samedi, décembre 17, 2005

Paul Eluard -Première du monde-

Première du monde
Paul Eluard (1895-1952)

à Pablo Picasso

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
Il a fermé les yeux pour s'en prendre à ton rêve,
Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes

.Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l'herbe
Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête?

Ne peux-tu prendre les étoiles?
Écartelée tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s'en multiplie.

De l'aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l'écorce,
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.


Estreno del mundo

A Pablo Picasso

Cautiva del llano, loca agonizante,
La luz sobre ti se oculta, ve el cielo:
Ha cerrado los ojos para cogerse de tu sueño,
Ha cerrado tu vestido para quebrar tus cadenas.

Delante de las ruedas trabadas
Un abanico se ríe a carcajadas.
En los traidores hilillos de la yerba
Los caminos pierden su reflejo.

¿No puedes pues tomar las olas
Cuyas barcas son las almendras
En tu palma mimosa y cálida
0 en los rizos de tu cabeza?

¿No puedes coger las estrellas?
Dividida, a ellas te pareces,
En su nido de fuego moras
Y tu resplandor ahí se multiplica.

Del alba amordazada quiere brotar un solo grito,
Un sol giratorio chorrea bajo la corteza,
Irá a fijarse en tus párpados cerrados.
Oh, dulce, cuando duermes, noche y día se mezclan.

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