vigila las brasas,
para hacer estallar esta mágica máquina
basta siempre el guijarro de algún niño imprudente.

En el toro de fuego que resopla y que brama
sube un hombre. Aún es pronto, nadie puede saber
qué tormentas arrastra ese ciego tremendo,
y el alegre viajero su tesoro le entrega,
cual rehenes: sus hijos y un anciano, su padre,
en el vientre ardoroso de la púnica bestia'
que dará sus cenizas a algún dios hecho de oro.

Mas triunfemos del tiempo y con él del espacio,
o llegar o morir. El Comercio es ansioso.
El carbón del vapor llueve chispas doradas.
El instante y la meta son la cifra del mundo.
Adelante, decimos. Pero nadie domina
el mugiente dragón al que un sabio dio vida,
y si un día es indócil él va a ser el más fuerte.

Pues que todo circule y que las causas nobles
con las alas del fuego así puedan obrar.
Con tal que siempre abiertos a lo que es generoso
sirvan al sentimiento los caminos de hierro.
Y bendito el comercio del audaz caduceo
si el amor que tortura una mente sombría
atraviesa en un día dos inmensas naciones.

Pero a menos de ser un amigo en peligro
que nos llame con gritos del mayor desespero,
o que con su clarín Francia quiera invitarnos
a las fiestas guerreras o a las luchas del sabio;
a no ser que muriendo una madre llorosa
sobre su amada estirpe aún quisiese posar
su mirada final, la más triste y más dulce;

Evitemos su ruta. No hay encanto en el viaje,
puesto que es tan veloz por su senda de hierro
como flecha lanzada a través del espacio
desde el arco a su blanco desgarrando los aires.
Así el hombre, arrojado a una gran lejanía
no respira y no ve del teatro del mundo
más que niebla que cruzan mil centellas radiantes.

No oiremos piafar al caballo impaciente
que convierte las losas en manojos de fuego:
adiós, lentos viajes, ecos vagos que se oyen,
risas de alguien que pasa, los retardos casuales,
imprevistos recodos de las cuestas, amigos
que se encuentran, olvido de las horas, la espera
de llegar ya muy tarde a lugares agrestes.

La distancia y el tiempo se someten. La ciencia
traza en torno a la tierra sendas tristes y rectas.
Todo el mundo se achica según nuestra experiencia,
y hasta el mismo Ecuador es un aro pequeño.
No hay azar. Todos vamos por los rieles, inmóviles
allí donde al partir nos fijaron el sitio,
bien guiados por cálculos silenciosos y fríos.

Siempre el sueño amoroso y sereno verá
con horror su pie blanco vinculado a esos viajes;
pues precisan sus ojos verter largas miradas
como un río crecido sobre todas las cosas,
preguntando por todo con la rara inquietud
de quien quiere escrutar los secretos divinos,
avanzando, parándose, sin dejar de mirar.

Libellés :

posted by Alfil @ 10:58 AM   0 comments
Alfred de Vigny -La maison du berger -II-
La maison du berger (II)
Alfred de Vigny (1797-1863)

Poésie ! ô trésor ! perle de la pensée !
Les tumultes du coeur, comme ceux de la mer,
Ne sauraient empêcher ta robe nuancée
D'amasser les couleurs qui doivent te former.
Mais sitôt qu'il te voit briller sur un front mâle,
Troublé de ta lueur mystérieuse et pâle,
Le vulgaire effrayé commence à blasphémer.

Le pur enthousiasme est craint des faibles âmes
Qui ne sauraient porter son ardeur ni son poids.
Pourquoi le fuir ? - La vie est double dans les flammes.
D'autres flambeaux divins nous brûlent quelquefois :
C'est le Soleil du ciel, c'est l'amour, c'est la Vie ;
Mais qui de les éteindre a jamais eu l'envie ?
Tout en les maudissant, on les chérit tous trois.
La Muse a mérité les insolents sourires
Et les soupçons moqueurs qu'éveille son aspect.
Dès que son oeil chercha le regard des Satyres,
Sa parole trembla, son serment fut suspect,
Il lui fut interdit d'enseigner la Sagesse.
Au passant du chemin elle criait : Largesse !
Le passant lui donna sans crainte et sans respect.

Ah ! Fille sans pudeur ! Fille du Saint Orphée,
Que n'as-tu conservé ta belle gravité !
Tu n'irais pas ainsi, d'une voix étouffée,
Chanter aux carrefours impurs de la cité,
Tu n'aurais pas collé sur le coin de ta bouche
Le coquet madrigal, piquant comme une mouche,
Et, près de ton oeil bleu, l'équivoque effronté.

Tu tombas dès l'enfance, et, dans la folle Grèce,
Un vieillard, t'enivrant de son baiser jaloux,
Releva le premier ta robe de prêtresse,
Et, parmi les garçons, t'assit sur ses genoux.
De ce baiser mordant ton front porte la trace ;
Tu chantas en buvant dans les banquets d'Horace,
Et Voltaire à la cour te traîna devant nous.

Vestale aux feux éteints ! les hommes les plus graves
Ne posent qu'à demi ta couronne à leur front ;
Ils se croient arrêtés, marchant dans tes entraves,
Et n'être que poète est pour eux un affront.
Ils jettent leurs pensers aux vents de la tribune,
Et ces vents, aveuglés comme l'est la Fortune,
Les rouleront comme elle et les emporteront.

Ils sont fiers et hautains dans leur fausse attitude ;
Mais le sol tremble aux pieds de ces tribuns romains.
Leurs discours passagers flattent avec étude
La foule qui les presse et qui leur bat des mains
Toujours renouvelé sous ses étroits portiques,
Ce parterre ne jette aux acteurs politiques
Que des fleurs sans parfums, souvent sans lendemains.
Ils ont pour horizon leur salle de spectacle ;
La chambre où ces élus donnent leurs faux combats
Jette en vain, dans son temple, un incertain oracle,
Le peuple entend de loin le bruit de leurs débats
Mais il regarde encor le jeu des assemblées
De l'oeil dont ses enfants et ses femmes troublées
Voient le terrible essai des vapeurs aux cent bras.

L'ombrageux paysan gronde à voir qu'on dételle,
Et que pour le scrutin on quitte le labour.
Cependant le dédain de la chose immortelle
Tient jusqu'au fond du coeur quelque avocat d'un jour.
Lui qui doute de l'âme, il croit à ses paroles.
Poésie, il se rit de tes graves symboles.
Ô toi des vrais penseurs impérissable amour !

Comment se garderaient les profondes pensées
Sans rassembler leurs feux dans ton diamant pur
Qui conserve si bien leurs splendeurs condensées ?
Ce fin miroir solide, étincelant et dur ;
Reste des nations mortes, durable pierre ;
Qu'on trouve sous ses pieds lorsque dans la poussière
On cherche les cités sans en voir un seul mur.

Diamant sans rival, que tes feux illuminent
Les pas lents et tardifs de l'humaine raison !
Il faut, pour voir de loin les Peuples qui cheminent,
Que le Berger t'enchâsse au toit de sa Maison.
Le jour n'est pas levé. - Nous en sommes encore
Au premier rayon blanc qui précède l'aurore
Et dessine la terre aux bords de l'horizon.

Les peuples tout enfants à peine se découvrent
Par-dessus les buissons nés pendant leur sommeil,
Et leur main, à travers les ronces qu'ils entr'ouvrent,
Met aux coups mutuels le premier appareil.
La barbarie encor tient nos pieds dans sa gaîne.
Le marbre des vieux temps jusqu'aux reins nous enchaîne,
Et tout homme énergique au dieu Terme est pareil.

Mais notre esprit rapide en mouvements abonde,
Ouvrons tout l'arsenal de ses puissants ressorts.
L'invisible est réel. Les âmes ont leur monde
Où sont accumulés d'impalpables trésors.
Le Seigneur contient tout dans m deux bras immenses,
Son Verbe est le séjour de nos intelligences,
Comme ici-bas l'espace est celui de nos corps.


La casa del pastor -II-

¡Oh, Poesía! ¡Oh, tesoro! ¡Oh, tú, perla mental!
Los tumultos del pecho, las borrascas del mar
no podrán impedir que tu ropa irisada
junte tantos colores que al final te dan forma.
Pero apenas te ven en la frente viril,
ante el pálido brillo misterioso que tienes,
todo el vulgo asustado lanza horribles blasfemias.
Los espíritus débiles temen el puro ardor
cuyo fuego acobarda. Mas, ¿por qué huir del fuego?
Doblemente ardorosa es la vida entre llamas.
Otros fuegos divinos nos consumen a veces:
como el Sol de los cielos o el Amor o la Vida.
Pero ¿quién ha querido apagarlos jamás?
Maldecimos su ardor sin dejar de abrazarlos.

Bien merece la Musa la sonrisa insolente
y el recelo burlón que provoca su aspecto.
Cuando quiso atraer la mirada del sátiro
su palabra tembló, quién creía en sus votos,
y le fue prohibido seguir siendo saber.
Cuando a todos pedía unas pocas monedas
las monedas le daban sin temor ni respeto.

¡Moza impúdica, tú, hija de san Orfeo!
¿Por qué no sigues siendo bella y grave como antes?,
¿Por qué vas con voz ronca, por las encrucijadas
más impuras cantando a través de ciudades?
¿Por qué has puesto en tus labios madrigales galantes
y picantes, por qué ahora adornan tus ojos
tan azules equívocos descarados y torpes?

Ya en tu misma niñez y en la Grecia alocada
un ancianos` embriagándote con la fuerza del beso
fue el primero en alzar tu sagrado ropaje,
y como un mozo más te sentó en sus rodillas.
De ese beso aún se ven en tu frente las huellas.
Entre copas cantaste en banquetes de Horacio"
y Voltaire en la corte te hizo ser diversión.

