lundi, mars 13, 2006

Aimé Césaire -Poème pour l'aube-

Poème pour l'aube
Aimé Césaire (Martinique, 1913- )

les fougues de chair vive
aux étés de l'écorce cérébrale
ont flagellé les contours de la terre
les ramphorinques dans le sarcasme de leur queue
prennent le vent
le vent qui n'a plus d'épée
le vent qui n'est plus qu'une gaule à cueillir les fruits de toutes les saisons du ciel
mains ouvertes
mains vertes
pour les fêtes belles des fonctions anhydrides
il neigera d'adorables crépuscules sur les mains coupées des mémoires respirantes
et voici
sur les rhagades de nos lèvres d'Orénoque désespéré
l'heureuse tendresse des îles bercées par la poitrine adolescente des sources de la mer
et dans l'air et le pain toujours renaissant des efforts musculaires
l'aube irrésistible ouverte sous la feuille
telle clarteux l'élan épineux des belladones


Poema para el alba

Arrebatos de carne viva
en los estíos explayados de la corteza cerebral
han flagelado los contornos de la tierra
los ranforinquios en el sarcasmo de sus colas
captan el viento
el viento que ya no tiene espada
el viento que ya no es sino una caña de pescar los frutos de todas las estaciones del cielo
manos abiertas
manos verdes
para las bellas fiestas de las funciones anhídridas
nevarán adorables crepúsculos sobre las manos tronchadas de las memorias respirantes
y de ahí
sobre las grietas de nuestros labios de Orinoco desesperado
la feliz ternura de las islas mecidas por el pecho adolescente de las fuentes del mar
y en el aire y en el pan siempre renaciente de los esfuerzos musculares
el alba irresistible abierta bajo la hoja
cual claror el impulso espinoso de las belladonas

Versión de Lizandro Z.D.Galtier

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