jeudi, décembre 15, 2005

Pierre Emmanuel -À Gerard Manley Hopkins-

A Gerard Manley Hopkins
Pierre Emmanuel (1916-1984)

Console, ô Mort, mon cœur sans ombre et seul, soleilprofond , frappant d'aplomb la chair. Ah la chère Ombremorte, victime enfin de cette faim, ce folennui qui tue la Nuit et tourne et luit et roulelà ! Le gouffre et la roue rayonnante, le sangsilencieux, qui s'ouvre, et, Ciel ! j'entends le sourdécho des coups qui sapent l'âme…

Oh tremble, tremble
corps creusé par le sang et qui ruses, sentantsans cesse t'ébranler le bélier… Ce bruit lourdpar l'oubli engourdi, mais qui reprend, prolongela peur, devient panique et dur, atteint l'azur, faisant crouler le jour dans le sang, et le sangdans l'absence… Et les tours, les tombes et les templestombés, les monts rasés, le monde las, contempleô Mort ! la cendre d'or de l'étendue, l'encens.


A Gerard Manley Hopkins

Consuela, oh Muerte, mi corazón sin sombra y solo, solprofundo, golpeando la carne a plomo. ¡Ah, la cara Sombramuerta, víctima al fin de esta hambre, ese loco hastío que mata la Noche y gira y brilla y ruedaallí! El abismo y la resplandeciente rueda, la sangresilenciosa que se abre y, ¡Cielos!, oigo el sordoeco de los golpes que socavan el alma…
Oh tiembla, tiembla
cuerpo que la sangre horada y que obras con astucia, sintiendosin cesar cómo el ariete te sacude … Ese ruido pesadoque el olvido adormece, pero que recomienza, prolongael miedo, se hace pánico y duro, alcanza el firmamento,haciendo que se hunda el día en la sangre, y la sangreen la ausencia… Y las torres, las tumbas y los templostumbados, los montes derribados, el mundo cansado, contemplan¡oh, Muerte!, la dorada ceniza de la vastedad, el incienso.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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