lundi, mars 13, 2006

Aimé Césaire -Cérémonie vaudou pour Saint John Perse-

Cérémonie vaudou pour Saint John Perse
Aimé Césaire (Martinique, 1913- )

celui qui balise l’aire d’atterissage des colibris
celui qui plante en terre une hampe d’asclépias de Curaçao
pour fournir le gîte aux plus grands monarques du monde
qui sont en noblesse d’exil et papillons de pasage

celui pour qui les burseras de la sierra
suant sang et eau et plus de sang que d’eau et pelés
n’en finissent pas de se tordre les bras
grotesques dans leur parade de damnés

celui qui contemple chaque jour la première leerte
génétique
qu’il est superflu de nommer
jusqu’à parfait rougeoiement
avec à recueillir le surplus de forces hors du vide historique

le chercheur de sources perdues
le demèleur de laves cordées

celui qui calcule l’étiage de la colère
dans les terres de labour et de mainbour
celui quid u sang reencontré la roue du temps et du
contretemps
mille fois plus gémissante que norias sur l’Oronte

celui qui remplace l’asphodèle des prairies infernales
par –sacrale- la belle coiffure afro de l’haemanthus
-Angela Davies de ces Linux- riche de totues les éphingles
de nos sangs hérissés

(le vit-il le vit-il l’Etranger
Plus rouge pourtant que le sang de Tammouz
et nos faces décebales
le vit-il le vit-il l’Etranger?)

phlégréennes
oiseaux profonds
tourterelles de l’ombre et du grief
et que l’arc s’embrase
et que l’un à l’autre océan
les magmas fastueux en volcans se répondent pour
de toutes gueules de tous fumants sabores honorer
en route pour le grand large
l’ultime Conquistador en son dernier voyage


Ceremonia vudú para Saint John Perse…

aquel que baliza la superficie de aterrizaje de los colibríes
aquel que hinca en tierra una alabarda de Asclepios de Curazao
para albergar a los más grands monarcas del mundo
que son nobleza de exilio y mariposas de paso

aquel para el que los copales de la sierra
sudan sangre y agua y más sangre que agua y descortezados
no acaban de torcer los brazos
grotescos en su farsa de condenados

aquel que contempla cada día la primera letra genética
que superfluo es nombrar
hasta el perfecto enrojecimiento
con un resto de fuerzas que recoger fuera del vacío histórico

el buscador de fuentes perdidas
el alfarero de lavas cordiformes

aquel que calcula el estiaje de la cólera
en las tierras de cultivo y de tutela
aquel que de la sangre encuentra la rueda del tiempo y del contratiempo
mil veces más rechinante que las norias a orillas del Oronte

aquel que reemplaza el asfódelo de las praderas infernales
con la –sacra- belleza de peinado afro de la hermanto
-la Ángela Davis de estos lares- rica de todos los alfileres
de nuestras sangres erizadas

(¿lo vio lo vio el Extranjero
más rojo sin embargo que la sangre de Tanus
y nuestros rostros decébalos
lo vio lo vio el Extranjero?)

fregreos
pájaros hondos
tórtolas de la sombra y de la queja
y que el arco se abrace
y que de un océano al otro
los magmas fastuosos como volcanes se respondan
para honrar con todas las bocas con todas la humeantes portas
camino de la gran mar alta
al último Conquistador en su postrer viaje

Versión de José Luis Rivas

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