¡Renegada vestal! Los poetas más graves
tu corona en su frente casi no osan ceñir;
se avergüenzan, diríase, de seguirte los pasos,
es afrenta para ellos ser tan sólo un poeta.
Y así emplean sus dones en las altas tribunas,
cuya fama, que es ciega, como lo es el Destino,
va a arrastrarles con ella hasta hacer que se pierdan.

Orgullosos les vemos en su falsa actitud,
cual tribunos romanos, pero pisan en falso.
Sus discursos futiles buscan sólo el halago
de la gente que escucha y que aplaude su voz;
renovado sin tregua en lugar tan estrecho,
este público arroja al político actor
flores sin su perfume, ya marchitas mañana.

Su horizonte es la sala donde dan espectáculo;
allí los elegidos sus combates simulan
y en su templo pronuncian el oráculo incierto;
oye el pueblo de lejos el rumor del debate,
pero gusta mirar la asamblea y sus juegos
como miran con susto las mujeres y niños
la terrible experiencia del vapor de cien brazos.

Frunce el ceño el labriego al ver que dan de mano,
que se deja el trabajo para hacer escrutinios.
Sin embargo el desdén por la cosa inmortal'
está muy arraigado en algún picapleitos.
Él, que duda del alma, tiene fe en sus palabras.
Poesía, él se mofa de tus símbolos graves,
¡oh tú, amor perdurable del que sí es pensador!

¿Cómo pueden guardarse las ideas profundas
si su luz no se encierra en tu puro diamante,
que conserva tan bien su fulgor concentrado?
Este sólido espejo, deslumbrante y durísimo,
es la piedra salvada de las muertas naciones,
la que puede encontrarse cuando en medio del polvo
alguien busca ciudades sin ver de ellas ni un muro.

¡Oh, diamante sin par, que tu brillo ilumine
esos pasos tan lentos de la humana Razón!
Para ver desde lejos el andar de los pueblos
que te engaste el pastor en sus altos tejados.
Todavía es de noche. Es aún el momento
de la luz que se anuncia precediendo a la aurora
y dibuja la tierra frente al amplio horizonte.

Aún muy niños los pueblos se descubren apenas
entre breñas nacidas mientras ellos dormían,
y su mano, a través de las zarzas que apartan,
restañar se proponen sus heridas recíprocas.
La barbarie aún nos tiene muy sujetos los pies.
Medio cuerpo es de piedra por antiguas edades,
y es igual que el dios Término cualquier hombre animosos.

Mas también nuestro espíritu sobreabunda en im­pulsos;
empleemos a fondo el poder de sus medios.
Lo invisible es real. Tiene el alma su mundo
con tesoros sin cuento que no pueden palparse.
Todo está en el Señor y en sus brazos inmensos,
en su Verbo reside todo cuanto pensamos,
como aquí es el espacio donde habitan los cuerpos.

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Alfred de Vigny -La maison du berger -III-
La maison du berger (III)
Alfred de Vigny (1797-1863)

Eva, qui donc es-tu ? Sais-tu bien ta nature ?
Sais-tu quel est ici ton but et ton devoir ?
Sais-tu que, pour punit l'homme, sa créature,
D'avoir porté la main sur l'arbre du savoir,
Dieu permit qu'avant tout, de l'amour de soi-même
En tout temps, à tout âge, il fît son bien suprême,
Tourmenté de s'aimer, tourmenté de se voir ?

Mais si Dieu près de lui t'a voulu mettre, ô femme !
Compagne délicate ! Eva ! Sais-tu pourquoi ?
C'est pour qu'il se regarde au miroir d'une autre âme,
Qu'il entende ce chant qui ne vient que de toi
- L'enthousiasme pur dans une voix suave. -
C'est afin que tu sois son juge et son esclave
Et règnes sur sa vie en vivant sous sa loi.

Ta parole joyeuse a des mots despotiques ;
Tes yeux sont si puissants, ton aspect est si fort,
Que les rois d'Orient ont dit dans leurs cantiques
Ton regard redoutable à l'égal de la mort ;
Chacun cherche à fléchir tes jugements rapides...
- Mais ton coeur, qui dément tes formes intrépides,
Cède sans coup férir aux rudesses du sort.

Ta Pensée a des bonds comme ceux des gazelles,
Mais ne saurait marcher sans guide et sans appui.
Le sol meurtrit ses pieds, l'air fatigue ses ailes,
Son oeil se ferme au jour dès que le jour a lui ;
Parfois sur les hauts lieux d'un seul élan posée,
Troublée au bruit des vents, ta mobile pensée
Ne peut seule y vérifier sans crainte et sans ennui.

Mais aussi tu n'as rien de nos lâches prudences,
Ton coeur vibre et résonne au cri de l'opprimé,
Comme dans une église aux austères silences
L'orgue entend un soupir et soupire alarmé.
Tes paroles de feu meuvent les multitudes,
Tes pleurs lavent l'injure et les ingratitudes,
Tu poussin par le bras l'homme ; il se lève armé.

C'est à toi qu'il convient d'OuÏr les grandes plaintes
Que l'humanité triste exhale sourdement.
Quand le coeur est gonflé d'indignations saintes,
L'air des cités l'étouffe à chaque battement.
Mais de loin les soupirs des tourmentes civiles,
S'unissant au-dessus du charbon noir des villes,
Ne forment qu'un grand mot qu'on entend clairement.

Viens donc, le ciel pour moi n'est plus qu'une auréole
Qui t'entoure d'azur, t'éclaire et te défend ;
La montagne est ton temple et le bois sa coupole ;
L'oiseau n'est sur la fleur balancé par le vent,
Et la fleur ne parfume et l'oiseau ne soupire
Que pour mieux enchanter l'air que ton sein respire ;
La terre est le tapis de tes beaux pieds d'enfant.

Éva, j'aimerai tout dans les choses créées,
Je les contemplerai dans ton regard rêveur
Qui partout répandra ses flammes colorées,
Son repos gracieux, sa magique saveur :
Sur mon coeur déchiré viens poser ta main pure,
Ne me laisse jamais seul avec la Nature ;
Car je la connais trop pour n'en pas avoir peur.

Elle me dit : "Je suis l'impassible théâtre
Que ne peut remuer le pied de ses acteurs ;
Mes marches d'émeraude et mes parvis d'albâtre,
Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.
Je n'entends ni vos cris ni vos soupirs ; à peine
Je sens passer sur moi la comédie humaine
Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.

"Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre,
A côté des fourmis les populations ;
Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre,
J'ignore en les portant les noms des nations.
On me dit une mère et je suis une tombe.
Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe,
Mon printemps ne sent pas vos adorations.

"Avant vous j'étais belle et toujours parfumée,
J'abandonnais au vent mes cheveux tout entiers,
Je suivais dans les cieux ma route accoutumée,
Sur l'axe harmonieux des divins balanciers.
Après vous, traversant l'espace où tout s'élance,
J'irai seule et sereine, en un chaste silence
Je fendrai l'air du front et de mes seins altiers. "

C'est là ce que me dit sa voix triste et superbe,
Et dans mon coeur alors je la hais, et je vois
Notre sang dans son onde et nos morts sous son herbe
Nourrissant de leurs sucs la racine des bois.
Et je dis à mes yeux qui lui trouvaient des charmes :
- Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes,
Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.

Oh ! qui verra deux fois ta grâce et ta tendresse,
Ange doux et plaintif qui parle en soupirant ?
Qui naîtra comme toi portant une caresse
Dans chaque éclair tombé de ton regard mourant,
Dans les balancements de ta tête penchée,
Dans ta taille indolente et mollement couchée,
Et dans ton pur sourire amoureux, et souffrant ?

Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi
Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse,
L'homme, humble passager, qui dut vous être un roi
Plus que tout votre - règne et que ses splendeurs vaines,
J'aime la majesté des souffrances humaines,
Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.

Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,
Rêver sur mon épaule, en y posant ton front ?
Viens du paisible seuil de la maison roulante
Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront.
Tous les tableaux humains qu'un Esprit pur m'apporte
S'animeront pour toi, quand, devant notre porte,
Les grands pays muets longuement s'étendront.

Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre
Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ;
Nous nous parlerons d'eux à l'heure où tout est sombre,
Où tu te plais à suivre un chemin effacé,
A rêver, appuyée aux branches incertaines,
Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,
Ton amour taciturne et toujours menacé.


La casa del pastor -III-

Eva, dime, ¿quién eres? ¿Es que acaso lo sabes?
¿Es que sabes cuál es tu deber y tu fin?
¿Sabes que al castigar el pecado del hombre
que rebelde comió de aquel árbol prohibidos'
Dios dispuso que siempre, como su bien supremo,
se inclinase a vivir el amor de sí mismo,
torturado de amarse, torturado de verse?

Mas si Dios, oh mujer, a su lado te puso,
compañera sensible, Eva, ¿sabes por qué?
para hacerte el espejo en que él vea a otra alma,
para que oiga ese canto que ha de ser sólo tuyo.
Como el éxtasis puro en la voz más suave.
Para que puedas ser a la vez juez y esclava
y reinando en su vida vivas bajo su ley.

Tu risueña palabra tiene sones despóticos;
hay tal fuerza en tus ojos, tal poder en tu aspecto
que los reyes de Oriente en sus cantos dijeron
que es igual tu mirar, tan temible, a la muerte;
quién no quiere guiar esos juicios tan bruscos,
mas tu pecho se inclina contra toda apariencia
y se rinde sin más a la suerte contraria.

Tus razones dan brincos igual que una gacela,
mas no puedes andar sin apoyo y sin guía.
Hiere el suelo sus pies, cansa el aire sus alas
y sus ojos no pueden soportar mucha luz;
en alturas que alcanzas con un súbito impulso,
ante el ruido del viento tu cabeza inestable
no se puede quedar sola y sin mil temores.

Mas tampoco conoces nuestras ruines prudencias,
en tu pecho resuena el clamor del que oprimen,
igual que en una iglesia de silencios austeros
un suspiro provoca los suspiros del órgano.
Tus palabras de fuego mueven las multitudes,
y tus lágrimas lavan todo agravio y dolor.
Tú a los hombres empujas... Y se yerguen armados.

