Pleine marge
André Breton (1896-1966)
à Pierre Mabille
Je ne suis pas pour les adeptes
Je n'ai jamáis habité au lieu dit La Grenouillière
La lampe de mon coeur file et bientôt hoquette à l'approche des parvis
Je n'ai jamáis été porté que vers ce qui ne se tenait pas à carreau
Un arbre élu par l'orage
Le bateau de lueurs ramené par un mousse
L'édifice au seul regard sans clignement du lézard et mille frondaisons
Je n'ai vu à l'exclusion des autres que des femmes
qui avaient maille à partir avec leur temps
Ou bien elles montaient vers moi soulevées par les vapeurs d'un abîme
Ou encore absentes il y a moins d'une seconde elles me précédaient du pas de la Joueuse de tympanon
Dans la rue au moindre vent où leurs cheveux portaient la torche
Entre toutes cette reine de Byzance aux yeux passant de si loin l'outre-mer
Que je ne me retrouve jamais dans le quartier des Halles aù elle m'apparut
Sans qu'elle se multiplie á perte de vue dans les glaces des voitures des marchandes de violettes
Entre toutes l'enfant des cavernes son étreinte prolongeant de toute la vie la nuit esquimau
Quand déjà le petit jour hors d'haleine grave son renne sur la vitre
Entre toutes la religeuse aux lèvres de capucine
Dans le car de Crozon à Quimper
Le bruit de ses cils dérange la mésange charbonnière
Et le livre à fermoir va glisser de ses jambes croisées
Entre toutes l'ancienne petite gardienne ailée de la Porte
Par laquelle les conjectures se faufilent entre les pousse-pousse
Elle me montre alignées des caisses aux inscriptions idéographiques le long de la Seine
Elle est debout sur l'oeuf brisé du lotus contre mon oreille
Entre toutes celle qui me sourit du fond de l'étang de Berre
Quand d'un pont des Martigues il lui arrive de suivre appuyée contre moi la lente procession des lampes couchées
En robe de bal des méduses qui tournoient dans le lustre
Celle qui feint de ne pas être pour tout dans cette fête
D'ignorer ce que cet accompagnement repris chaque jour dans les deux sens a de votif
Entre toutes
Je reviens à mes loups à mes facons de sentir
Le vrai luxe
C'est que le divan capitonné de satin blanc
Porte l'étoile de la lacération
Il me faut ces gloires du soir frappant de biais votre bois de lauriers
Les coquillages géants des systèmes tout érigés qui se présenten! en coupe irrégulière dans la campagne
Avec leurs escaliers de nacre et leurs reflets de vieux verres de lanternes
Ne me retiennent qu'en fonction de la part de vertige
Faite à l'homme qui pour ne rien laisser échapper de la grande rumeur
Parfois est alié jusqu'à briser le pédalier
Je prends mon bien dans les failles du roc là où la mer
Precipite des globes de chevaux montes de chiens qui hurlent
Où la conscience n'est plus le pain dans son manteau de roi
Mais le baiser le seul qui se recharge de sa propre braise
Et mêrne des êtres engagés dans une voie qui n'est pas la mienne
Qui est à s'y méprendre le contraire de la mienne
Elle s'ensable au départ dans la fable des origines
Mais le vent s'est levé tout á coup les rampes se sont mises à osciller grandement autour de leur pomme irisée
Et pour eux ç'a été l'univers défenestré
Sans plus prendre garde à ce qui ne devrait jamáis finir
Le jour et la nuit échangeant leurs promesses
Ou les amants au défaut du temps retrouvant et perdant la bague de leur source
O grand mouvement sensible par quoi les autres parviennent à âtre les miens
Même ceux-là dans l'éclat de rire de la vie tout encadrés de bure
Ceux dont le regard fait un accroc rouge dans les buissons de mûres
M'entraînent m'entraînent où je ne sais pas aller
Les yeux bandés tu brûles tu t'éloignes tu t'éloignes
De quelque manière qu'ils aient frappé leur couvert est mis chez moi
Mon beau Pélage couronné de gui ta tête droite sur tous ces fronts courbés
Joachim de Flore mené par les anges terribles
Qui à certaines heures aujourd'hui rabattent encoré leurs ailes sur les faubourgs
Où les cheminées fusent invitant à une résolution plus proche dans la tendresse
Que les roses constructions heptagonales de Giotto
Maître Eckhart mon maître dans l'auberge de la raison
Où Hegel dit à Novalis Avec lui nous avons tout ce qu'il nous faut et ils partent
Avec eux et le vent j'ai tout ce qu'il me faut
Jansénius oui je vous attendais prince de la rigueur
Vous devez avoir froid
Le seul qui de son vivant réussit á n'être que son ombre
Et de sa poussière on vit monter menaçant toute la ville la fleur du spasme
Pâris le diacre
La belle la violée la soumise l'accablante La Cadière
Et vous messieurs Bonjour
Qui en assez grande pompe avez bel et bien crucifié deux femmes je crois
Vous dont un vieux paysan de Fareins-en-Dôle
Chez lui entre les portraits de Marat et de la mère Angélique
Me disait qu'en disparaissant vous avez laissé à ceux qui sont venus et pourront venir
Des provisions pour longtemps
Pleno margen
