Les charmes de la nuit
Robert Desnos (1900-1945)
Quand on confie son corps aux charmes de la nuit
Il semble voir paraître à travers la fenêtre
Le visage lointain de ceux que l'on connut
où étiez-vous? où était-elle? où serons-nous?
Le temps qui s'abolit et renaît de lui-même
ne répond même pas aux questions des passants,
Ces fleurs qui s'effeuillaient ces souffles oubliés
ont atterri bien loin sur des terres nouvelles
on les voit resplendir à l'éclair des prunelles
dans un accent de voix dans un geste inutile
Ils mourront tous à l'heure dite à la va-vite
Ces yeux s'éloigneront ainsi que deux lanternes
que l'on voit disparaître aux routes en forêts
Ces yeux reparaîtront on reverra leur cerne
on ressent leur regard Eh quoi ce n'est pas eux
La vie est parcourue de fantômes futiles
De loin on reconnaît la démarche amicale
Et de près ce n'est plus qu'une vaine vapeur
Squelette ridicule ou burlesque brouillard
allez-vous-en allez-vous-en je ne crains plus
que le mystère enclos dans la réalité.
Los encantos de la noche
Cuando entregas el cuerpo al encanto nocturno
Te parece que ves a través del cristal
El semblante lejano de los que conociste
¿dónde estabais vosotros? ¿y ella? ¿dónde estaremos?
El tiempo que se anula renace de sí mismo
ni siquiera responde a los que van pasando
Las flores deshojadas los soplos olvidados
se posaron muy lejos en nuevos territorios
los hace fulgurar un brillo de pupilas
una inflexión de voz un ademán inútil
Todos se morirán deprisa y a su hora
Se alejarán los ojos igual que dos fanales
que vemos disiparse por sendas y por bosques
Volverán esos ojos volverán sus ojeras
sentimos su mirada Y qué Ya no son ellos
La vida la recorren fantasmas anodinos
Reconoces de lejos el andar amistoso
Y de cerca no es más que un inútil vapor
Esqueleto ridículo o neblina burlesca
alejaos de aquí ya no le tengo miedo
sino al misterio que se encierra en lo real.
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