Eres tú quien escucha los terribles lamentos
que los tristes exhalan sordamente al sufrir.
Cuando el pecho se llena de unas cóleras santas
las ciudades acallan sus latidos rebeldes.
Mas de lejos los ecos de civiles tormentas
al mezclarse en la altura con el negro carbón
forman unas palabras que entendemos muy bien.

¡Ven! El cielo no es más que una gran aureola
que te envuelve de azul, te ilumina y defiende;
la montaña es tu templo y es su cúpula el bosque;
si en la flor hay un pájaro y lo mecen los vientos,
y la flor no perfuma y si el pájaro calla
sólo es para encantar el aire que respiras;
es alfombra la tierra de tus pies infantiles.

Yo amaré toda cosa en las cosas creadas,
las veré en tu mirada soñadora, Eva mía,
que pondrá por doquier el color de sus llamas,
y su calma graciosa, su sabor hecho magia.
En mi herida del pecho pon tu mano tan pura,
no me dejes a solas con la naturaleza;
la conozco muy bien y por eso la temo.

Ella dice: «Yo soy el teatro impasible
que no puede cambiar sus actores de sitio;
esmeralda, alabastro forman parte de mí,
mis columnas de mármol las hicieron los dioses;
ni suspiros ni gritos puedo oír; sólo apenas
esta humana comedia en mi vivo escenario
que no encuentra en el cielo a su público mudo.

Desdeñosa, yo arrollo sin oír y sin ver
las hormigas lo mismo que las masas humanas;
no distingo hormigueros de cenizas e ignoro
las naciones e incluso que reciben un nombre.
Todos madre me llaman, pero soy una tumba.
Vuestra muerte en mi invierno es como una heca­tombe,
y cuando es primavera me da igual que adoréis.

Sin vosotros fui hermosa, perfumada, soltando
mis cabellos al viento y siguiendo en los cielos
mi camino de siempre por el eje armonioso
de divinos volantes. Cuando ya no existáis
cruzaré los espacios, solitaria y serena,
entre un casto silencio, como hendiendo los aires
con mi frente y mis pechos que son todo altivez.

Eso dijo con voz orgullosa y tristísima,
desde entonces la odio, creo ver nuestra sangre
en sus aguas, la muerte escondida en su hierba
dando vida secreta a la raíz de los bosques.
Y a mis ojos que antaño la encontraban hermosa
dije: «No miréis más, no lloréis más por ella,
amad sólo las cosas que no vuelven a verse.»

No veremos de nuevo tu ternura y tu gracia,
ángel dulce y lloroso cuya voz es suspiros.
¿Quién podrá como tú llevar una caricia
en el brillo que alumbra tu mirada que muere,
en el leve inclinarse de tu bella cabeza,
en tu talle indolente de abandono al yacer,
en tu pura sonrisa que es amor y dolor?

Vive, fría Natura, y revive incesante,
bajo tierra, en la frente, puesto que ésta es tu ley;
vive y hazte desdén, si una diosa es lo que eres,
por el hombre que pasa y tu rey debió ser,
más que todo tu reino y su vano esplendor
amo la majestad de los hombres que sufren;
tú no esperes de mí ningún grito de amor.

¿Es que acaso no quieres, viajera indolente,
apoyar en mi pecho esa frente de ensueños?
Deja toda la paz de la casa ambulante
para ver los que pasan y los que pasarán.
Toda humana visión que me trae el Espíritu
tendrá vida a tus ojos, y se extiendan sin fin
ante nuestra mirada grandes, mudos países.

Andaremos dejando nuestra sombra tan sólo
en la tierra ingratísima donde habitan los muertos;
volveremos a hablar de ellos en las tinieblas,
cuando sigas gustosa un camino borrado
y entre sueños te apoyes a las débiles. ramas,
como Diana llorando junto al agua tu amor
taciturno y sujeto a continua amenaza.

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posted by Alfil @ 10:41 AM   0 comments
Alfred de Vigny -Le cor-
Le cor
Alfred de Vigny (1797-1863)

I
J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,
J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagnes d'azur ! ô pays adoré !
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d'airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?
Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !


II
Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.
Il reste seul debout, Olivier prés de lui,
L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore.
"Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;

"Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents."
Il rugit comme un tigre, et dit : "Si je me rends,
"Africain, ce sera lorsque les Pyrénées
"Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."

"Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà."
Et du plus haut des monts un grand rocher roula.
Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

"Merci, cria Roland, tu m'as fait un chemin."
Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main,
Sur le roc affermi comme un géant s'élance,
Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.


III
Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De Luz et d'Argelès se montraient les vallées.

L'armée applaudissait. Le luth du troubadour
S'accordait pour chanter les saules de l'Adour ;
Le vin français coulait dans la coupe étrangère ;
Le soldat, en riant, parlait à la bergère.

Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi.
Assis nonchalamment sur un noir palefroi
Qui marchait revêtu de housses violettes,
Turpin disait, tenant les saintes amulettes :

"Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ;
"Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu.
"Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes
"Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.

"Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor."
Ici l'on entendit le son lointain du Cor.
L'Empereur étonné, se jetant en arrière,
Suspend du destrier la marche aventurière.

"Entendez-vous ! dit-il. - Oui, ce sont des pasteurs
"Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs,
"Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée
"Du nain vert Obéron qui parle avec sa Fée."

Et l'Empereur poursuit ; mais son front soucieux
Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux.
Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe,
Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.

"Malheur ! c'est mon neveu ! malheur! car si Roland"
Appelle à son secours, ce doit être en mourant.
"Arrière, chevaliers, repassons la montagne !"
Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de l'Espagne !


IV
Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ;
L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.

"Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?"
J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant
"Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;"
Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire,
"Son âme en s'exhalant nous appela deux fois."

Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !


El cuerno

I
Oigo el cuerno en la tarde desde el fondo del bosque;
tal vez canta los llantos de la cierva acosada
o el adiós del que caza, repetido por ecos,
y que el viento del norte de hoja en hoja transmite.

Cuántas veces yo solo, en la sombra nocturna,
no sonreí al escucharlo, cuántas veces lloré.
Pues creía escuchar esos ruidos proféticos
que anunciaban la muerte de algún fiel paladín.

¡Oh montañas azules! ¡Oh, esa tierra adorada!
Peñas de la Frazona, circo del Marboré,
oh cascadas caídas de las más altas nieves,
manantiales, arroyos, pirenaicos torrentes.

Flor y hielo en los montes, que son doble estación,
cuya frente es de nieve y los pies de verdor.
Hasta aquí hay que venir, aquí es donde se escucha
ese cuerno lejano, melancólico y dulce.

A menudo un viajero, cuando el aire es silencio,
estremece la noche con sus voces de bronce;
y a sus cantos se mezcla un sonido armonioso,
de feliz cascabel del cordero balando.

Suspicaz, una cierva, en lugar de esconderse,
permanece muy quieta en la cima rocosa,
y en su inmenso fragor la cascada también
une su queja eterna a la viva romanza.

Caballeros, ¿acaso vuestras almas retornan?
¿Es que es vuestra la voz que se escucha en el cuerno?
¡Roncesvalles! Tal vez en tu valle sombrío
de Roldán la gran sombra no ha podido calmarse.


II
Todos ellos murieron, los guerreros no huían.
A su lado, de pie, queda sólo Oliveros;
sarracenos le cercan que aún parecen temblar.
Grita el moro: «Roldán, o te rindes o mueres.

Yacen todos tus pares» muertos en los torrentes.»
Él rugió como un tigre y gritó: «Si me rindo,
africano, será cuando los Pirineos
bajarán derribados con el agua y sus cuerpos.»

«Ya se caen», responden, «luego debes rendirte».
Y del monte más alto un peñasco cayó.
Y hasta el fondo rodó del abismo, y la copa
de los pinos rompió hasta hundirse en las aguas.

«Gracias», dijo Roldán, «me has abierto el camino».
Y hasta el pie de los montes, con su mano empujando,
cual si fuera un gigante mueve todo el peñasco,
y los moros vacilan, casi a punto de huir.


III
Entretanto, confiados, Carlomagno y los suyos
descendían del monte conversando entre sí.
A lo lejos, visibles por sus aguas los valles
de Argelés y de Luz'-' distinguíanse ya...


Roldán guarda los montes, todos iban sin miedo.
Cabalgado en un negro palafrén revestido
de gualdrapas violeta, el obispo Turpín
con sus santas reliquias, avisó a Carlomagno.

«Oh, señor, en el cielo se ven nubes de fuego;
no sigáis adelante, no tentemos a Dios.
San Dionisio nos valga, que son almas, diríase,
que atraviesan los aires en vapores llameantes.

Dos fulgores se han visto y después otros dos.»
Se oyó entonces el cuerno que tañía muy lejos.
Carlomagno, asombrado, va a tirar de las riendas
y hace que su corcel no prosiga su marcha.

«¿Oís eso?», pregunta. «Sí, sin duda pastores
que reúnen rebaños por las cimas dispersos»,
respondió el arzobispo, «o las voces ahogadas
del enano Oberón que con su hada conversa».

Sigue andando el gran rey. Mas su inquieto semblante
es más negro y sombrío que los cielos revueltos.
Teme ya la traición, y mientras piensa en ella
suena el cuerno y se calla, y renace otra vez.

«¡Ay de mí! Es mi sobrino. ¡Ay de mí! Si Roldán
pide ayuda sé bien que ha de estar moribundo.
¡Caballeros, atrás! Y tú tiembla de nuevo
al sentir nuestros pasos, ¡ay España engañosa!»


IV
En la cima del monte los corceles descansan;
los blanquea la espuma; a sus pies, Roncesvalles
coloréase apenas con la luz del crepúsculo.
A lo lejos ya huyen las banderas del moro.