A Pierre Mabille
No soy partidario de los adeptos
Nunca he vivido en el caserío La Charca de las Ranas
La lámpara de mi corazón echa humo y empieza a tener hipo al acercarse a los atrios
Nunca me interesé sino por lo que no se andaba con cuidado
Un árbol escogido por la tormenta
El barco de fulgores traído por un grumete
El edificio de la única mirada sin parpadeo del lagarto y mil frondas
Sólo he visto con exclusión de las demás a mujeres que tenían problemas con su tiempo O bien subían hacia mí alzadas por los vapores de un abismo
O también ausentes hace menos de un segundo me precedían con el paso de la Tañedora de salterio
En la calle al menor viento donde sus cabellos llevaban la antorcha
Entre todas esa reina de Bizancio cuyos ojos sobrepasan tanto el ultramar
Que nunca puedo estar en el barrio de Les Halles donde ella se me apareció
Sin que se multiplique interminablemente en los espejos de los carritos de las vendedoras de violetas
Entre todas la niña de las cavernas su abrazo que prolonga con toda la vida la noche esquimal
Cuando ya la madrugada sin aliento graba su reno en el cristal
Entre todas la monja con labios de capuchina
En el autobús de Crozon a Quimper
El ruido de sus pestañas molesta al herrerillo
Y el libro con broche va a resbalar de sus piernas cruzadas
Entre todas la antigua pequeña guardiana alada de la Puerta
Por la que las conjeturas se cuelan entre los carricoches
Me muestra alineados unos cajones con inscripciones ideográficas a lo largo del Sena Está de pie sobre el huevo roto del loto contra mi oreja
Entre todas la que me sonríe desde el fondo del estanque de Berre
Cuando desde un puente de Les Martigues a veces apoyada contra mí sigue la lenta procesión de las lámparas tumbadas
En traje de baile de las medusas que giran en la lámpara de araña
La que simula no serlo todo en esa fiesta
Ignorar lo que tiene de votivo ese acompañamiento reanudado cada día en los dos sentidos
Entre todas
Vuelvo a mis lobos a mis maneras de sentir
El verdadero lujo
Consiste en que el diván acolchado de satén blanco
Lleva la estrella de la laceración
Necesito esas glorias de la noche que golpean al bies vuestro bosque de laureles
Las conchas gigantes de los sistemas erigidos que se presentan en corte irregular en el campo
Con sus escaleras de nácar y sus reflejos de viejos vidrios de linternas
Únicamente me retienen en función de su parte de vértigo
Concedida al hombre que para no dejar escapar nada del gran rumor
A veces ha llegado a romper los pedales
Tomo mi bien en las fallas de la roca allí donde el mar
Precipita sus globos de caballos montados por perros que aullan
Donde la conciencia no es ya el pan en su manto de rey
Sino el beso el único que se recarga con su propia brasa
E incluso seres internados en un camino que no es el mío
Que es el contrario del mío hasta lo inconcebible
Se hunde en la arena al principio en la fábula de los orígenes
Pero el viento se ha alzado de pronto las rampas se han puesto a oscilar enormemente en torno a su manzana irisada
Y para ellos fue defenestrado el universo
Sin tener cuidado ya con lo que no debería terminar nunca
El día y la noche intercambian sus promesas
O los amantes en el punto débil del tiempo encontrando y perdiendo el anillo de su fuente
Oh gran movimiento sensible mediante el cual los otros consiguen ser los míos
Incluso aquéllos en la carcajada de la vida enmarcados de sayal
Aquéllos cuya mirada hace un desgarrón rojo en las zarzamoras
Me arrastran me arrastran a donde no sé ir
Con los ojos vendados te quemas frío frío
Golpearan como golpearan su cubierto está puesto en mi casa
Mi bello Pelagio coronado de muérdago tu cabeza
erguida sobre todas esas frentes inclinadas
Joachím de Flore llevado por ángeles terribles
Que a ciertas horas hoy todavía abrazan con sus alas los suburbios
Donde las chimeneas crepitan invitando a una resolución más cercana en la ternura
Que las rosadas construcciones heptagonales de Giotto
Maestro Eckhart mi maestro en la posada de la razón
En la que Hegel dice a Novalis Con él tenemos todo lo que necesitamos y se van
Con ellos y el viento tengo todo lo que necesito
Jansenio sí te esperaba príncipe del rigor
Debes de tener frío
El único que en vida consiguió no ser más que su sombra
Y de su polvo vimos subir la flor del espasmo amenazando a toda la ciudad
París el diácono
La bella la violada la sumisa la abrumadora La Cadière
Y vosotros señores Buenos días
Que con grande pompa efectivamente habéis crucificado a dos mujeres creo
Vosotros de quienes un viejo campesino de Fareins-en-Dôle
En su casa entre los retratos de Marat y de la Madre Angélica
Me decía que al desaparecer dejasteis a los que vinieron y a los que puedan venir
Provisiones para mucho tiempo
Versión de Andrés Sánchez Robayna
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