La nuit m’est courte...
Joachim du Bellay (1522-1560)
La nuit m’est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l’amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au tourment, que j’endure.
Je vois mon bien, et mon mal je procure,
Désir m’enflamme, et crainte me rend glace,
Je veux courir, et jamais ne déplace,
L'obscur m’est clair, et la lumière obscure.
Vôtre je suis et ne puis être mien,
Mon corps est libre, et d’un étroit lien
Je sens mon cœur en prison retenu.
Obtenir veux, et ne puis requérir,
Ainsi me blesse, et ne me veut guérir
Ce vieil enfant, aveugle archer, et nu.
La noche me es breve...
La noche me es breve y dura mucho el día;
huyo del amor, mas la pista le sigo;
me sois cruel, y vuestra gracia pido,
y placer me da el tormento que sufro.
Veo mi bien, pero mi mal procuro;
me inflama el deseo, mas el temor me hiela;
quiero correr, pero nunca me muevo;
lo oscuro me es claro, pero la luz oscura.
Vuestro soy, y no puedo ser mío;
mi cuerpo es libre, mas con estrecho lazo
siento mi corazón en prisión retenido.
Quiero obtener, y requerir no puedo;
así me hiere, sin quererme sanar
un niño ciego, viejo arquero desnudo.
Versión de Luis Antonio de Villena
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