«¿Qué hay, Turpín, en el fondo de este fiero torrente?
Veo a dos caballeros: uno ha muerto, otro expira,
aplastados los dos por un negro peñasco;
el más fuerte aún empuña marfileño olifante,
exhalando su alma nos llamó por dos veces.»

¡Suena el cuerno muy triste en el fondo del bosque!

Libellés :

posted by Alfil @ 10:28 AM   0 comments
Alfred de Vigny -Le bain d'une dame romaine-
Le bain d'une dame romaine
Alfred de Vigny (1797-1863)

Une Esclave d'Egypte, au teint luisant et noir,
Lui présente, à genoux, l'acier pur du miroir ;
Pour nouer ses cheveux, une Vierge de Grèce
Dans le compas d'Isis unit leur double tresse ;
Sa tunique est livrée aux Femmes de Milet,
Et ses pieds sont lavés dans un vase de lait.
Dans l'ovale d'un marbre aux veines purpurines
L'eau rose la reçoit ; puis les Filles latines,
Sur ses bras indolents versant de doux parfums,
Voilent d'un jour trop vif les rayons importuns,
Et sous les plis épais de la pourpre onctueuse
La lumière descend molle et voluptueuse :
Quelques-unes, brisant des couronnes de fleurs,
D'une hâtive main dispersent leurs couleurs,
Et, les jetant en pluie aux eaux de la fontaine,
De débris embaumés couvrent leur souveraine,
Qui, de ses doigts distraits touchant la lyre d'or,
Pense au jeune Consul, et, rêveuse, s'endort.


El baño de una dama romana

Una esclava de Egipto, de tez negra y brillante,
de rodillas le muestra un espejo de acero;
para atar sus cabellos una virgen de Grecia
con la curva lunar une su trenza doble;
está en manos su túnica de mujeres milesias
y se lavan sus pies en jofaina de leche.
En un mármol oval jaspeado de púrpura
aguas de color rosa bañan todo su cuerpo;
luego acuden sirvientas de las tierras latinas,
vierten suaves perfumes en sus brazos inertes,
y velando los rayos de una luz importuna
bajo pliegues espesos de la púrpura untuosa,
voluptuosas descienden claridades sobre ella;
unas rompen al paso las coronas de flores,
sus colores dispersan con su rápida mano
y rociando las aguas, como lluvia, en la fuente;
su estallido de aromas cubre a la soberana,
que al azar pulsa cuerdas de su áurea lira,
piensa en el joven cónsul y se duerme en sus sueños.

Libellés :

posted by Alfil @ 6:50 AM   0 comments
Alfred de Vigny -Moïse-
Moïse
Alfred de Vigny (1797-1863)


Le soleil prolongeait sur la cime des tentes
Ces obliques rayons, ces flammes éclatantes,
Ces larges traces d'or qu'il laisse dans les airs,
Lorsqu'en un lit de sable il se couche aux déserts.
La pourpre et l'or semblaient revêtir la campagne.
Du stérile Nébo gravissant la montagne,
Moïse, homme de Dieu, s'arrête, et, sans orgueil,
Sur le vaste horizon promène un long coup d'œil.
Il voit d'abord Phasga , que des figuiers entourent ;
Puis, au-delà des monts que ses regards parcourent,
S'étend tout Galaad, Éphraïm, Manassé,
Dont le pays fertile à sa droite est placé ;
Vers le midi, Juda, grand et stérile, étale
Ses sables où s'endort la mer occidentale ;
Plus loin, dans un vallon que le soir a pâli,
Couronné d'oliviers, se montre Nephtali ;
Dans des plaines de fleurs magnifiques et calmes
Jéricho s'aperçoit : c'est la ville des palmes ;
Et, prolongeant ses bois, des plaines de Phogor,
Le lentisque touffu s'étend jusqu'à Ségor.
Il voit tout Chanaan, et la terre promise,
Où sa tombe, il le sait, ne sera point admise.
Il voit ; sur les Hébreux étend sa grande main,
Puis vers le haut du mont il reprend son chemin.

Or, des champs de Moab couvrant la vaste enceinte,
Pressés au large pied de la montagne sainte,
Les enfants d'Israël s'agitaient au vallon
Comme les blés épais, qu'agite l'aquilon.
Dès l'heure où la rosée humecte l'or des sables
Et balance sa perle au sommet des érables,
Prophète centenaire, environné d'honneur,
Moïse était parti pour trouver le Seigneur.
On le suivait des yeux aux flammes de sa tête,
Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,
Lorsque son front perça le nuage de Dieu
Qui couronnait d'éclairs la cime du haut lieu
L'encens brûla partout sur les autels de pierre.
Et six cent mille Hébreux, courbés dans la poussière,
A l'ombre du parfum par le soleil doré,
Chantèrent d'une voix le cantique sacré ;
Et les fils de Lévi, s'élevant de la foule,
Tels qu'un bois de cyprès sur le sable qui roule,
Du peuple avec la harpe accompagnant les voix,
Dirigeaient vers le ciel l'hymne du Roi des Rois.

Et, debout devant Dieu, Moïse ayant pris place,
Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

Il disait au Seigneur : " Ne finirai-je pas ?
Où voulez-vous encor que je porte mes pas ?
Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ?
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.
Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ?
J'ai conduit votre peuple où vous avez voulu.
Voilà que son pied touche à la terre promise.
De vous à lui qu'un autre accepte l'entremise,
Au coursier d'Israël qu'il attache le frein ;
Je lui lègue mon livre et la verge d'airain.

Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances,
Ne pas me laisser homme avec mes ignorances,
Puisque du mont Horeb jusques au mont Nébo
Je n'ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau ?
Hélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages !
Mon doigt du peuple errant a guidé les passages.
J'ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois ;
L'avenir à genoux adorera mes lois ;
Des tombes des humains j'ouvre la plus antique,
La mort trouve à ma voix une voix prophétique ;
Je suis très grand, mes pieds sont sur les nations,
Ma main fait et défait les générations.
Hélas! je suis, Seigneur, puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre!

Hélas ! je sais aussi tous les secrets des Cieux ;
Et vous m'avez prêté la force de vos yeux.
Je commande à la nuit de déchirer ses voiles ;
Ma bouche par leur nom a compté les étoiles,
Et dès qu'au firmament mon geste l'appela,
Chacune s'est hâtée en disant : " Me voilà ".
J'impose mes deux mains sur le front des nuages
Pour tarir dans leurs flancs la source des orages ;
J'engloutis les cités sous les sables mouvants ;
Je renverse les monts sous les ailes des vents ;
Mon pied infatigable est plus fort que l'espace ;
Le fleuve aux grandes eaux se range quand je passe,
Et la voix de la mer se tait devant ma Voix.
Lorsque mon peuple souffre, ou qu'il lui faut des lois,
J'élève mes regards, votre esprit me visite ;
La terre alors chancelle et le soleil hésite,
Vos anges sont jaloux et m'admirent entre eux.
Et cependant, Seigneur, je ne suis pas heureux ;
Vous m'avez fait vieillir puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.

Sitôt que votre souffle a rempli le berger,
Les hommes se sont dit : " Il nous est étranger "
Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,
Car ils venaient, hélas ! d'y voir plus que mon âme.
J'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir ;
Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.
M'enveloppant alors de la colonne noire,
J'ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire,
Et j'ai dit dans mon cœur : " Que vouloir à présent ? "
Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant,
Ma main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche,
L'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche ;
Aussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous,
Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux
0 Seigneur ! j'ai vécu puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre! "

Or, le peuple attendait, et, craignant son courroux,
Priait sans regarder le mont du Dieux jaloux ;
Car, s'il levait les yeux, les flancs noirs du nuage
Roulaient et redoublaient les foudres de l'orage,
Et le feu des éclairs, aveuglant les regards,
Enchaînait tous les fronts courbés de toutes parts.
Bientôt le haut du mont reparut sans Moïse.
Il fut pleuré. - Marchant vers la terre promise,
Josué s'avançait pensif et pâlissant,
Car il était déjà l'élu du Tout-Puissant.


Moisés

El sol iba alargando sobre todas las tiendas
esos rayos oblicuos, esas llamas que ciegan,
esas huellas doradas que suspende en el aire
cuando muere en un lecho de arenoso desierto.
Era todo el paisaje entre púrpura y oro.
Ascendiendo al estéril monte Nebo, se para
Moisés, hombre de Dios, y allí, ajeno al orgullo,
en el vasto horizonte posa larga mirada.
Ve no lejos a Pasga, que rodean higueras;
más allá de los montes que recorre su vista,
está todo Galad, Efraím, Manasés,
cuyas fértiles tierras quedan a su derecha;
hacia el sur hay Judá, país vasto y estéril,
con arenas en donde duerme el mar de poniente;
en un valle, difuso por la tarde, más lejos,
coronado de olivos Neftalí se divisa;
en llanuras de flores sosegadas y espléndidas,
Jericó puede verse, la ciudad de las palmas;
y alargando sus bosques, desde el llano Fogor
el frondoso lentisco a Segor llega incluso.
Ve Canaán y la tierra prometida que sabe
nunca va a conservar sus despojos mortales.
Mira, extiende su mano sobre todo su pueblo
y hacia lo alto del monte reanuda el camino.

Y en los vastos espacios de los campos de Moab
hasta el pie impresionante de la santa montaña,
se agitaban los hijos de Israel en el valle
como espesos trigales que sacuden los vientos.
Cuando cae el rocío en el oro de arena
y se mece su perla en la copa del arce,
el glorioso profeta centenario, Moisés,
les dejó en la llanura para ver al Señor.
Con los ojos siguieron su cabeza entre llamas,
y al llegar a la cumbre del altísimo monte,
al perderse su frente en la nube de Dios,
que la cima sagrada coronaba con rayos,
se quemó mucho incienso en altares de piedra.
Seiscientos mil hebreos, adorando en el polvo,
a la sombra aromada que el sol hace de oro
entonaron unánimes su sagrado cantar;
los levitas, alzándose por encima de todos,
como un gran cipresal sobre arenas tendidas,
con sus arpas del pueblo dirigían las voces,
elevando hacia el cielo himnos al Rey de reyes.
Y ante Dios, puesto en pie, ya Moisés en la nube
que era toda tiniebla, cara a cara le hablaba.
Y decía al Señor: «¿Nunca voy a acabar?
¿Hacia dónde queréis que enderece mis pasos?
Así, pues, ¿seré siempre soledad y poder?
¡Oh, dejadme que duerma ese sueño de tierra!
¿Cuál ha sido mi culpa para que me eligierais?
Yo llevé a vuestro pueblo hasta donde quisisteis.
Y ya pisan la tierra prometida por Vos.
Hora es ya de confiar tal empresa a otro guía,
que otro le ponga freno al corcel de Israel;
yo le lego mi libro" y el cayado de bronce.

«¿Por qué habéis de agotar mi esperanza, por qué
no dejarme viviendo con las cosas que ignoro,
ya que del monte Horeb hasta el Nebo soberbio
no he podido encontrar el lugar de mi tumba?
¡Ay, me habéis hecho sabio entre todos los sabios!
Yo he guiado el camino de estas tribus errantes.
Por mi mano ha llovido fuego sobre los reyes;
de rodillas mis leyes va a adorar el futuro;
de las tumbas humanas abro la más antigua
y la muerte a mi voz tiene voces proféticas,
soy muy grande, mis plantas pisotean naciones,
y linajes enteros puedo hacer o matar.
¡Ay de mí, soy, Señor, soledad y poder!
¡Oh, dejadme que duerma ese sueño de tierra!

¡Ay, conozco también los secretos del cielo
y Vos mismo me disteis para ver vuestros ojos!
A la noche le ordeno que desgarre sus velos;
por su nombre mi boca ha contado los astros,
me bastó un ademán de llamada, y cada uno
acudió presuroso declarando: Aquí estoy.
Con mis manos la frente de las nubes apalpo
y en su entraña se agotan fuentes de tempestad;
y sepulto ciudades bajo arenas movientes
y derribo los montes bajo el ala del viento;
incansable, mi pie puede más que el espacio;
el caudal de los ríos ante mí es cauce seco`
y la voz de los mares enmudece a mi voz.
Cuando sufre mi pueblo o requiere unas leyes,
yo levanto la vista, vuestro espíritu acude;
tiembla entonces la tierra y hasta el sol se estremece,
y envidiosos los ángeles en el cielo me admiran.
Y no obstante, Señor, no me siento dichoso;
envejezco y me das soledad y poder.
¡Oh, dejadme que duerma ese sueño de tierra!

Sacudió vuestro soplo al pastor y en seguida
se dijeron los hombres: «Ya no le conocemos»;
y humillaban los ojos a mis ojos de llama,
porque en ellos veían algo más que mi alma.
Vi apagarse el amor, la amistad extinguirse;
Se velaban las vírgenes y temían morir.
Envolviéndome entonces con la negra columna,
yo he guiado a este pueblo, triste y solo en mi gloria,
y me he dicho a mí mismo: ¿Qué deseas ahora?
No es posible dormir sobre un pecho amoroso
porque sé que mi frente pesará demasiado,
deja miedo mi mano en la mano que toca,
en mi voz hay tormentas y en mis labios el rayo;
nadie así puede amarme, ante mí todos tiemblan,
y cuando abro los brazos ante mí se arrodillan.
¡Oh, Señor, heme aquí soledad y poder,
oh, dejadme dormir ese sueño de tierra!

Esperaban las tribus, y temiendo su cólera
todo el pueblo rezaba y sus ojos no osaban
contemplar la montaña de aquel Dios tan celoso;
si miraban los flancos de la nube negruzca,
nuevos rayos surgían de las altas tormentas,
y cegaba la luz de terribles relámpagos,
humillando las frentes que tocaban la tierra.
Pronto viose de nuevo sin Moisés la alta cima.
Fue llorando. La tierra prometida quedaba
al final del camino que aún tenían que andar.
Pensativo y muy pálido avanzaba Josué,
que era el nuevo elegido del que todo lo puede.

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François Villon -Belle leçon aux enfants perdus-
samedi, mai 08, 2004
Belle leçon aux enfants perdus
François Villon (1431-1463)

Beaux enfants, vous perdrez la plus
Belle rose de vo chapeau;
Mes clercs près prenant comme glus,
Se vous allez à Montpipeau
Ou à Ruel, gardez la peau:
Car, pour s'ébattre en ces deux lieux,
Cuidant que vausît le rappeau,
Le perdit Colin de Cayeux.

Ce n'est pas un jeu de trois mailles,
Où va corps, et peut-être l'âme.
Qui perd, rien n'y sont repentailles
Qu'on n'en meure à honte et diffame;
Et qui gagne n'a pas à femme
Dido, la reine de Carthage.
L'homme est donc bien fol et infâme
Qui, pour si peu, couche tel gage.

Qu'un chacun encore m'écoute!
On dit, et il est vérité,
Que charterie se boit toute,
Au feu l'hiver, au bois l'été.
S'argent avez, il n'est enté,
Mais le dépendez tôt et vite.
Qui en voyez-vous hérité?
Jamais mal acquît ne profite.


Lección de cordura a los muchachos

Perdéis, muchachos, la más bella
rosa que hay en vuestro sombrero;
si marcháis para Montpipeau,
clérigos de veloces dedos,
o a Ruel, cuidad vuestra cabeza:
pues por irse a los lados esos
y creer en apelaciones
la perdió Cayeux el cerrajero.

Que no son el cuerpo y el alma
pequeña apuesta: si perdemos,
de morir cubiertos de infamia
no nos salva Arrepentimiento;
y si ganamos, no es la reina
Dido a quien poseeremos.
Hay que ser miserable o loco
para jugar tales efectos.

Se dice que al barril de vino
hasta el fondo es sabio beberlo,
ya en los bosques cuando es verano,
ya junto al fuego en el invierno.
¡Si tenéis dinero gastádlo,
que no da brotes bajo el suelo!
Bien mal habido no prospera.
¿A quién tenéis por herederos?

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Ballade des femmes de Paris-
Ballade des femmes de Paris
François Villon (1431-1463)

Quoy qu'on tient belles langagieres
Florentines, Veniciennes,
Assez pour estre messaigieres,
Et mesmement les anciennes;
Mais, soient Lombardes, Rommaines,
Genevoises, a mes perilz,
Piemontoises, Savoysiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

De tres beau parler tiennent chaires,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et que sont bonnes cacquetoeres
Allemanses et Bruciennes;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d'autre pays,
Espaignolles ou Castellannes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses, n'y scavent gueres,
Ne Gasconnes et Tholouzaines;
Du Petit-Pont deux harangeres
Les concluront, et les Lorraines,
Anglesches ou Callaisiennes,
(Ay je beaucoup de lieux compris?)
Picardes, de Valenciennes;
Il n'est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donnez le prix;
Quoy qu'on die d'Italiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.


Balada de las mujeres de París

Célebres son por lo dicharacheras
las sicilianas y las venecianas,
Amor las usa como mensajeras
ahora igual que en épocas ancianas.
Mas tomad a lombardas, genovesas
y saboyanas -no habla un aprendiz-,
a romanas o bien a piamontesas:
las de más salero son las de París.

Dicen que tienen las napolitanas
cátedras de garbo y de sutil hablar,
que las alemanas y las prusianas
son grandes maestras en el parlotear;
mas por más que citen a las egipcianas,
a los picos de oro de cualquier país,
a las españolas o a las catalanas:
las de más salero son las de París.

No son muy brillantes ni las bretonas
ni las picardas ni las lorenesas
ni las de Toulouse ni las gasconas
ni las ginebrinas ni las inglesas:
sólo del Petit-Pont dos pescaderas
cerrarles podrían el pico en un tris
(¿nombré ya bastantes glorias extranjeras?):
las de más salero son las de París.

Príncipe: las parleras parisinas
con su donaire adornan la flor de lis.
Por más que se hable de las florentinas
las de más salero son las de París.

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Les contreditz de Franc Gontier-
Les contredictz de Franc-Gontier
François Villon (1431-1463)

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
Lez ung brasier, en chambre bien nattee,
A son coste gisant dame Sydoine,
Blanche, tendre, pollie et attaintee:
Boire ypocras, a jour et a nuyctee,
Rire, jouer, mignonner et baiser,
Et nud a nud, pour mieulx des corps s'ayser,
Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
Il n'est tresor que de vivre a son aise.

Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine
Eussent tousjours tel douce vie hantee,
D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
N'en comptassent une bise tostee.
Tout leur mathon, ne toute leur potee,
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
Ne vault pas mieulx lict costoye de chaise?
Qu'en dictes-vous? Faut-il a ce muser?
Il n'est tresor que de vivre a son aise.

De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
Et boivent eau, tout au long de l'annee.
Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
A tel escot une seule journee
Ne me tiendroient, non une matinee.
Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
Helene o luy, soubz le bel esglantier;
Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
Il n'est tresor que de vivre a son aise.

Prince, jugez, pour tous nous accorder.
Quant est a moy, mais qu'a nul n'en desplaise,
Petit enfant, j'ay ouy recorder
Qu'il n'est tresor que de vivre a son aise.


Las réplicas a Franc Gontier

Sentado en blanda cama un cura grueso,
junto al brasero, en cámara esterada,
pegado a él Sidoine dándole un beso,
tierna, blanca, hermosísima, ataviada,
así por una muesca los vi estarse
bebiendo el mejor vino noche y día,
reir, jugar, besarse, acariciarse,
los dos desnudos cuando les placía,
y supe ahí que contra la amargura
no hay un mejor vivir que con holgura.

Si este vivir hubiesen ensayado
el buen Gontier y su bienamada Helena
no andarían frotando pan tostado
con esos ajos que el amor condena.
A sus leches cuajadas, su puchero
y cremas el menor valor concedo.
¿Dormir bajo un rosal? Pues yo prefiero
un lecho blando en el que hundirme puedo.
¿No es la elección que dicta la cordura?
No hay un mejor vivir que con holgura.

Viven de pan moreno -¡desvarían!-
y no beben más que agua el año entero.
Todas las aves que en los prados pían,
si así las pagaré, pues no las quiero
aunque canten mis trozos predilectos.
Que Franc Gontier retoce con Helena
bajo el bello rosal lleno de insectos
si tal la vida les parece buena.
Pero yo pienso: por tener ventura
no hay un mejor vivir que con holgura.

Poned, Príncipe, fin a este debate:
yo agregaré que en mi niñez obscura
oí decir a un demacrado vate:
"No hay un mejor vivir que con holgura".

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posted by Alfil @ 7:24 PM   0 comments
François Villon -Ballade (des langues ennuieuses)-
Ballade (des langues ennuieuses)
François Villon (1431-1463)

En reagal, en arsenic rocher,
En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
En suif et poix, destrampez de lessive
Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
En lavaille de jambes a meseaulx;
En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
En sang d'aspic et drogues venimeuses;
En fiel de loups, de regnards et blereaux,
Soient frittes ces langues envieuses!

En cervelle de chat qui hayt pescher,
Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher
Tout enrage, en sa bave et salive;
En l'escume d'une mulle poussive,
Detrenchee menu a bons ciseaulx;
En eau ou ratz plongent groings et museaulx,
Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
Soient frittes ces langues envieuses!

En sublime, dangereux a toucher;
Et au nombril d'une couleuvre vive;
En sang qu'on mect en poylettes secher,
Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
Ou nourrices essangent leurs drappeaulx;
En petits baings de filles amoureuses
Qui n'entendent qu'a suivre les bordeaulx,
Soient frittes ces langues envieuses!

Prince, passez tous ces friands morceaux,
S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
Soient frittes ces langues envieuses!


Balada

Que en rejalgar y anhídrido arsenioso,
en sulfuro amarillo y en cal viva,
en pez y hollín disueltas en colada
hecha con pis y cacas de judía,
en plomo hirviente que las desmenuce,
en agua sucia de leproserías,
en raspones de pies y ropa vieja,
en sangre de áspid y diversas víboras,
en hiel de lobos, zorros y tejones
¡las lenguas envidiosas sean fritas!

Que con sesos de un gato que ni pesque
por no mojarse, y de podrida encía,
o con los de un mastín también roñoso
goteándole de rabia la saliva,
con, en sus propias babas cocinados,
los pedacitos de una mula tísica,
en agua en que hunden el hocico y boca
ranas, ratones, sapos, lagartijas,
serpientes, ratas y otras nobles bestias
¡las lenguas envidiosas sean fritas!

Que en sublimado, peligroso al tacto,
sobre el ombligo de una sierpe viva,
en las sangres expuestas en las ollas
del barbero cuando la luna brilla,
una ya negra, la otra verde obscuro,
en los tachos en donde las nodrizas
raspan pañales, y en las palanganas
en que se lavan las venales ninfas
(quien no me entiende nunca fue a burdeles)
¡las lenguas envidiosas sean fritas!

Pasad, Príncipe, luego estos manjares,
si no tenéis tamiz ni tenéis criba,
por los fondillos de cagadas bragas,
pero antes ¡que en soretes de porcina
las lenguas envidiosas sean fritas!

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 7:17 PM   0 comments
François Villon -Ballade pour Robert d'Estouteville
Ballade pour Robert d'Estouteville
François Villon (1431-1463)

Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
Meu de plaisir et par noble coustume,
Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
Recoit son per et se joint a la plume:
Ainsi vous vueil, a ce desir m'allume.
Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.
Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

Dame serez de mon cueur, sans debat,
Entierement, jusques mort me consume.
Laurier soueef qui pour mon droit combat,
Olivier franc, m'ostant toute amertume.
Raison ne veult que je desaccoustume,
Et en ce vueil avec elle m'assemble,
De vous servir, mais que m'y accoustume;
Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
Par fortune qui sur moy si se fume,
Vostre doulx oeil sa malice rabat,
Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
Si ne perds pas la graine que je sume
En vostre champ, car le fruict me ressemble:
Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

Princesse, oyez ce que cy vous resume:
Que le mien cueur du vostre desassemble
Ja ne sera: tant de vous en presume;
Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.


Balada para Robert d'Estouteville

Al alba, cuando el gavilán se agita
Movido de placer y de nobleza,
Brinca el tordo y alegremente grita
Recibiendo a su amada en la maleza,
Ofreceros quiero, y por hacerlo vibro
Impaciente, lo dulce a aquel que ama.
Sabed que Amor lo ha escrito ya en su libro.
Este es el fin para el que Dios nos llama.

De mi vida seréis siempre la dueña
Enteramente, hasta la muerte mía:
Laurel afable con quien mi alma sueña,
Olivar noble que a Amargor enfría.
Razón ordena que perviva el fuego
(En este punto sigo su proclama)
que a vos me empuja, aunque parezca ciego.
Este es el fin para el que Dios nos llama.

Y cuando sobre mí avanza una pena,
cuando Fortuna arrójame un tormento,
vuestra mirada dulce y tan serena
los desvanece igual que al humo el viento.
Y yo no pierdo lo que voy sembrando
en vos, pues que ser mío el fruto clama.
Lo pide Dios: os seguiré cavando.
Este es el fin para el que Dios nos llama.

Oíd, Princesa, lo que grita mi ansia:
para siempre mi pecho vos reclama.
De vos espero idéntica constancia.
Este es el fin para el que Dios nos llama.

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 7:02 PM   0 comments
François Villon -Ballade et oraison-
Ballade et oraison
François Villon (1431-1463)

Pere Noe, qui plantastes la vigne;
Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
De vos filles si vous feit approcher,
Pas ne le dy pour le vous reprocher,
Architriclin, qui bien sceustes cest art,
Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

Jadis extraict il fut de vostre ligne,
Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
On ne luy sceut pot des mains arracher,
Car de bien boire oncques ne fut faitard.
Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

Comme um viellart qui chancelle et trepign
L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
Et une foys il se feit une bigne,
Bien m'en souvient, a l'estal d'ung boucher.
Brief, on n'eust sceu en ce monde chercher
Meilleur pion, pour boire tost et tard.
Faictes entrer quand vous orrez hucher
L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.

Prince, il n'eust sceu jusqu'a terre cracher;
Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.


Balada y oración

Padre Noé, que plantaste las viñas,
y tú, Loth, que bebiste en la cueva
tanto que Amor, que siempre trampas lleva,
hizo que "conocieras" a tus niñas
(no es un reproche, no, dulce inconsciente)
y Archetreclin, borracho diplomado,
os ruego recibáis pomposamente
al alma de Cotart el buen finado.

Nació hace mucho del linaje vuestro,
bebió de lo más caro y más preciado
y en no pagar de todos fue el más diestro.
Caballero del vino fue, arrojado:
nunca temblaba al escalar toneles
y el vaso defendía encarnizado.
Abrid del Paraíso los canceles
al alma de Cotart el buen finado.

¡Cuántas veces lo he visto tambalearse
cuando se iba a dormir el bullanguero!
Una vez un chichón hizo al golpearse
contra el puesto de un maestro carnicero.
No creo que en el mundo pueda hallarse
del vino un hombre más enamorado.
Dejadla entrar, cuando la oiréis quejarse,
al alma de Cotart el buen finado.

Nunca al suelo llegó cuando escupía.
Gritaba: " ¡Mi garganta se ha incendiado!"
Saciar su sed el alma no podía,
el alma de Cotart el buen finado.

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 6:56 PM   0 comments
François Villon -Ballade de Villon a s'amye-
Ballade de Villon a s'amye
François Villon (1431-1463)

Faulse beaulte, qui tant me couste cher.
Rude en effect, hypocrite doulceur;
Amour dure, plus que fer, a mascher;
Nommer que puis de ma deffacon soeur,
Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
Orgueil musse, qui gens met au mourir;
Yeulx sans pitie! ne veult droicte rigueur,
Sans empirer, ung pauvre secourir?

Mieulx m'eust valu avoir este crier
Ailleurs secours, c'eust este mon bonheur:
Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
Trotter m'en fault en fuyte a deshonneur.
Haro, haro, le grand et le mineur!
Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
Ou pitie veult, selon ceste teneur,
Sans empirer, ung povre secourir.

Ung temps viendra, qui fera desseicher,
Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
Je m'en risse, se tant peusse marcher,
Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
Ne donnez pas a tous ceste douleur,
Sans empirer, ung povre secourir.

Prince amoureux, des amans le greigneur,
Vostre mal gre ne vouldroye encourir;
Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
Sans empirer, ung povre secourir.


Balada de Villón a su Dama

Falsa beldad que me costáis tan caro,
Ruda en verdad, hipócrita dulzura,
Amor muy duro de roer y avaro,
Nombraros puedo, muerte ya es segura,
Cobarde flor que pincha con delicia,
Orgullo loco que se afirma ahorcando
Y ojos helados. ¿No podrá Justicia
a un pobre socorrer que están matando?

Mejor que yo buscara hubiese sido
Algún jardín de amor en otro lado,
Rival no hubiera esa mujer tenido;
Tengo que huir ahora, y humillado.
¡Auxilio! ¡Auxilio! ¡Que me ayude alguna!
Si hay que morir , he de morir peleando.
Quiera Piedad, que me faltó en la cuna,
a un pobre socorrer que están matando.

Ya vendrá el día en que se encuentre seca,
mustia y ajada vuestra flor fragante.
Y aunque mi risa ahí parezca mueca,
mi risa en la vejez será triunfante.
Viejo seré, vos fea y con arrugas.
¡Bebed ahora que.el arroyo es blando!
Ya se helará, y no pueden las verrugas
a un pobre socorrer que están matando.

Príncipe del Amor, excelso amante,
a quien no quiero andar importunando:
sabed que debe un buen señor, no obstante,
a un pobre socorrer que están matando.

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 6:49 PM   0 comments
François Villon -Ballade pour prier Nostre-Dame-
Ballade pour prier Nostre-Dame
François Villon (1431-1463)

Dame du ciel, regente terrienne,
Emperiere des infernaulx palux,
Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
Que comprinse soye entre voz esleuz,
Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
Sans lesquelz biens ame ne peult merir
N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
En ceste foy je vueil vivre et mourir.

A vostre Filz dictes que je suis sienne;
Que de luy soyent mes pechez aboluz:
Pardonnes moi comme a l'Egyptienne,
Ou comme il feit au clerc Theophilus,
Lequel par vous fut quitte et absoluz,
Combien qu'il eust au diable faict promesse.
Preservez-moy, que je ne face cesse;
Vierge, pourtant, me vouillies impartir
Le sacrement qu'on celebre a la messe.
En ceste foy je vueil vivre et mourir.

Femme je suis povrette et ancienne,
Ne riens ne scay; oncques lettre ne leuz;
Au monstier voy dont suis parroissienne
Paradis painct, ou sont harpes et luz,
Et ung enfer ou damnez sont boulluz:
L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
A qui pecheurs doivent tous recourir,
Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
En ceste foy je vueil vivre et mourir.

Vous portastes, Vierge, digne princesse,
Jesus regnant, qui n'a ne fin ne cesse.
Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
Laissa les cieulx et nous vint secourir;
Offrist a mort sa tres clere jeunesse;
Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
En ceste foy je vueil vivre et mourir.


Balada para rezar a Nuestra Señora

Señora del cielo, Regente de la tierra,
Emperatriz de los pantanos infernales:
recibid a esta humilde cristiana que yerra:
quiere ser de vuestros dilectos celestiales
aun sabiendo que no tiene méritos tales.
Esas que de vos manan, mi Señora, riquezas,
son mucho más grandes que todas mis bajezas.
Sin ellas al cielo el alma no ha de subir;
y no estoy mintiendo, como las juglaresas:
en esta fe yo quiero vivir y morir.

Decid a Vuestro hijo que busco su vía.
Pedidle que mis pecados sean borrados,
que me perdone como a la egipcia María
o a Teófilo, clérigo a quien disculpados
fueron sus tratos con el diablo acordados
por la intercesión de Vuestra dulce sonrisa.
Preservadme del demonio que siempre atiza,
Virgen que sin mancha pudiste concebir
el sacramento que se celebra en la misa:
en esta fe yo quiero vivir y morir.

Soy pobre y vieja, no sé los textos sagrados,
pero en la iglesia adonde voy por que me ayudes
vi un Edén pintado con arpas y laúdes
y un Infierno en donde hierven los condenados.
Este me da un gran miedo, al otro alborozados
miran mis ojos, y es la única verdad que sé.
Sueño con que esa dicha algún día alcanzaré,
Señora a quien el pecador debe recurrir
sin fingimientos ni pereza y con fe:
en esta fe yo quiero vivir y morir.

Fue tu santa preñez, digna Virgen, Princesa,
el Rey Jesús que es infinito y que no cesa
y que adoptó nuestra triste naturaleza,
dejó su cielo y por nosotros vino a morir
sacrificándonos su juvenil belleza.
Así es nuestro Dios. Suya mi alma se confiesa:
en esta fe yo quiero vivir y morir.

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Double ballade-
Double ballade
François Villon (1431-1463)

Pour ce, aymez tant que vouldrez,
Suyvez assemblees et festes,
En la fin ja mieulx n'en vauldrez,
Et sy n'y romprez que vos testes:
Folles amours font les gens bestes:
Salmon en idolatrya;
Samson en perdit ses lunettes...
Bien heureux est qui rien n'y a!

Orpheus, le doux menestrier,
Jouant de flustes et musettes,
En fut en dangier du meurtrier
Bon chien Cerberus a troys testes;
Et Narcissus, -le bel honnestes-,
En ung profond puys se noya,
Pour l'amour de ses amourettes...
Bien heureux est qui rien n'y a!

Sardana, le preux chevalier,
Qui conquist le regne de Cretes,
En voult devenir moulier
Et filer entre pucellettes.
David ly roy, saige prophetes,
Craincte de Dieu en oublya,
Voyant laver cuisses bien faictes...
Bien heureux est qui rien n'y a!

Ammon en voult deshonnorer,
Feignant de manger tartelettes,
Sa soeur Thamar, et deflorer,
Qui fist choses moult deshonnestes;
Herodes (pas ne sont sornettes)
Sainct Jean-Baptiste en decolla,
Pour dances, saultz et chansonnettes...
Bien heureux est qui rien n'y a!

De moy, pauvre, je veuil parler;
J'en fuz batu, comme a ru telles,
Tout nud, ja ne le quiers celer.
Qui me feit mascher ces groiselles,
Fors Katherine de Vauselles?
Noe le tiers ot, qui fut la.
Mitaines a ces nopces telles,
Bien heureux est qui rien n'y a!

Mais que ce jeune bachelier
Laissast ces jeunes bachelettes,
Non! et, le deust-on vif brusler,
Comme ung chevaucheur d'escovettes.
Plus doulces luy sont que civettes;
Mais toutesfoys fol s'y fia:
Soient blanches, soient brunettes,
Bien heureux est qui rien n'y a!


Doble balada

Amad, amantes corazones,
haced según vuestros antojos,
id a festines y a reuniones:
terminaréis llenos de piojos.
A los hombres hace Amor flojos:
Salomón a herejía accede,
Sansón pierde sus anteojos.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

Orfeo, el tierno musicante,
tocando rústicas dulzuras,
por Amor se topó delante
del Can de cuatro dentaduras.
Narciso, de unas aguas puras
cae al pozo y salir no puede
por culpa de sus aventuras.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

Sardaná, el de valor sin tacha
que conquistó el reino de Creta,
se fue a hilar como una muchacha
y quiso ser mujer completa.
El rey David, sabio profeta,
dos bellos muslos ve y procede
a olvidar a Dios que lo reta.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

Amnón, presa de sed de amar,
con el pretexto de que hambreaba,
reclamó y desfloró a Tamar
mientras la hojuela se quemaba.
Dejó Herodes -¡cómo sudaba!-
que la cabeza de Juan ruede
por Salomé que le bailaba.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

De mí también ¡pobre!, hablaré:
por Amor, como lienzo en río,
fui golpeado desnudo, y sé
que lo ordenó un tierno amor mío,
Catherine, con un gesto frío.
Noël, que vio lo que precede,
recibió parte del rocío.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

No ha de dejar por ello el joven
de perseguirlas sin cautela
ni aunque en una hoguera lo adoben
como al que en una escoba vuela.
Para él huelen como canela.
Loco igualmente es quien se enriede
con morena o rubia mozuela.
¡Feliz de aquel que a Amor no cede!

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Ballade de la belle heaulmiere aux filles de joie-
Ballade de la belle heaulmiere aux filles de joie
François Villon (1431-1463)

Or y pensez, belle Gantiere,
Qui m'escoliere souliez estre,
Et vous, Blanche la Savetiere,
Ores est temps de vous congnoistre.
Prenez a dextre et a senestre;
N'espargnez homme, je vous prie:
Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
Ne que monnoye qu'on descrie.

Et vous, la gente Saulcissiere,
Qui de dancer estes adextre;
Guillemette la Tapissiere,
Ne mesprenez vers vostre maistre;
Tous vous fauldra clorre fenestre,
Quand deviendrez vieille, flestrie;
Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
Ne que monnoye qu'on descrie.

Jehanneton la Chaperonniere,
Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
Katherine la Bouchiere,
N'envoyez plus les hommes paistre:
Car qui belle n'est, ne perpetre
Leur bonne grace, mais leur rie.
Laide vieillesse amour n'impetre,
Ne que monnoye qu'on descrie.

Filles, veuillez vous entremettre
D'escouter pourquoy pleure et crie
C'est que ne puys remede y mettre,
Ne que monnoye qu'on descrie.


Balada de la bella armera a las jóvenes cortesanas

Pensad pues, tú, bella Guantera
que mi alumna solías ser
y tú, Blanca la Zapatera,
que a vivir debéis aprender.
Tomad a izquierda y a derecha
-hombre que pase, Dios lo puso-
que a la vieja se la desecha
como moneda fuera de uso.

Y tú, bellísima Fiambrera
que danzando quitas el sueño,
y Guillerma la Tapicera:
¡los caprichos haced del dueño!
Pronto este tiempo se irá lejos,
feas seréis como un lechuzo,
no serviréis ni a curas viejos,
como moneda fuera de uso.

Tu, Juanita la Sombrerera:
que ningún amor te detenga;
tú, Catalina la Bolsera:
no desprecies a aquel que venga;
pues aunque yo, por recordarme,
les sonrío a veces y azuzo
sé que nadie vendrá a tomarme,
como moneda fuera de uso.

Sabed, muchachas, que si estallo
en tan triste llanto y profuso
es que quien me requiera no hallo,
como moneda fuera de uso.

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Les regrets de la Belle Heaulmiere-
Les regrets de la Belle Heaulmiere
François Villon (1431-1463)

Ja parvenue a vieillesse.
Advis m'est que j'oy regretter
La belle qui fut heaulmiere,
Soy jeune fille souhaitter
Et parler en ceste maniere:
"Ha! vieillesse felonne et fiere,
Pourquoy m'as si tost abatue?
Qui me tient que je ne me fiere,
Et qu'a ce coup je ne me tue?

"Tollu m'as ma haulte franchise
Que beaute m'avoit ordonne
Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
Car alors n'estoit homme ne
Qui tout le sien ne m'eust donne,
Quoy qu'il en fust des repentailles,
Mais que luy eusse abandonne
Ce que reffusent truandailles.

"A maint homme l'ay reffuse,
Qui n'estoit a moy grand saigesse,
Pour l'amour d'ung garson ruse,
Auquel j'en feiz grande largesse.
A qui que je feisse finesse,
Par m'ame, je l'amoye bien!
Or ne me faisoit que rudesse,
Et ne m'amoyt que pour le mien.

"Ja ne me sceut tant detrayner,
Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
Et m'eust-il faict les rains trayner,
S'il m'eust dit que je le baisasse
Et que tous mes maux oubliasse;
Le glouton, de mal entache,
M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
Que m'en reste-il? Honte et peche.

"Or il est mort, passe trente ans,
Et je remains vieille et chenue.
Quand je pense, lasse! au bon temps,
Quelle fus, quelle devenue;
Quand me regarde toute nue,
Et je me voy si tres-changee,
Pauvre, seiche, maigre, menue,
Je suis presque toute enragee.

"Qu'est devenu ce front poly,
Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
Grand entr'oeil, le regard joly,
Dont prenoye les plus subtilz;
Ce beau nez droit, grand ne petiz;
Ces petites joinctes oreilles,
Menton fourchu, cler vis traictis,
Et ces belles levres vermeilles?

"Ces gentes espaules menues,
Ces bras longs et ces mains tretisses;
Petitz tetins, hanches charnues,
Eslevees, propres, faictisses
A tenir amoureuses lysses;
Ces larges reins, ce sadinet,
Assis sur grosses fermes cuysses,
Dedans son joly jardinet?

"Le front ride, les cheveulx gris,
Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
Qui faisoient regars et ris,
Dont maintz marchans furent attaincts;
Nez courbe, de beaulte loingtains;
Oreilles pendans et moussues;
Le vis pally, mort et destaincts;
Menton fonce, levres peaussues:

"C'est d'humaine beaute l'yssues!
Les bras courts et les mains contraictes,
Les espaulles toutes bossues;
Mammelles, quoy! toutes retraictes;
Telles les hanches que les tettes.
Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
Grivelees comme saulcisses.

"Ainsi le bon temps regretons
Entre nous, pauvres vieilles sottes,
Assises bas, a croppetons,
Tout en ung tas comme pelottes,
A petit feu de chenevottes,
Tost allumees, tost estainctes;
Et jadis fusmes si mignottes!...
Ainsi en prend a maintz et maintes."

Los lamentos de la Bella Armera

Creo estar las quejas oyendo
de la que fue la Bella Armera;
ella querría aún ser joven...
Parece hablar de esta manera:
-¿Por qué tan pronto me venciste,
vejez cruel y traicionera?
-¿Qué me ata que no me hundo el hierro
que esfumaría mis miserias?

Me arrancaste lo que Belleza
me otorgara para que reine
sobre clérigos y esclesiásticos,
sobre señores y burgueses.
No había entonces hombre muy cuerdo
que sus bienes no me cediese
con tal que lo único le diera
que de la puta nunca obtienen.

¡Y a cuántos hombres lo negué
-¡era entonces tan poco sabia!-
por un muchacho más que astuto
a quien encadené mi alma!
Disimulaba con los otros;
¡a él, Dios mío, cuánto lo amaba!
Y me zurraba sin embargo
y me quería por mi plata.

Mas por mucho que me golpea
rayo nunca lo dejé de amar,
y aunque me hubiese dado azotes
el dolor me hacía olvidar
con sólo reclamarme un beso.
Ese demonio, ese truhán
me abrazaba y ... ¿Qué guardo de esto?
Vergüenza y pecado, no más.

Hace treinta años que está muerto
y yo, vieja, canosa, sigo.
Cuando me acuerdo de otros tiempos
y desnuda cuando me miro
y me veo tan diferente
(¡qué horrenda soy! ¡qué bella he sido!)
encogida, marchita, flaca,
me tengo rabia porque vivo.

¿Qué se hicieron mi lisa frente,
mis cejas y cabellos rubios,
mis ojos de mirar travieso
con que atrapaba a los más duros,
esa nariz recta y mi rostro,
mi rostro que ahora en vano busco,
mis orejas blancas y firmes
y mis labios de un rojo puro?

¿Mis hermosos pequeños hombros,
largos brazos y manos finas,
pezones chicos y caderas
altas y sólidas, propicias
para batallas de amor largas
y, sobre todo, eso que hacía
dichoso al hombre entre mis muslos
bajo el jardín que lo escondía?

La frente ajada, blanco el pelo,
apagados los ojos que ayer
lanzaban rientes miradas
al pecho del noble y del burgués,
la nariz corva y las orejas
colgando velludas y también
del rostro huídos los colores
-si labios tiene, no se ven-

¡en eso para la belleza
humana! Manos contraídas,
brazos cortos, varias jorobas
entre los hombros distribuidas,
resecas están ya las tetas,
asco da eso que daba dicha
y los muslos amoratados
antes que muslos son salchichas.

Así juntas nos lamentamos
algunas pobres viejas tontas
sentadas sobre nuestras grupas
y acurrucadas en la sombra
junto a un fuego de pajas malas
que se apaga al viento que sopla.
¡Y en un tiempo fuimos tan bellas!
Así habrá de pasarle a todas.

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 4:16 PM   0 comments
François Villon -Ballade en vieil langage françois-
Ballade en vieil langage françois
François Villon (1431-1463)

Car, ou soit ly sains appostolles
D'aubes vestuz, d'amys coeffez,
Qui ne seint fors saintes estolles
Dont par le col prent ly mauffez
De mal talant tous eschauffez,
Aussi bien meurt que filz servans,
De ceste vie cy brassez:
Autant en emporte ly vens.

Voire, ou soit de Constantinobles
L'emperieres au poing dorez,
Ou de France le roy tres nobles,
Sur tous autres roys decorez,
Qui pour luy grant Dieux adorez
Batist esglises et couvens,
S'en son temps il fut honnorez,
Autant en emporte ly vens.

Ou soit de Vienne et Grenobles
Ly Dauphin, le preux, ly senez,
Ou de Digons, Salins et Dolles
Ly sires filz le plus esnez,
Ou autant de leurs gens prenez,
Heraux, trompectes, poursuivans,
Ont ilz bien boutez soubz le nez?
Autant en emporte ly vens.

Prince a mort sont tous destinez,
Et tous autres qui sont vivans:
S'ils en sont courciez n'atinez,
Autant en emporte ly vens.


Balada en vieja lengua francesa

Porque también el Santo Padre,
con amito y alba cubierto,
ceñido con estolas santas
con las que coge por el cuello
al diablo que maldad rezuma,
muere igual que se muere un lego:
una brisa suave lo arranca:
seres son que se lleva el viento.

Y también de Constantinopla
el Señor de dorado yelmo,
o de Francia el Rey generoso
que sembró iglesias y conventos
en honor a Dios, y que ha sido
el más glorioso de los nuestros,
si en su tiempo los adoraron
seres son que se lleva el viento.

Y asimismo el Delfín de Vienne
y Grenoble, el prudente, el fiero,
o de Dijon, Salins y Dole
el Señor y su hijo heredero,
o su gente misma, sus cortes,
pese a todo lo que engulleron,
sus escuderos, sus heraldos,
seres son que se lleva el viento.

Van los príncipes a la muerte
como el clérigo y como el siervo,
y así se enfaden o entristezcan
seres son que se lleva el viento.

Versión de Rubén Abel Reches

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François Villon -Ballade des Seigneurs du temps jadis-
Ballade des Seigneurs du temps jadis
François Villon (1431-1463)

Qui plus, où est li tiers Calixte,
Dernier décédé de ce nom,
Qui quatre ans tint le papaliste,
Alphonse le roi d'Aragon,
Le gracieux duc de Bourbon,
Et Artus le duc de Bretagne,
Et Charles septième le bon?
Mais où est le preux Charlemagne?

Semblablement, le roi scotiste
Qui demi face ot, ce dit-on,
Vermeille comme une émastiste
Depuis le front jusqu'au menton,
Le roi de Chypre de renom,
Hélas! et le bon roi d'Espagne
Duquel je ne sais pas le nom?
Mais où est le preux Charlemagne?

D'en plus parler je me désiste;
Ce n'est que toute abusion.
Il n'est qui contre mort résiste
Ne qui treuve provision.
Encor fais une question:
Lancelot le roi de Behaygne,
Où est-il? où est son tayon?
Mais où est le preux Charlemagne?

Où est Claquin, le bon Breton?
Où le comte Dauphin d'Auvergne,
Et le bon feu duc d'Alençon?
Mais où est le preux Charlemagne?


Balada de los señores de antaño

¿Dónde está Calixto Tercero,
que papa fue por cuatro años,
último muerto de ese nombre?
¿Y el muy gracioso Borbón Carlos,
Arturo, el duque de Bretaña,
Alfonso en Aragón reinando
y Carlos Séptimo triunfante?
Mas ¿dónde el bravo Carlomagno?

¿Y el rey de Escocia, que tenía
una mejilla -se ha contado-
color sangre desde la frente
hasta debajo de los labios?
¿Y el valeroso rey de España
cuyo nombre se me ha olvidado?
¿Y el muy famoso rey de Chipre?
Mas ¿dónde el bravo Carlomagno?

Renuncio a hablar de glorias idas:
el mundo es sólo un sueño vano.
Nadie triunfa sobre la muerte,
no la detienen los palacios.
Una pregunta aun formulo:
aquel rey de Bohemia, Lazlo
¿dónde está, dónde está su abuelo?
Mas ¿dónde el bravo Carlomagno?

¿Dónde el conde delfín de Auvernia?
¿Dónde el astuto y buen Bernaldo?
¿Dónde el difunto Juan Primero?
Mas ¿dónde el bravo Carlomagno?

Versión de Rubén Abel Reches

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posted by Alfil @ 4:04 PM   0 comments